VI AVANT-PROPOS
miers adhérents avait été simplement de s'éclairer les uns les autres par un échange cordial d'idées. Pour en garder le souvenir, des notes avaient été prises par quelques-uns des assistants. A mesure que les discussions se déroulèrent, l'intérêt en parut plus vif. Des conversations les signalèrent à des collègues absents, qui s'y intéressèrent à leur tour. On fut ainsi amené à croire qu'il pouvaif être utile d'en publier un compte rendu, de manière à faire connaître à un plus grand nombre de professeurs et au public les sentiments qui semblaient dominer dans le personnel universitaire sur un sujet d'importance capitale. On voudra bien permettre à un témoin très assidu de ces réunions, en présentant ce compte rendu au public, d'indiquer quelquesunes des impressions qu'il en a retirées.
Et d'abord, n'est-ce pas un fait remarquable que l'empressement de tant d'hommes fort occupés, et fort ennemis des vains discours, à prendre de nombreuses heures sur leurs rares loisirs pour venir étudier ensemble le problème proposé à leurs réflexions.»^ Administrateurs, professeurs, maîtres répétiteurs se rencontraient à ces réunions, tour à tour écoutant ou prenant la parole. Pendant quatre mois, l'empressement des adhérents n'a jamais faibli. Quelle meilleure preuve que l'Université, quoi qu on en dise, loin d'être indifférente à l'éducation, s'en préoccupe avec ardeur et quelle comprend toute létendue de son devoir à cet égard? Et quelle meilleure garantie que cette éducation sera réellement donnée? Car, en pareille matière, si les solutions théoriques ont leur importance, qui ne voit que la [)remière condition du succès n'est pas tant dans l'application de telle ou telle règle que dans la bonne volonté unanime des collaborateurs, dans leur
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souci constant de pénétrer toutes leurs paroles et tous leurs actes des idées et des sentiments qui font qu'on agit sur les âmes? La première leçon de morale, et la plus elîicace, qu'un maître puisse donner à ses élèves, c'est son propre exemple ; c'est le sérieux de sa vie et de sa pensée: c'est l action lente, mais d autant plus sûre, qu'exerce sur un jeune auditoire le contact d'une nature morale élevée, créant autour d'elle son atmosphère propre, dans laquelle germent naturellement les bons instincts. Ayez des maîtres vraiment dignes de ce nom, et, quoi qu ils disent, quoi qu ils fassent, il y aura en eux une vertu qui se communiquera ; ils exerceront cette influence mystérieuse qui est le don particulier des véritables éducateurs. Or, dans l'L niversité. ces maîtres-là sont légion. J'ose dire que, s'il avait élé nécessaire d'en fournir une nouvelle preuve, cette preuve eût été donnée par l'intérêt vraiment passionné avec lequel tant de maîtres des lycées de Paris se sont associés à la recherche ainsi poursuivie.
Un autre point non moins remarquable, c'est l'esprit qui a constamment animé ces discussions. Comme il était naturel et nécessaire, des nuances d'opinions se sont manifestées dans ces échanges de vues. Les professeurs de l'Université, en entrant dans ce urand corps, n'abdiquent pas leur personnalité. Ils restent eux-mêmes, et c'est encore là un bon exemple qu'ils donnent à leurs élèves, (-hacun d'eux tient à honneur de préserver la liberté de sa pensée et de sa conscience. Ils peuvent donc différer d'avis sur des points de grande importance. Quelques-unes de ces divergences n'ont pas manqué de se produire. Elles ont eu ce grand avantage de mettre en lumière l'esprit de tolérance et d'incoercible libéralisme qui est, lui aussi, l'un