UTILITE DES CONFERENCES EN DEHORS DES CLASSES
d'être pour nous une gêne elle doit être véritablement une force : loin de nous placer dans une situation exceptionnelle, il me semble qu'elle nous replace tout simplement dans la situation que je conçois comme la seule vraiment normale. Elle nous obligerait, si besoin était, à adopter la seule métbode vraiment rationnelle. C'est dire combien peu je comprends comment, parce que nous instituerions des conférences de morale, nous nous condamnerions à je ne sais quel insupportable dogmatisme, comment nous nous exposerions, d un côté à porter atteinte à la liberté de conscience de nos élèves, de l'autre, à nous inféoder nous-mêmes à je ne sais quelle orthodoxie universitaire ou gouvernementale. Aucune conscience d'abord n'a le droit de s'offenser de ce que nous omettions dans nos démonstrations morales des dogmes qui ne pourraient y jouer aucun rôle et que, à ce point de vue, il est tout aussi inutile d'attaquer que d'invoquer. Chacun reste libre de les sousentendre si bon lui semble. Je sais bien qu il y a des dogmatismes qui protesteront contre cette abstention et cette indifférence même et qui, après nous avoir demandé la neutralité, trouveront moyen de nous la reprocher. Mais à cela nous ne pouvons Aiaiment lien. D'un autre côté, si nous nous plaçons résolument sur le terrain des faits, si nous étudions les jjroblèmes moraux d une manière aussi objective que possible, en mettant sinqjlement les consciences en présence des conséquences pratiques de chat|ue mode de conduite sans dissimuler sans doute rien de nos préférences, mais sans les imposer non plus, si nous nous contentons d'éveillei- la conscience morale, mais en lui foui nissant en même lcm[)s les lumières nécessaires, je ne \ois ])as quelle place il y aurait |)Our une d(jclrine ofllcu'Ue. Sans doute, tout est relatif. Jl a loujomsélc' possible à un gomcinement oppressif et intolérant de proscrire, à sa fantaisie, même des doctrines d'ordre
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piiremoiit scienlifiquc. Si 1 on imagine que nous levenions à un état politique oii il soit possible à un gouvernement d imposer une doctrine ou d'en interdire une autre, comme lors de ledit de 162/1 qui prétendit, sans aucun succès d'ailleurs, imposer l'aristotélisme, ou encore à l'époque oii le courageux et spirituel arrêt burlesque de 13oileau empêcha le Parlement de rendre un arrêt contre le cartésianisme, sans parvenir d ailleurs à suspendre les tracasseries dont on poursuivait l enseignement cartésien, — si, dis-je, on suppose le retour à un pareil état politique, ce n est pas seulement renseignement de la morale, c est à peu près n'importe quel enseignement qui serait exposé aux foudres d'un tel gouvernement. Mais il faut voir les choses telles qu'elles sont. Le retour à un pareil état d'esprit ne paraît guère possible: et en ce moment même, ceux dont les théories politiques et gouvernementales seraient les plus contraires à la liberté de la parole et de la pensée sont obligés de la proclamer, en fait, parce qu'ils sont pour le moment hors d'état d'utiliser l'intolérance à leur profit. Plus nous nous placerons sur le terrain de la positivité, plus nous aurons de chance d'éviter le danger dont on nous menace. Un exemple sera ici plus convaincant que beaucoup de raisonnements. Depuis de longues années déjà les différents gouvernements qui se sont succédés en France y onl accentué progressivement le système protectionniste. ^ oilà une question précise, correspondant à une pratique gouvernementale bien définie et à des doctrines nettement affichées par nombre de ministres. Or je n ai jamais entendu dire tju aucun professeur, pas jilus dans l'enseignement secondaire, où l'économie [)obli([uea sa place, quedans l'enseignement supérieur, eùtété inquiété pour avoir professé, comme la majorité le fait très probablement, des o|)inions libre-échangistes. Pourquoi!' \raisemblablemenl parce que. si controversée que soit