UTILITÉ DES CONFÉRENCES EN DEHORS DES CLASSES Q^O
sonnelles rester sous-entendues, sans que toute la valeur de notre parole fut pour cela perdue. Dès lors IL uiversilé aurait qualilé pour donner un tel enseignement, et n'assumerait pas en cela une (àclie incompatible avec son caractère et sa situation.
Je me suis attaché à bien délinir la nature du problème et à bien établir les raisons d'être de la tâche proposée. Il resterait à en déterminer quelques conditions pratiques, mais ici je me contenterai de vous soumettre quelques questions et (juclques indications.
i" -1 (jui des conférences de ce t/enre seraient-elles adressées ? Il paraît évident (pie, d'après la nature des sujets, elles i^adresseraient tantôt à un plus grand nombre, tantôt à un moindre, tantôt aux plus âgés seuls, tantôt à de plus jeunes : mais qu'en tout cas elles ne s'adresseraient d ordinaire qu'aux élèves des plus hautes classes.
2° Par qui seraient-elles faites? D'ordinaire sans doule par des professeurs de tout ordre et non pas seulement par celui de philosophie, et aussi par d autres fonctionnaires de l'Université dont l'autorité pourrait en favoriser le succès. Mais je crois qu'il serait aussi souhaitable que d autres personnes vinssent prêter leur concours. C'est souvent lélranger, ncjus a-t-on dit, (pii apporte l'innovation et la kunière. Par exemple, puisqnejai parlé des devoirs |)rofessionnels. il me send)lerait tout mdiqué que d anciens élè\es du Ivcée, industriels, commerçants, médecins, avocats, vinssent en parler, chacun avec sa compétence sj)écial(\
.')" Dans quelles conditions seraient-elles or(janisées? .h,^ crois c[ue la plus grande liberté devrait être laissée sur tous les points. Liberté dans l'initiative des conférenciers, liberté pour ceux-ci dans le choix de leurs
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sujets, sous la garantie de leur acceptation par le chef d'établissement, liberté aussi pour l'auditoire en ce sens qu'une catégorie déterminée d'élèves étant conviée, 1 assistance ne serait obligatoire pour personne, rout ce qui ferait ressembler ces conférences, soit poiu* ceux qui les feraient, soit pour ceux qui les entendraient, à une lâche imposée, à lexécutiou dim programme, serait propre à faire manquer le but.
/i" Enfin la pratique indiquerait dans quelle mesure elles pourraient être suivies de queslions et de discussions, comme cela parait souhaitable, si Ion veut qu elles oljtienncnt toute l'ellicacité qu on ])eut en espérer, en éveillant chez les jeunes gens le souci de chercher euxmêmes le devoir.
M. Ihor.HE. — M. Belot Aient d'indiquer sa préférence pour des conférences de caractère pratique, indépendantes de toute métaphysique. ,) ai moi-même tenté en Kjoo une expérience en ce sens, expérience un peu restreinte encore, mais intéressante.
En se plaçant au point de vue pratique, une des choses les meilleures que 1 on puisse faire* c'est de préparer les élèves à l'action . J'ai donc demandé à fair(> auv élèves des hantes classes mie conférence sur ce sujet : l'dssisftmec par le Iravail.
()ii rencontre là des idées morales inléiessanles. sans ("aire de mélaphysique. Ea charité est un devoir: mais il \ a certaines dilïicultés à être charilable ; le premier mouvement est de donner à un pauvre, mais on est relenii par la cranilc d'cMicdurager la paress(> et le vice. En nionlranl ce (iiii se lail dans 1 assislance par le tra-
UTILITÉ DES (:0>ri:HE>CE>S EN I^ElIdUS DES CLASSES 3,35
vail, on donne d'nliles indications sur le mo>ond"('vilcr ce danger, et de faire une cliarilé qu'on n'ait pas à rcgreller. En même lemps qu'on fait connaître des œuvres utiles, on peut insister sur la partie morale de ces œuvres, en montrant par exemple les moyens qu'elles emploient pour que l'assisté n ait pas 1 impiession (ju il travaille autrement que le travailleur libre, et jiour qu'il se trouve ainsi relcM' à ses propies yeux, .\insi. on peut arriver à la fois à utdiser complètement largent consacré à l'assistance, et à relever moralement l'assisté.
Il y a bien d autres exemples à citer, beaucoup d'œuvres analogues ([ue l'on pourrait faire connaît ic dans ces conférences: par exemple. l'œ'UN re des Ion ers ouxriers, afin d'assurer le paiement des termes par un [)rélèvement régulier sur les salaires, etc.
On fait dans les lycées des conférences d'hygiène : il serait bon de faire aussi de lemps en temps des conférences de inorale pratique sur des sujets de ce genre. 11 n'est pas nécessaire (|ue ce soient des questions liées entre elles et formant un tout : l'essentiel est de montrer aux élèves comment on étudie ces (juestions et comment on peut produire des ellels utiles avec très peu de chose.
-M. BoLDiions. — Il y a tant de choses, et si intéressantes, dans la conférence de M. Belot, qu on peut être excusable de n'avoir |)u exactement suivre tontes ses distinctions et définitions, \nssi mes obsei\ations ne seront-elles pas des objections. mais une simple demande d explications. M. Hclot a dit. an (h'but de son exposé, (|u il y avait trois façons de coin|)rcndre les conférences de morale : les unes excitent le sentiment en encourageant ! auditeur à appliquer des principes (juil admet d'avance : d'autres consistent à faire comprendre les raisons des habitudes morales, sansdé^eloppcr Icsprincipes. M. lîelol
2o6 l'éducatk» morale daxs l'université
me semblait alors indiquer que dans la Iroisième forme de ces conférences on déterminerait ces principes moraux. Mais est-ce bien là ce qu il a fait? Et quand, par exemple, il suppose un conférencier qui explique qu'il y a des gens malheureux, qni dévoile tous les genres de misère ignorés de renfant, celte simple constatation de faits aLira-t-elle nécessairement une action morale ? Ne sera-t-elle pas une œuvre de découragement aussi souvent qu'une excitation à Faction :* Peut-on ainsi développer l'énergie morale en laissant de côté tout principe, toute question primordiale, pour s en tenir à une réalité que Ion prend seulement, et que l'on fait connaître, du dehors?
Si l'on poussait à bout le système qui conteste la valeur des incitations générales et des idées, et ne compte que sur les actes, on arriverait à dire que la meilleure des conférences serait de faire participer les élèves euxmêmes à l'action. Et il y a là sans doute quelque chose d utile, mais qui ne se fait plus à l'intérieur du lycée, et qui ne rentre plus directement dans la tâche d un professeur.
Enfin, M. Belol a dit que ces conférences pratiques, sur les devoirs professionnels, par exemple, montreraient bien que l'Lniversité peut donner l'éducation morale. Mais pour ces conférences il a dit aussi qu'il faudrait faire appel à des professionnels, et il le faudrait bien en effet. L'Lniversité ne déclarerait-elle pas ainsi qu elle ne peut donner l'éducation morale sans le concours de la naùon ?
\[. Helot. — Dans le choix de ces conférenciers extérieurs, il faut apj)orter beaucoup de discrétion : il ne s'agit pas de faire entrer le premier venu dans le lycée; ce sont des personnes amies de 1 Lniversité. d'anciens élèves du lycée, des gens ap|)arlenanl en quelque sorte à la maison qui. lorsqu'il sera nécessaire.
ITILILK l)i:S CONFKHFNCKS KN OrilOUS DF.S CLASSES l^.'iy
viendront donner un entretien sur ce qu'ils connaissent plus parliculièrenicnlpar une praii(pie personnelle.
M. Boudliors a critiqué aussi ce que j'ai dit de la nécessité de faire porter ces conférences sur des faits positifs, sur des réalités.
Il se demande s'il suffit d'exprimer les choses pour faire naître les sentiments moraux. Assurément non : mais ce que j ai voulu dire, c est qu'il ne faut pas exciter le sentiment à vide. 11 existe toujours. ])ar exemple, chez renfant. un sentiment spontané qui le porte à condamner l'injustice : il s'agit de donner à ce sentiment des occasions ohjectives de s*appli(|uer. On ne pourra pas exciter vivement le sentiment cliaritahlc, si on ne montre pas quelles misères il y a à secourir. Il y a une foule de faits que nos élèves ignorent, sur lescpiels leur attention n a pas été appelée dans le milieu où ils vivent ; il y a des préjugés de classe qui s'imposent à eux ; il faut leur montrer toute l'étendue des misères sociales. Le premier point d'un enseignement moral, c'est de montrer la société telle qu'elle est.
Quant à la troisième critique de M. Boudhors, elle semhle re|)Oser sur une confusion faite à propos du mot jn-iitcijic. Par jjrincipe moral on peut entendre soit le fondement métaphysique d un devoir, soit l'expression générale qui résume, dans une même formule, une série de devoirs. Ainsi, fonder la justice sur la dignité de 1 homme, sur l'autonomie de la personne humaine, c'est en chercher un principe métaphysique : mais dire: la justice consiste à ne pas s exploiter les uns les autres, c est énoncer (pic je donne ici sim|)lement à titre d exemple le principe positif et pratupie, la formule générale de la justice. On peut laisser de côté, quand il s agit de morale pratique, les princi|)es au premier sens du mol: et c est ce que j'ai entendu dire, mais il est très important au contraire de ramener une certaine catégorie de de\oirs à son idée fondamentale.