S I.lînrCATION MOR.VT.E DVXS Ll'MVKHSITK
M. Colomb demande à répondre à \\ . lîoiidhors au sujel des conrérences à instituer dans les lycées. M. Houdhors a dit que, si ces conférences ne sont ])as faites par les professeurs, on ne pourra pas dire que ce soit 1 Université qui donne léducation morale : mais c'est donner un sens trop restreint au mot U/iivei-sUr. I/L niveisité doit se composer de tons les hommes de l)onne \olontc capables d'élever le niveau moral des élèves : et on n'a pas à se trouver humilié de demander à un avocat de parler des devoirs professionnels de I avocat.
M.RoLDHons proleste qu'il n'a pas voulu dire ce que lui reproche AI. Colomb : il est fort heureux que, du dehors, on apporte à nos élèves des notions pratiques et morales utiles : mais il s'agit d'autre chose. Il s agit de montrer que l'Lniversité, telle que tout le monde l'entend : c'està-dire, pour l'instant, le personnel des établissements d enseignement secondaire choisi et payé par l'Etat, donne 1 éducation morale : or, dans la mesure où elle lait appel à des personnes étrangères, ce n'est plus elle (jui la donne.
M. Belot. — La définition que nous donne M. Boudhors de l'Université est trop étroite, et celle de M. Colomb est trop large. Il est bien certain que n'appartient pas à 1 Université quiconque est disposé à faire des conférences dans les lycées ; mais aussi l'Université prend la responsabilité de ce qui se passe chez elle : (juand elle juge que quelqu'un est qualifié pour l'aider dans son œuvre éducatrice, elle s adresse à lui, mais elle est responsable de ses choix ; et il faut que l'éducation moiale quelle consacre ainsi soit toujours l'éducation morale qu elle veut donner, celle qu elle juge nécessaire, et pour laquelle elle choisit les meilleurs instruments dans chaque cas.
UTlLITi: DKS COM-KRKNCES F.N Dl-lions DES CLASSES 9.)j)
M. MvLAPEUTTic voit pas (ju il \ ait d'incoiivéïiienl à ce nue 11 nivorsité se fasse aider au besoin dans sa tache éducatricc, à la condition seulement qu elle n'abuse pas de ces interventions, qui ne seront vraiment utiles que dans un très petit nombre de cas, et pour coin])léter léducation qu elle donne elle-même.
Cesl sui" cette (pieslion de mesure quil y aurait jjeut-ctre lieu (rnisist(M- plus encore (pje ne la fait M. Belol dans sa conférence. Dans cette question des conférences de morale en tleliors des classes, la question de principe n'est sans doute pas très importante, mais c'est une queslion de mesure et de proportion à garder.
M. lîelot a distingué trois catégories de conférences: lune de ces catégories ne rentre pas dons roJ)jel actuel de nos discussions : c est la conférence consacrée aux fondements de la morale. Sur ce jjoint il y aurait des objections à faire à ce qu'a dit M. Belot. mais ces conférences-là ne peuvent s'adresser qu'à ceux des élèves qui reçoivent un enseignement de morale théorique, c'est-à-dire aux élèves de philosophie, et ce n'est pas deux qu'il s'agissait aiajourd'hui.
Uestent les deux autres espèces de conférences, qui sont de portée pratique. Mais ici on ne voit pas dès nettement, hors de la théorie, la dilTérence essentielle qui sépare les conférences d'excitation morale et les conférences de précision morale. Il est dilTicile de consacrer toute une conférence à un sursa/n corda fait à vide, et (pii ne s'accompagnera pas de (pielcpics faits positifs et de quehpies idées précises; et aucun d entre nous sans doute ne [)eut se sentir disposé à tenter un pareil exercice. Mais cela n'em|)ècheia pas de s'attacher à montrer ce (pi'il y a de beau dans la charité, en même temps qu on fera connaître les tljlférentes formes de la charité ou les misères à secourii-. Il serait sans doute dangereux de présupposer également développé chez
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tous, dès le début, le sentiment de la charité, et de lui fournir des moyens de précision, sans sassurer en même temps le moyen de le faire naître et de le développer.
Ainsi la question de principe n a peut-être pas grande importance : tout est ici question de nuance et question d âge.
Pour des élèves déjà grands, qui ont reçu tout le long des classes 1 éducation moiale dilTuse. peut-être pourrat-on les supposer munis d'avance de ces notions et arriver à les leur faire préciser par des conférences pratiques. Mais il n'en sera plus ainsi pour de jeunes enfants, pour les élèves des classes de grammaire, par exemple: pour ceux-là. une foule de ces notions dépasseraient leur portée puisqu'elles supposent des connaissances précises de sociologie ou d'économie politique, qu ils n'ont pas. Si donc on Acut encore faire des conférences à de plus jeunes élèACS. il faudra qu elles aient un caractère parénétique plutôt que positif et précis.
Nous sommes tous d'accord sur ce jjoint, que nous devons donner tous à notre enseignement une tendance moralisatrice. En ce sens, on peut faire quelque chose de plus, en provoquant des conférences tout à fait libres, et où chacun apporterait son tempérament propre. Mais il importe que ces conférences restent libres et qu'elles soient peu nombreuses. Il faut aussi qu elles commencent assez tard et ne s'adressent qu'aux élèves des classes supérieures.
Au congrès des professeurs, en 1899. quelques-uns avaient paru désirer que ces conférences fussent régulières, suivies, réglementées pour former un tout : il faut constater que personne ici n"a repris cette thèse et qu il n'y a pas eu à la combattre.
Mais il aurait peut-être été utile de préciser plus que ne la fait M. Belot tous les caractères que doivent garder les conférences de morale pour être utiles : c'est ici une question pratique, et la seule chose vraiment