‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 10 sur 87 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Moyens d'assurer Tobéissance et la moralité. Discipline des conséquences agréables.

De la discipline des conséquences naturelles. — II. Conséquences agréables. — L*émulation. — L'émulation personnelle ou la comparaison de soi avec soi-même. — La comparaison de soi avec les autres. — III. Divers mobiles d'émulation qui deviennent à leur tour objets de recherche et d'envie. — Les louanges. — IV. L'ëlogo et le blâme peuvent-ils être exprimés publiquement par les élèves eux-mêmes ? — V. Les distinctions et récompenses honorifiques. — VI.L'affection comme mobile d'émulation — VII. Récompenses matérielles. — VIII. Solidarité des sentiments dans la sanction.

I. Les conséquences naturelles de nos actes sont celles qu'ils produisent sans Tintervention directe de nos semblables. Elles sont de deux sortes : physiques, comme la douleur qui suit l'action de toucher un objet chaud ou piquant, et morales, comme le remords d'avoir fait mal, le regret d'avoir affligé une personne estimée ou chérie. De naturelles, ces conséquences deviennent artificielles, quand nos semblables interviennent pour en assurer ou prolonger l'action, si elles sont d'ordre physique, ou pour en témoigner et en accroître la force, si elles sont d^ordre moral. Les conséquences sont agréables on péni-

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bles : elles associent Fidée d'air plaisir à l'accomplissement de certains actes, et ainsi elles nous excitent A les renouveler ; ou bien, elles nous détournent de ces acteSj parce que leur exécution entraîne habitueltement une souffrance. Occupons-nous d'abord des conséquences agréables.

II. Nous trouvons, au premier rang, les plaisirs de rénnrlation heureuse, qui réunissent les joies variées de l'action et les jouissances intenses de Tamourpropre. L'émulation est d'abord le désir de faire bien, de faire aussi bien que les autres, et dans certains cas, suivant les caractères ou les exemples donnés, de faire mieux que les autres. En somme, le plaisir du succès, de l'approbation, en est l'élément essentiel.

L'émulation, ou, si l'on veut, l'imitation des adultes, est le stimulant par excellence. Elle suffirait presque à l'éducation de l'enfant élevé seul. Ici, point de rivalité, point d'exaltation ni de froissement d'amourpropre ; l'émulation vise à la qualité, à la perfection, à la vertu, et laisse la personne en dehors ; on veut faire aussi bien, mais non pas mieux que les autres ; le succès relève l'enfant à ses propres yeux, et l'insuccès ne peut le rabaisser qu'au-dessous de luimême. Tous les inconvénients de l'éducation commune peuvent se trouver dans l'éducation d'un seul enfant ; mais l'émulation entre plusieurs enfants sera d'autant plus efficace et parfaite, qu'elle se rapprochera plus de la bonne émulation de l'enfant à l'égard des parents, et, d'une manière générale, à l'égard des adultes.

Rousseau et son disciple Kant, beaucoup trop exclusifs, ne veulent pas que l'enfant s'estime d'après

les autres. Sauf une ou deux exceptions, par exemple, quand il s'agit de gagner un gâteau à la course (1), Emile n'a point de concurrents ; c'est à lui seul qu'il doit se comparer : quels progrès a-t-il faits depuis six mois, depuis un an (2) ? Il est absurde, dit Kant, de vouloir que l'enfant s'estime plus ou moins que d'autres. « Vois-tu comme lel enfant se conduit ? etc. » Parler ainsi aux enfants n'est pas le moyen de leur inspirer de nobles sentiments (3). L'enfant, selon Rousseau et Kant, doit s'estimer d'après son expérience, sa raison, et la connaissance qu'il a de soimême. Il est bon, en effet, qu'il en soit ainsi, pourvu que l'enfant y soit aidé. Il y a tout avantage, même pour un adulte, à se demander où il en était Tan dernier, où il en est aujourd'hui de son évolution intellectuelle et morale. Gela vaut tout autant, sinon plus, que de calculer ses bénéfices et de supputer ses pertes au bout de l'an. Mais, encore une fois, il faut un idéal de raison, pour établir cette estimation comparative de soi-même. Au premier âge, le champ de tels jugements sera très limité, tout comme les forces et les facultés de l'enfant : nous devrons, en général, lui en fournir la matière d'après ses actes les plus importants.

Quelquefois la comparaison aura pour objet les défaillances de l'enfant. Vous lui avez fait un mérite de sa sincérité, de sa patience, de son courage, et (si le mot n'est pas trop ambitieux pour un enfant de deux ou trois ans) de sa probité, de son respect du

(1) VEmile, Livre lî.

{^)Ibid. Livre III.

(3) Traité de pédagogie, édit. R. Thamin, p, 109.

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