CHAPITRE V Le tact
I. — Plaisirs vagues du tact élémentaire. -7 Premiers signes de soaC' frances tactilo-musculaires. — Ezcital)ilité variable des diverses régions cutanées. — Sensations de déchirure et de piqûre. - Sensations du contact des liquides. — 11. L*édacatioa effective da tact est affaire de préservation et d'endurcissement. — 111. L'endurcissement relève de Téducation morale non moins que de Tbygiène. — IV. Il faut y procéder avec mesure. — V. On ne fait pas d'un tempérament ce qu*on veut. — > Mais on peut toujours faire quelque cliose en s*y prenant bien : exemple.
I. Nous avons à distinguer les sensations du contact proprement dit, et les sensations semi-intellectuelles du toucher. Les premières sont dues à de simples excitations des nerfs de la peau ou des muqueuses ; les secondes sont dues tout à la fois aux nerfs de la peau et aux nerfs des muscies. Un exemple des premières est la sensation de bien-être que Peafant éprouve quand il est à Taise dans ses vêtements ; un exemple de la seconde est le malaise que Ini infligent des vêtements d'étoffe grossière ou comprimants.
Les plaisirs du tact élémentaire et en quelque sorte organique sont en général moins vifs, mais souvent plus intenses, et en tout cas plus fréquents que ceux même du goût. Dès les premiers jours de
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la vie, ces impressions agissent sur notre sensibilité comme causes immédiates et plus ou moins prolongées de bien-être. Il n'est pas toujours facile de distinguer chez le jeune enfant les sensations agréables du toucher, parce qu'elles ont toute la superflcie corporelle pour organe. Avant Tâge d'un mois, le contact d'une peau douce ou d'une étoffe moelleuse, la libération de ses langes, ne déterminent sur son visage aucune marque visible de plaisir. Un peu plus tard, la joie vive qu'il montre ne provient-elle pas des sensations et des sentiments dont l'idée est associée à certains états corporels et à certaines caresses ? C*est donc plutôt l'absence de malaise, que le bienêtre même, que nous devons procurer au nourrisson par le moyen du toucher.
Les signes de sensations désagréables dues au contact et en même temps aux sensations musculaires de pression sont très manifestes chez le nouveau-né. Ses cris, bientôt ses larmes, sa mimique réflexe, indiquent combien il souffre des positions incommodfes, de la rudesse et de la pression des vête, ments, de tous les contacts qui seraient un peu gênants pour Tadulte. Les physiologistes ont étudié chez le jeune enfant l'excitabilité variable des diverses régions cutanéeiS. Cette sensibilité dépend du nombre des terminaisons nerveuses qui aboutissent à telle ou telle partie superficielle du corps. L'excitabilité réflexe de. la langue, des lèvres, de la muqueuse nasale, de la conjonctive, de la cornée et des paupières^ du nez, de la paume de la main, surtout de la plante du pied et du visage, est très considérable. La peau de Tavant-bras et de la jambe est moins sensible au contact ; ceTle des épaules, de la poitrine, de Tabdo-
men, du dos, de la cuisse est eacore plus obtuse. En général, les parties exposées à Tair, sauf le visage, et les plus habituées au frottemeat des étofles, sont moins excitables que les parties internes. Cette sensibilité s'émousse par Fhabitude, pour arriver peu à peu au degré où elle existe chez l'adulte. Dès la deuxième année, la fréquence des mêmes excitations et la faculté accrue de l'inhibition des réQexes l'ont quelque peu diminuée. Cette sensibilité a pourtant ses délicats, comme elle a ses obtus«
Les fortes sensations de contact deviennent des sensations de douleur. La déchirure des tissus produit des sensations particulières, dont les plus faibles sont très sensibles à l'enfant. La moindre piqûre provoque chez lui des mouvements violents de répulsion et de douleur. Ce ne sont plus là de pures sensations du toucher.
Le contact des liquides, surtout des liquides froids est aussi très désagréable à l'enfant. Souvent même, après les premiers mois, loin de donner des signes de joie à propos du bain tiède, il ne s'y voit mettre qu'avec le plus grand déplaisir. Il faut peutêtre Tattribuer à la légère suffocation que l'immersion produit, et au froid que ressentent les parties non immergées.
II. L'éducation affective du sens dont nous parlons est affaire de préservation et d'endurcissement. Eviter le plus possible à l'enfant les sensations pénibles du contact et de la pression, c'est augmenter d'autant son bien-être. On commence enfin à comprendre, cent ans après Rousseau, que si le maillot est un mal nécessaire il ne doit pas être une torture. Mais combien il reste encore à dire sur la manière dont on