‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 24 sur 87 · LE TACT · texte numérisé non relu

LE TACT

comprend chez nous l'hygiène de la peau 1 Sous prétexte d'épargner au nourrisson quelques frissons et quelques cris, beaucoup de parents négligent volontiers jusqu'à ces soins de propreté, qui, avec les promenades au grand air, contribuent à l'endurcissement relatif des organes, et aguerrissent, sans l'émousser, la sensibilité cutanée. Et voyez l'inconséquence : on ne craint pas de soumettre tout le long du jour le cher enfantelet au supplice de caresses importunes pour ses délicats organes, dangereuses pour sa santé, et souvent même pour sa moralité !

III. L'endurcissement physique relève, d'ailleurs, de l'éducation morale aussi bien que de l'hygiène. L'indifférence relative aux impressions pénibles ne dépend pas seulement de 1' « espessissure de la peau », mais aussi du courage et de la patience, c'est-à-dire de l'éducation morale. « Tout ainsi que l'ennemy se rend plus âpre à notre suite, ainsi s'enorgueillit la douleur à nous voir trembler sous elle. Elle se rendra de bien meilleure condition à qui lui fera teste (1) ». Il faut avant l'échappée du berceau, mais toujours avec mesure, accoutumer l'enfant à « lui faire teste». Le sentiment de cette mesure a manqué à plus d'un moraliste, même doublé d'un hygiéniste.

IV. Locke, qui a contribué plus que personne à faire passer dans les usages de la vie anglaise les habitudes propres à développer la force physique et morale, s'est trompé lorsqu'il a dit : « Les gens de qualité doivent traiter leurs enfants comme les bons paysans traitent les leurs ». La plupart des citadins trouveraient la mort dans de semblables pratiques.

(1) Montaigne, Essais, livre I, chap. xiï.

Les parents ne leur ont pas donné, en général, 1» coiistitutioa robuste des enfante de la campagne, et, de plus, Tair pur leur manque sourent. Si on devait se nourrir et se .vêtir, et se traiter de toute façon à la ville comme à la campagne, l'anémie, qui sévit chez nous avec tant de rigueur, ferait encore plus de victimes.

V. Il ne faut pas s'exagérer les influences de l'hygiène au point de croire qu'on peut faire d'un tempérament tout ce qu'on veut. Mais on d<Ht toujour» espérer beaucoup des habitudes imposées ou suggérées dès l'enfance. Pas d'enfant, si chétif et impressionns^hle qu'il soit par constitution, dont l'éducation, sans prétendre le refondre, ne puisse fortifier les organes. Sur ce point, comme sur tant d'autres, les habitudes sagement progressives, l'émulation, l'esprit imitateur, la féconde ga!té des enfants, font souvent des miracles.

Un jour, dans la campagne, un enfant Âgé de* deux ans et demi voulut m'aider à poursuivre un^ papillon, que je ne chassais que pour l'exciter à ae piquer les jambes dans les orties. Le papillon ne fuit pas saisi ; mais, outre les piqûres des orties, l'enfant avait attrapé quelques morsures de ronces. Je fis semblant de n'en rien voir, ci je me mis à ex.primer des regrets sur ma chasse inutile. « Maudit papillon, va! maudit papillon I » m'écriai-je, en afiectani de re» garder du côté où il avait disparu. J'entendis mort jeune compagnon répéter : « Maudit papillon 1 », et je ne tardai pa^^ à le voir passer sa main sur ses jtm* bes nues. € Et dire que je suis déchiré aux ronces, pour rien ! repris-je aussitôt ! oui, pour rien ! Mais ça passera bientôt. Par bonheur, mon pantalon n'est

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