LE TACT
pas abîmé. » Je me retournai alors vers l'enfant : rouge d'émotion ou de surprise, il fixait sur mes yeux deux grands yeux ronds, fc Tu dis que ça passera, bientôt, me dit-il, alors nous rirons bien tout à rheure. » N'était-ce pas là une leçon assez bien donnée, et très bien reçue ?
Quand l'enfant est tout jeune, une caresse et un baiser suffisent quelquefois pour calmer une douleur légère : la sympathie douce et souriante est le meil» leur remède. Plus tard, on peut compter sûrement, comme je viens de le montrer, et sur l'émulation, et sur la vivacité et l'insouciance naturelle à cet âge,, pour enrayer les pernicieux effets d'une sensibilité exagérée. Mais il est une impressionnabilité légitime, avec laqueHe il serait aussi imprudent de ruser que de raisonner. On paie toujours trop cher une expérience qui coûte des larmes, quand on la pouvait payer d'une autre monnaie. Je suis même d'avis que, saus powsser trop loin la gâterie, puisque les chutes^ les contusions et les égratignures sont le lot nécessaire de l'enfantjle bourrelet et les autres précautions utiles dont on entoure sa faiblesse et son inexpérieace ne sont pas un préjugé si ridicule. J'ai vu quelques enfants tomber du haut d'une chaire, rouler le long d^un escalier, glisser des bras de leurs nourri* Qes, qu'on relevait ensanglantés, ahuris, haletants,pres- (fue inanimés : aussi, quand un enfant joue près de moi, le nioiadre bruit d'un corps qui tombe, le moindre heurt d'un objet contre le plancher, me font frissonner. Oui, beaucoup de douceur^ beaucoup de précautioas, beaucoup de philosophie, voilà tout ce qu'il faut avoir, sans compter beaucoup d'autres choses, quand oa doit apprendre la souffrance à ces petits êtres.