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CHAPITRE VI

Le sens musculaire.

Moavement dont Téducation n'a pas à s'occuper.— Elle doit seulement encourager les tendances motrices de Tenfant. — L*accroissement de ses forces, dont il a conscience, et qu'il exerce, procure un grand plaisir à Tenfaiit.— Il n'y a qu'à laisser faire en surveillant à prévenir les dangers et les excès, —II. Fatigue des organes des sens. — Elle se traduit par le sommeil. Mais la brièveté des états de veille, chez le tout jeune enfant, peut avoir d*autres causes physiologiques. Autant que possible, ne pas interrompre le sommeil des enfants. — III. L'enfant apprécie de bonne heure les personnes à la manière dont elles le touchent et le pressent. — Il est déjà très sensible aux coups.— IV. L'enfant éprouve le besoin de se serrer contre les objets. — V. Il feint la fatigue, par paresse.

I. Le sens musculaire, sorte de toucher interne, est répandu par tout le corps. Nous n'avons guère à nous occuper ici que de ses relations avec les organes se rattachant à la locomotion et à la préhension. Les sensations musculaires, ainsi localisées, se réduisent en sensations de contraction et de délente musculaires.

On rapporte ordinairement au sens musculaire les plaisirs résultant de Taddustion et de l'abduction modérées des jambes et des bras, et de leur extension et de leur flexion. Il s'y ajoute les sensations ou per-

ceptions, agréables elles-mêmes, quand elles ne sont pas trop intenses, de pression, de poids, de résistance, de traction, d'impulsion. Ces vagues plaisirs dont s'accompagnent les mouvements correspondent à un certain état normal des muscles, des articulations et de la peau.

L'acte de saisir les objets à sa portée, déjà fréquent du cinquième au sixième mois, et qui procure tant de satisfaction à l'enfant, est à la fois tactile et musculaire. Celui de presser le sein réunit les sensations agréables du goût, du tact et du sens musculaire.

L'éducation morale, non plus que l'hygiène, n'a à s'occuper des mouvements sans but apparent qui convertissent la force nerveuse de l'enfant en excitations motrices. Pour ce qui est des actes à tendance spéciale, il convient de les surveiller pour les favoriser plus que pour les réprimer. A deux mois environ, on peut de plus en plus écarter tout ce qui pourrait gêner la liberté des membres. On peut laisser l'enfant, pendant le jour, remuer à son aise dans son berceau. Il faut même aussi encourager ses tendances locomotrices, en attendant que surgisse la faculté de locomotion. € Le balancement sur les bras lui procure du contentement qu'il manifeste sur sa physionomie. Bientôt le sourire répond à ce petit plaisir. Il agite ses petits bras hors du berceau quand on fait signe qu'on veut le prendre. Il n'est pas de mère qui ne mette en essai les forces de son enfant en le soutenant sur les pieds et le faisant avancer peu à peu de ses genoux à son visage. Cet exercice si minime en apparence plaît aux bébés. Ils sourient à ce jeu qui fortifie leurs petites jambes. Il faut, pour ainsi dire.

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encourager le petit enfant à prendre de Texercicc luinnéme, et pour cela, on n'a qu'à l'étendre souvent sur un tapis ou sur une couverture recouvrant un matelas peu épais ou sur un très large coussin. Là, à l'abri des coups et des chutes, sous la surveillance de la nourrice ou de la maman qui chante et qui sourit à la petite créature, on la voit étendre ses membres, gigoter en poussant de petits cris de joie, se rouler et s'amuser avec bonheur (1) ».

Aux sensations plus distinctes, au développement des muscles, correspondent dans les centres motears des adaptations de plus en plus spécialisée^. L'enfant de deux à trois mois, qui distingue les objets hors de lui, et commence à avoir une idée des distances, ne pouvant étendre la main vers les objets pour les saisir, ce qu'il fait déjà volontairement quand ils sont rapprochés, fléchit et penche son corps vers eux. Il a une idée plus nette des distances relativement aux diverses parties de son corps, il est plus fort et plus adroit : il porte plussouvent les mains vers son visage et ne s'égratigne plus que par intervalles ; ses mains l'occupent davantage, il les regarde frétiller avec une curiosité de plus en plus satisfaite ; on voit des efforts pour tendre les bras. Au quatrième mois, il commence à ébaucher des mouvements des jambes et du thorax^ pour se tenir sur ses pieds, quand on le soutient. Eu un mot, il a conscience de son activité, elle lui platt,. et ce plaisir même l'excite à agir.

Nous n'avons pas à parler ici du développement de la personnalité enfantine et de son activité d'imagination, qui se manifestent dans les jeux et dans les

(1) D» Laurent. Des soins à donner aïKc bébés, p. 402.

'cHQforts de Tenfant' pour créer des modifications nouyelled aniotir de loi. Pour le moment il nous suffit de dire que la plupart des progrès de cette jeune activité s'crpèrent sans nous ou en dépit de nous. 11 n'y a le plus souvent qu'à laisser faire la nature, en sorveillant les écarCs, en prévenant les dangers, en modérant les excès.

II. Au début, l'acte de crier et celui de téter provoquent chez Tenfant une activité musculaire assez vive. L'action des organes des sens est de plus en plus une cause de fatigue. Cette fatigue se traduit par le sommeil, qui occupe la plus grande partie des deux premières années. Mais la brièveté des états de veille, pendant cette période, n'a pas une application suffisante dans la suractivité des fonctions organiques et des sens aiguisés par l'attention. Le physiologiste Preyer lui suppose une autre cause.

« L'enfant possède peu de sang et le processus respiratoire est peu énergique : aussi a-t-il relativement peu d'oxygène, et celui-ci est utilisé pour la •croissance. D'une part, peu de travail produit et peu de chaleur développée; d^autre part, une petite quantité seulement d'oxygène est disponible pour le maintien du métabolisme des cellules ganglionnaires, pendant Pélat de veille. Il faut tenir compte de la nature de l'alimentation de l'enfant, qui normalement, à répoqiie où nous parlons, consiste exclusivement en lait. Or le lait et le petit lait ont une influence fatigante, même chez l'adulte, quand ils en prennent en grande quantité. Ils contiennent du suc de lait qui dans l'es-r tomac dorme de l'acide lactique. Celui-ci dans l'intestin se combine avec les alcalins, et il en résulte que, chez l'enfant, il doit se trouver, par suite de son

mode d'alimentation, une quantité plus grande de lactates dans le sang que chez Tadulte. Ceux-ci sont oxydés ; ils prennent une grande partie de l'oxygène nécessaire au cerveau pour l'état de veille, et c'est peut-être pour cette raison que l'enfant dort régulièrement après chaque tétée copieuse. Le lait lui-même peut recevoir des produits de fatigue du sang maternel, etc. (1).

Conclusion pratique : à ces causes ordinaires de fatigue, les parents doivent se garder d'ajouter les caresses qui surexcitent, aux dépens de son repos et de sa santé, le faible cerveau du jeune enfant. Ils doivent aussi faire en sorte d'adoucir et de supprimer pour lui les effets de différentes causes qui troublent son sommeil, la faim, l'humidité, les souillures, en un mot, toutes les excitations cutanées. Une règle à suivre, avec les enfants de tout âge, c'est, à l'exception des nécessités les plus urgentes, de ne pas interrompre leur sommeil.

III. Nous avons déjà traité la question des châtiments corporels, que toute bonne pédagogie réprouve. Nous nous contenterons ici de dire aux parents et aux éducateurs que l'enfant de trois mois distingjue déjà les personnes à la manière dont elles le touchent, le palpent, le caressent, le tiennent et le portent. A six mois, il apprécie aussi déjà les petites corrections qu'on lui donne, les personnes par rapport à ces corrections, et les objets instruments de ces corrections. Il est des enfants que la vue d'un médecin qui les a soignés met hors d'eux-mêmes. S'il en est de peu sensibles, et l'on dirait même d'insensibles aux coups,

(1) VAme de V enfant, p. 133.

le plus grand nombre est à leur égard d'une légitime et comme religieuse impressionnabilité. Quiconque pourrait douter des puissants effets de l'imagination tactilo-musculaire, n'a qu'à lire les confidences rétrospectives d'un fils qui n'a jamais pardonné à son père et à sa mère les « rossées » dont ils attristèrent son enfance (1).

IV. J'ajoute qu'on aperçoit souvent aussi chez le petit enfant, entre quinze mois et quatre ans, une sorte de surexcitation pseudo'Sexuelle des nerfs tactiles et musculaires : ils ont besoin de se serrer contre les objets, les animaux et les personnes. « Crispons-nous », disait un enfant de deux ans à une personne amie, en l'étreignant fortement. Est-ce jeu, surabondance de vie, impulsion inconsciente de l'affectivité ? M. Arréat admet cette dernière hypothèse, et il cite d'autres faits à l'appui (2). Ne laissons pas contracter de telles habitudes à l'enfant.

y. Le petit enfant, lui aussi, est capable d'une certaine paresse, qu'il ne faut pas encourager. Le jeu lui déplaira quelquefois, soit avec tels jouets, soit avec tels compagnons , c'est à nous de voir si c'est par caprice, et s'il n'y a pas moyen de l'amener à y prendre goût, ce qui n'est jamais difficile, quand il est bien portant et dispos. Déjà, vers l'âge de deux ans, il est souvent enclin à se faire servir ou à se faire aider. Au moment de partir pour la promenade ua.enfant de deux ans et demi dit à son frère aîné : « Va me chercher mon chapeau, je te prie ». Sa

(1) J. Vallès, V Enfant, passim.

(2) La Morale dam le drame, chap. I, et R^ue phil.t déc. 1886, Sexualité et altruisme.

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mère lui dît : « Va le chercher toi-même. — Où est-il ? dit l'enfaDt, sachant bien où il se trouvait. — Tu le sais bien », réplique la mère. L'instinct de paresse ne se rend pas encore. « L'escalier est trop ^rand, je ne peux pas monter. » — Une autre fois, ue voulant pas obéir à son père, il imaginait je ne sais quelle espièglerie ayant pour but de faire oublier Tordre qu'on lui avait donné : * Obéis vite ! Tu crois cela bien amusant ? » L'hésitation de l'enfant se traduisit par cette question, tendant à retarder l'acte d'obéissance: «Pourquoi ce n'est pas amusant?» Un peu de bon sens et d'expérience nous apprennent vite à déjouer ces petits calculs de la paresse enfantine.

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