CHAPITRE VU
Le sens de la température.
I. Influences générales d^lne température modérée et d^une température excessive. ^ II. Sensations thermiques dontréducatioDafflèctiva et morale aà s'ocouper. — Elles produisent une réactioi>({u*il faut aider. — UI. L'endurcissement au froid a des limites et peut avoir -ses dangers. — IV, L'émoussement de la sensibilité au froid n'est pag toujours aussi utile qu'il semble.— V. Inconvénients-das moyens trop artiflciels de lutter aofitre les riguearsda la tampé* rature : la vie entre quatre mura. — YI. Le bain d'eau et le bain d'air. — Exemple de la facilité avec laquelle l'enfant s'habitue aux ablutions et aux soins de propreté. — Le bain d*air au petit l6v«r dé chaque Jour, à la promenade.
L Une température modérée est favorable au développement harmonieux de toutes les forces. Une chaleur moyenne a pour effet une excitation générale du système nerveux, une sensibilité plus exquise, une imagination plus vive, des mouvements plus rapides et plus joyeux. Le froid sec et modéré a une influence heureusement tonique et excitante : il active la respiration et la circulation, augmente l'appétit, accroît eu la calmant l'action du système nerveux, prédispose le cerveau au travail de l'attention. Au contraire, la chaleur et le froid excessifs ont des effets généralement déprimants. D'un côté, affaiblissement de l'action nerveuse ou musculaire, digicstion peu
B. FEREZ. — L'Education morale. iî
énergique, nutrition lente» tendance à la fatigue et à la somnolence; de l'autre, arrêt de la circulation du sang dans les parties périphériques du corps, le nez, les oreilles, les pieds, les mains; respiration fréquente et paresseuse, sensations peu vives ; sentiments amortis, puissance intellectuelle du cerveau affaiblie (1).
II. II y a une classe de sensations de température dont l'éducation affective ou morale n'a pas à s'oc* cuper. Nous avons la faculté de demander aux corps, par le secours du tact, des perceptions de température. Nous prenons ainsi sur les liquides et les solides des informations précieuses pour notre alimentation, notre bien-être ou notre sécurité. Nous attribuons aux corps, les divers degrés de chaud ou de froid traduisant les sensations dont ces corps nous sont l'occasion. Cette sensibilité thermique, acquise et volontaire, s'associe toujours à d'autres impressions tactiles et musculaires. Elle s'exerce à un moment donné seulement, et sur une aire limitée de la peau. Elle a un rôle éminemment informatif, et se rattache à l'éducation intellectuelle des sens.
Mais il y a une autre espèce de sensation thermique intéressant l'éducation affective et morale. Cette sensibilité thermique est passive et subjective; nous l'éprouvons malgré nous, et elle nous semble toute nôtre. Nous la rapportons à nous-mêmes, à des zones déterminées de notre corps, et la plupart du temps à notre corps tout entier. Elle tient moins de la nature des sensations spéciales que de celle des sensations organiques générales. La réaction parti-
(1) A. Berra. La Santé et V Ecole, pp. 12-45.
culière que nous lui opposons est très faiblement consciente. Elle a pour agent principal l'air atmosphérique, et d'une manière secondaire les modifications thermiques internes dues à la digestion, au tra« vail musculaire, au travail nerveux, à la circulation. Son rôle se montre essentiellement dans la vie végétative (1). Les sensations de ce genre produisent d'elles-mêmes une réaction qu'il faut aider.
Enregistrées presque toujours à notre insu dans les centres nerveux, elles modifient notre faculté thermogénique, Tadaptant au milieu et à la dépense, du moment, et gouvernant par suite la nourriture des tissus. Elles mainliefinent presque constante dans notre corps la température requise pour l'exercice régulier de toutes les fonctions biologiques (2). Notre moyen de protection contre les rigueurs des climats glacés ou les ardeurs des climats torrides consiste donc moins à nous isoler de l'atmosphère qu'à en favoriser et à en accroître l'action, en multipliant les points de contact et en rendant ainsi plus active et plus délicate la faculté de réagir au chaud et au froid (3). Moins de vêtements que d'amusements, voilà la règle à suivre quant aux sensations de ce dernier genre, les plus insupportables et les plus nuisibles à l'être vivant quand elles sont excessives. Quant aux sensations excessives de chaud, il faut rendre l'enfant apte à les subir avec fermelé, quand on ne peut pas les adoucir par des soins hygiéniques.