‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 3 sur 87 · IX · texte numérisé non relu

IX

L'auteur de ces lignes trouve cette doctrine « séduisante », mais peu « démontrée ». On ne peut cependant nier la transmission organique, dans un petit nombre de générations observables, de tendances morales particulières. On constate ainsi que le progrès moral, quand progrès il y a, se fait petit à petit, un peu pour une génération, un peu plus pour une autre. N'y eût-il un progrès sérieux à espérer que pour une courte série d'individus, que cela ne serait pas à dédaigner. Tant mieux pour les générations qui arriveraient, le point d'arrivée ne fût-il pas bien élevé, et fallût-il quelquefois rebrousser chemin.

Aristote, l'un des premiers et des plus illustres représentants de la philosophie expérimentale, tout en s'exagérant, comme Montaigne et Locke plusieurs siècles après lui, l'influence des habitudes acquises sur le bonheur et la moralité, a cependant présenté de la vertu une définition que l'éducateur ne doit pas cesser de méditer. Les vertus morales sont, pour ce philosophe pratique, des moyens termes entre deux perversions opposées, Pune par excès, et l'autre par défaut, des habitudes ou dispositions naturelles. Il n'est pas toujours facile de déterminer avec précision ce bon miUeu de la vertu, qui, dans le langage ordinaire, est souvent confondu avec les extrêmes opposés ; il n'en est pas moins utile de se persuader que la vertu peut être envisagée comme un système d'habitudes bien réglées, et le vice, comme un système d'habitudes mal réglées, et surtout que Tune et l'autre

peuvent dériver diversement de la même tendance^ Ce sont là des vues générales qu'il convient d'appliquer au particulier, et Aristote n'y avait pas manqué^

« Entre la crainte et l'audace, le vrai milieu, dit-il (1), c'est le courage ; mais l'excès produit par la confiance ou par l'absence de toute crainte, n'a point reçu de nom ; et il y a un assez grand nombre de passions qui sont dans ce cas. L'excès dans l'audace s'appelle témérité ; l'excès contraire dans la crainte, ou le défaut d'audace, se nomme lâcheté. Par rapport aux plaisirs et aux peines, le milieu, c'est la tempérance, et l'excès, la débauche ; au reste, il n'est guère de gens qui pèchent par défaut, en fait de plaisir ; aussi n'a-t-on pas imaginé de terme propre à les désigner; appelons-les insensibles. A Tégard du penchant à donner ou à recevoir de l'argent, le juste milieu s'appelle libéralité; et l'on désigne par les noms de prodigalité et d'avarice, l'excès ou le défaut relatif à ce penchant. Mais ceux qui pèchent ainsi exagèrent en sens contraire : le prodigue a une facilité excessive à donner et n'a pas assez de penchant à recevoir ou à prendre, tandis que l'avare n'a que trop de penchant à prendre et n'en a pas assez à donner... Le milieu, par rapport aux honneurs et à l'absence de toute considération, s'appelle magnanimité ; l'excès, en ce genre, prend le nom d'indolence, et le défaut prend celui de bassesse d'âme...

« Il y a aussi, par rapport à la colère, un excès, un défaut et un milieu; mais on ne leur a presque pas donné de noms; appelons donc le caractère intermédiaire indulgence^ désignant par le mot irascî-^

(1) La MoralSy liv. II, chap. vu.

bilité le caractère où se montre cette disposition, et par le mot non-irascibilité le défaut de cette mêroç disposition... Appelons vérité le milieu entre la jactance orgueilleuse d'un homme qui cherche à donner aux autres une idée exagérée de ses avantages et la dissimulation de celui qui affecte de les diminuer ; et donnons le nom de vrai au caractère qui est placé entre ces deux extrêmes opposés. Quant à l'agrément qui consiste dans l'art de plaisanter avec grâce, celui qui y observe un juste milieu pourra être appelé un homme d'un caractère gai, jovial, tandis que Texcès en ce genre sera exprimé par le nom de bouffonnerie, et le défaut par celui de rusticité.

« Il y a aussi ce qu'on pourrait appeler des moyens termes dans les passions, et dans ce qui tient aux passions. La pudeur, par exemple, n'est pas proprement une vertu : cependant on loue celui qui en est susceptible ; car, dans les choses où ce sentiment intervient, l'on peut tenir un juste milieu, et pécher par excès ou par défaut. L'homme que tout fait rougir, et qui est comme frappé de stupeur, pèche par excès ; celui qui ne rougit de rien, est impudent et pèche par défaut ; l'homme modeste est dans le juste milieu.

« Quant à la justice, comme son nom n'a pas une"" signification simple, je parlerai dans la suite de deux rapports sous lesquels on doit la considérer, et je ferai voir comment on y observe un juste milieu ».

Cette esquisse comparative des passions, des tendances et des habitudes, considérées et qualifiées dans leurs degrés, n'est pas aussi arbitraire qu'elle peut le paraître ici. Aristote n'a pas fermé les yeux aux exceptions, ni voulu appliquer un juste milieu

strict à tous les actes et à toutes les tendances. « II est fort éloigné d'attribuer à sa propre théorie une valeur absolue, et il ne la présente que comme une généralisation, ordinairement assez exacte, de l'expérience. Il en tire une très bonne recelte de perfectionnement moral, reproduite plus tard par Franklin, c'est que, pour se corriger d'un penchant qui peut conduire au vice, il faut se pencher en sens contraire ; « car en nous éloignant de toutes nos forces de la faute que nous redoutons, nous nous arrêtons dans le milieu, à peu près comme on fait quand on cherche à redresser un morceau de bois tordu (1) ;>. L'idée qui a présidé à cette célèbre classification est fondamentale pour qui se préoccupe de donner aux facultés morales de l'enfant leur véritable hygiène. Construite d'après les données de l'analyse expérimentale, cette théorie trouvera plus d'une application dans mes conseils pédagogiques.

Les faits dûs à ma propre observation ou empruntés à l'observation d'autrui fussent-ils encore plus nombreux et plus importants, que je ne puis espérer présenter moi-même ici que des considérations pratiques d'une certaine généralité. Or, les facultés essentielles qui constituent le moral de l'homme, comportent une infinie variété de combinaisons, de degrés et de formes, correspondant à la

(1) Garrau, Introd. de la Morale à Nicomaque, p. 15, édit. Alcan.

diversité des organisations individuelles. Il n'y a pas deux caractères entièrement semblables : un système d'éducation appuyé sur une psychologie générale de Tenfant 'est-il donc possible et désirable ? A cette objection, qui est depuis longtemps devenue lieu commun, j'oppose cette simple question : Il n'y a pas deux tempéraments qui se ressemblent : l'hygiène et la thérapeutique, toutes sciences de généralités qu'elles sont, rendent-elles, oui ou non, des services incontestables ? Ainsi feront les conseils visant à la formation du tempérament moral de l'enfant.

J'ajoute que si l'éducation morale du petit enfant m'a paru mériter une étude spéciale, je ne la sépare pas, dans la pratique, des deux autres formes de la culture humaine auxquelles elle est essentiellement liée : l'éducation physique comprenant l'hygiène, et l'éducation intellectuelle ou l'instruction proprement dite. Les organes, l'intelligence, les mœurs, voilà l'objet triple et un auquel l'éducateur doit s'appliquer, dès la naissance de l'enfant. Ce sont là des vérités banales. Tout mon livre est de nature à montrer les intimes rapports de l'éducation physique et de l'hygiène avec la formation des habitudes morales. Il n'en sera pas de même pour les rapports de l'éducation intellectuelle, ou plutôt de l'instruction, avec l'éducation. Ces rapports ont été jusqu'ici assez diversement compris.

Ecoutez Spencer ; il vous dira que l'instruction n'influe en rien sur la conduite, que le sentiment dirige le cours de nos idées et de nos déterminations. Il est malheureusement trop prouvé que la vertu n'est pas identique à la science, pas plus que le vice à l'ignorance. Chez les criminels de profession, il est vrai,

rigDoraDce est générale ; mais les statistiques de la criminalité, qui a des origines si complexes, n'éclairent qu'un côté de la question. 11 faudrait établir, en thèse générale, qu'avec l'instruction, la manière dont les tendances mauvaises se satisfont peut foncièrement changer, ou que ce changement n'est qu'à la surface, que le fond persiste.

Nous ne connaissons pas tous les bons effets d'une instruction scientifique dans son contenu et dans ses procédés. Beaucoup de penseurs estiment, avec Maudsley, un héréditiste convaincu cependant, que c'est, en définitive, « aux idées, aux connaissances scientifiques, qu'appartiennent la direction, et quelquefois la production des sentiments (1) ». Les faits pourraient donner raison à Spencer ; l'instruction, l'enseignement moral, semblent n'avoir de bons effets que s'ils arrivent dans des âmes bien disposées. Quand le savant ou l'homme instruit, ne montrent pas les qualités morales qu'on pourrait appeler « scientifiques », il faudrait, dans cette hypothèse, en chercher la cause dans la pauvreté de leur tempérament moral. Mais qui nous dit que leur éducation morale, et même leur éducation intellectuelle en son ensemble, ont été vraiment conformes à l'esprit des sciences qu'ils ont si bien cultivées? « Le savoir, dit un homme très convaincu de Tinfluence moralisatrice des sciences naturelles, quand il est bien donné, est ordre, discipline, carrure de l'esprit ; c'est une plus grande quantité de rarsoa répandue dans le monde, et, à tout prendre, une élévation d^ l'existence humaine au-dessus des conditions de la nature aai-

(1) A. Angiulli. la Pédagogie, VEtat et la famille.

maie (1) ». Que de choses contenues dans ces mots : <ç le savoir bien donné 1 »

La littérature et les beaux-arts, ces miroirs et ces projecteurs des passions humaines, ont une influence plus certaine sur le développement ou la déformation du caractère. Parmi ces collaborateurs, souvent occultes, qui agissent sur la sensibilité, à rinsu des éducateurs, et en dépit de la plus large instruction, quel pouvoir a la lecture I Tout livre qui séduit, frappe ou passionne Timagination, une seule fois lu, peut laisser une trace indélébile. Les livres qui prennent Tenfant par les entrailles, voilà ses tout-puiôSants, et souvent ses dangereux, ses terribles éducateurs. M. Paul Bourget, parlant en quelque sorte au nom d'une partie raffinée de notre jeunesse, nous a sincèrement fait cette confession dans ses Essais de psychologie contemporaine^ et dans ses romans, qui sont tous des a]»plications de la même thèse. Cela doit donner à réfléchir à ceux qui comptent sur l'efficacité de l'instruction et de l'éducation ostensibles, pour moraliser l'enfance et la jeunesse.

Mais n'exagérons ni le bien ni le mal. Restons dans une appréciation des choses moyenne entre l'optimisme des uns et le pessimisme des autres. S'il est vrai que « le fond primitif de l'âme, le caractère, résiste à Tinfluence de la culture esthétique ou scientifiique, lorsqu'elle lui est contraire, mais qu'il en profite, lorsqu'elle s'exerce dans le même sens que ses inclinaisons naturelles (2) », eh bien, nous conclurons de là que la grande préoccupation de l'éduca-

(1) N. Fornelli, V Education moderne.

(2) A. Martin, VEducaiion du caractère^ p. 162.

leur doit être d'offrir à son élève Taliment esthétique le plus en rapport avec ses tendances bien connues : il en trouvera toujours quelqu'une de bonne, à qui parler. Et, s'il est prouvé, d'autre part, que « la noauvaise littérature peut faire beaucoup plus de mal que la bonne ne peut faire de bien (1), » tenons-nous-en à la vieille et excellente méthode, fermons nos tiroirs et nos bibliothèques, accompagnons partout notre enfant, ou ne le laissons qu'en mains sûres. Toutes ces sollicitations au vice qui proviennent du livre, du journal, de la gravure, des œuvres artistiques, ou prétendues telles, toutes ces exhibitions quotidiennes, qui se font dans les grandes villes, des scènes du crime et de la dépravation, les honnêtes gens savent passer à côté sans en être effleurés, et il leur est toujours possible, sinon facile, d'empêcher leurs enfants d'en être atteints.

Le rôle de l'éducateur, en ce qui touche au développement affectif et moral, dans les premiers mois surtout, doit être un rôle d'autorité, de prévoyance et de surveillance. Epier l'éveil des tendances dominantes, leur accorder ou leur refuser l'aliment qui les fortifie, c'est-à-dire l'exercice habituel, selon qu'elles paraissent favorables ou nuisibles, telle doit être la constante préoccupation des parents et des maîtres. Nous verrons quel mode particulier de traitement convient à chacune de ces tendances. Le plai-

{i)Ihid,,id.

sir et la douleur sont les premiers maîtres de Tenfant, mais des maîtres impersonnels, absolus, qui ne savent pas toujours ce qu'ils font : il faut souvent atténuer, toujours contrôler, si c'est possible, les leçons que les objets, les animaux ou les personnes, nos collaborateurs involontaires, donneraient souvent mauvaises, ou trop fortes, sans notre judicieuse et sympathique intervention. Il faut, pour la moralité, comme pour le bonheur de Tenfant, ces deux choses inséparables.

Disons, à ce propos, une fois pour toutes, que trop souvent les moralistes, et même les hygiénistes, semblent vouloir sacrifier le bonheur actuel de Tenfant à son bonheur à venir. Par exemple, sous prétexte d'endurcissement physique, quelques-uns condamneraient volontiers le nourrisson à une modération et à une patience qui ne sont pas même le fait du sage. Quand ils parlent du goût, c'est seulement pour en signaler les dangers et en réduire les exigences. Ainsi des autres satisfactions agréables des sens, que la nature n'a pas pris la peine de créer dans le seul but de donner à l'homme le mérite de les supprimer ou de les fuir. Il y a, pour tous les âges, une sensualité légitime, un bonheur possible.

Rousseau a fait une bien belle page sur ce bonheur dû à l'enfant, qui n'en connaîtra peut-être pas d'autre. « Pourquoi, dit-il, voulez-vous ôter à ces petits innocents la jouissance d'un temps si court qui leur échappe, et d'un bien si précieux dont ils ne sauraient abuser ? Pourquoi voulez-vous remplir d'amertume et de douleur ces premiers ans si rapides, qui ne reviendront pas plus pour eux qu'ils ne

peuvent revenir pour vous ? Père», savez-vous le moment où la mort attend vos enfants? Ne vous préparez pas des regrets en leur ôtant le peu d'instants que la nature leur donne. Aussitôt qu'ils peuvent sentir le plaisir d'être, faites qu'ils en jouissent, faites qu'à quelque heure que Dieu les appelle, Us ne meurent point sans avoir goûté la vie (1) ».

Ce beau passage de VEmile a été sévèrement jugé par M. A. Martin, uii écrivain distingué, qui vient d'ajouter son nom au riche catalogue de nos éducateurs psychologues. « Sous une forme plus grave, dit-il, c'est, au fond, le même langage que celui qui nous est tenu dans une foule de poésies épicuriennes, où, de la brièveté de la vie, l'on conclut à la jouissance et au plaisir. Carpe diem, quant mini*mum credula postera^ disait Horace à Leuconoé. Avec ce raisonnement on vivrait au jour le jour et l'on ne ferait rien en vue de l'avenir, parce qti'oa n'est jamais sûr de recueillir le fruit de son travail;. Sans doute, si l'enfant n'est pas destiné à vivre, notre éducation, à ne voir que les apparences, sera perdue, et les gênes que nous aurons cru devoir lui imposer n'auront servi qu'à le priver de plaisir. Mais il vaut mieux appliquer à la pédagogie ces réflexions de Vauvenargues : « On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort... Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir ». Nous devons donc considérer Fenfant, non comme un être dont la vie ne tient qu'à un fil et qu'il convient de laisser s'amuser le plus possible, afin qu'il ne la quitte pas sans l'avoir goûtée,

(1) VEmile, livre II.

mais comme un futur homme, appelé à prendre sa part des épreuves et des lattes de la vie et dont les premières années ne sont qu'une préparation, un apprentissage en vue de Tavenir (1) ».

Non, les premières années ne sont pas seulement un apprentissage de la vie ; elles en sont aussi la première, la plus périlleuse, mais à certains égards, la plus riante période. Le langage par trop kantien que je viens de reproduire ne serait jamais entendu, jamais appliqué par des mères. Concilions à leur usage, puisqu'elles le feraient peut-être un peu plus mal sans nos avis, la morale du devoir et la morale du plaisir. Le but de l'éducation morale étant de donner à l'enfant le plus possible d'habitudes saines et utiles, j'estime, et, si je ne me fais illusion, tout mon livre le prouve, qu'à donner de telles habitudes, on réussit presque toujours par Teffort modéré, et par le plaisir, bien plus que par la peine. C'est même en vue du bonheur de l'enfant, comme en vue de sa moralité, que je réclame pour lui « l'accoutumance aux impressions pénibles et désagréables, qui sont comme les premières assises d'un caractère sage, ami de l'ordre, peu enclin aux nouveautés étrangères ». Combien, à plus forte raison, ai-je à cœur 4c de le soustraire à toutes les sensations violentes, qui ébranlent son esprit, qui, par leurs secousses inattendues, peuvent le rendre inquiet et troublé pour la vie (2) » ! L'éducation est, dans ses fins comme dans ses moyens, une œuvre optimiste, une œuvre de douceur et de confiance.

(1) L'Education du caractère, p. 334.

(2) G. Gompayré, Revue philosophique, août 1881.

Je ne crois pas, du reste, avoir mérité le reproche de rêver pour l'enfant un bonheur tout animal. Ce ne sont pas les philosophes qui reconnaissent dans ranimai les germes ou les équivalents des facultés de l'homme, qu'on verra jamais rabaisser ce dernier jusqu'aux degrés réellement inférieurs de l'animalité. On ne peut plus avoir de ces craintes, quand on a lu cette belle et ferme protestation de M. Espinas :«Pour nous, qui n'avons pas moins souci que qui que ce soit de la noblesse et des destinées de notre race, si nous entendions quelqu'un, après la lecture de notre étude, dire : « Eh quoi ! dans plusieurs sociétés animales, les faibles sont protégés, les jeunes sont élevés avec soin, les vieux mêmes sont parfois secourus, les membres d'une même peuplade et d'une même famille sont prêts à se sacrifier les uns pour les autres sans la plus légère espérance d'une compensation ; et il se peut que certains hommes en soient encore à se demander si ce sont là des vertus ! ». Nous ne pourrions qu'applaudir à un tel langage. Relever les sociétés animales, c'est relever du môme coup la société humaine qui les surpasse de si loin et de si haut (1) ».

(1) A. Espinas, les Sociétés animales, p. 15 i.

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