CHAPITRE IV La politesse
1,06 que peut être la politesse chez un enfant. Peur habituer Tenfant. Des actes de bienséaacejl faut surtout compter sur l'exemple.^ II. L'enfant grandelet les imite mieux.— III. L'amour-propre et la timidité, peuvent exagérer ou fausser la politesse. — IV. La politesse doit être dans les manières et dans les sentiments. — Il faudrait laisser à chaque enfant sa simplicité naturelle et son air propre. — V. Il faut une politesse aimable et de bonne humeur. -• La bonne humeur est le caractère de Tobligeance. — VI. 11 y a un devoir de bonne humeur devoir trop souvent négligé par les parents et par les maîtres. — Vil. La gaîté ne doit pas être doublée de malveillance ; point de plaisanterie critique. — VIII L'habitude de s'observer et de se dominer devant les autres favorise l'esprit de justice ; il faut être tout à la fois aimable et juste.
I. L'enfant, même âgé de dix ou douze ans, doit ignorer les compliments directs qui s'adressent à Tamour-propre. Quelques formules de déférence, quelques prévenances aimables^ les mêmes pour tout le monde, voilà ce qu'il peut retenir de nos manières cérémonieuses. II serait absurde, en effet, de vouloir qu'il témoigne à chacun un respect proportionné à son mérite ou à sa condition. Mais de très bonne heure, et, déjà à trois ou quatre ans, il est capable de ces attentions faciles, dont l'exemple est le seul maître. La maaière de lés exécuter en fait tout le prix. A trois ans, l'enfant doit savoir qu'il ne faut point jeter de toutes
ses forces une porte, un tabouret, une chaise, matis doucement les conduire ou les poser. S'il survient une personne étrangère, et qu'on l'appelle auprès d'elle, on ne lui demandera pas encore de faire la révérence ; mais il pourra la saluer du nom de « madame »ou de « monsieur », et même lui demander comment elle va. A six ou sept ans, ces attentions sont de rigueur, comme aussi la précaution de ne dire à personne « oui » et « non > tout court, de ne point passer devant quelqu'un sans dire pardon ou tirer une révérence (si c'est une personne étrangère), de ne rien donner ou recevoir sans faire un geste de politesse. Un enfant de cet âge doit aussi commencer à n'incommoder qui que soit par ses mouvements, savoir prendre luimême une petite chaise, et s'asseoir à une distance convenable des personnes en visite, ne pas s'appuyer sur elles, ni les pousser, et surtout ne pas les interronapre dans leur conversation.
Pour habituer l'enfant à ces actes de bienséance qui reviennent à tout moment, il faut compter beaucoup plus sur les exemples que sur les conseils et les réprimandes. Les enfants se façonnent eux-mêmes d'après notre tenue et notre air. Locke estime, avec raison, qu'on ne doit pas tourmenter les enfants sur les marques extérieures de respect et de bienveillance. Il ne veut pas qu'on les gronde en public sur cet article délicat. Il ne peut souffrir le ridicule des parents qui veulent imposer aux enfants des manières de grandes personnes, et ne manquent pas de les reprendre, devant les étrangers, des moindres infractions aux bienséances d'usage, comme si ces infractions étaient imputables à leur propre incurie ou à leur maladresse. Il ne faut pas, dit-îl, se mettre en peine