LA POLITESSE
qui coiîfcerne la civilité et les bonnes manières ; mai» son observation peut s'étendre à tout le détail de l'éducation morale. « L'affectation, dit-il, est une imitalioa groasiè?e et forcée de ce qui doit être naturel et aisé : imitation destituée du charme qui accompagne la vraie nature, à cause de l'opposition qu'elle met toujours entre l'action extérieure et les mouvements intérieurs de l'esprit... » Fi de la politesse et les agréables manières, si elles mettent en danger la franchise et la sincérité de l'enfant I « Maman, dit un enfant de quatre -ans, est-ce que tu ne vas pas dire à Madame X... de s'en aller ? Il y a longtemps qu'elle est là. » J'aime mieux, même chez un enfant de quatre ans, cette innocente rusticité qu'une politesse non sentie. Il est boa assurément de répéter aux enfants qu'ils ne doivent pas dire des choses désagréables aux étrangers, non plus qu'aux amis ; mais il vaut encore mieux ne pas les dresser à nos airs de convention, comme on fabrique des poupées parlantes. C'est au bon sens des parents à les retenir en ceci, comme en tant d'autres choses, dans la vraie mesure.
V. La douceur et la gaîté sont, avant tout, des manifestations sociales de politesse. Elles font partie de nos devoirs envers les autres, et, comme tous les devoirs, elles s'apprennent. Il est d'un bon esprit de s'accommoder aux temps, aux lieux, aux personnes, et de faire à tout le monde visage aimable. C'est là un don de naissance, mais aussi un fruit de l'éducation. L'exemple doit en venir à l'enfant dans sa famille. S'il vous voit d'humeur égale et accorte, non-seulement avec les étrangers, mais «ntre vous, il se mettra vite avec vous à l'unisson. L'habitude que vous lui aurez donnée, par ailleurs, de maîtriser ses petites pbines.
et de réprimer les signes de ses contrariétés inévitables, ajoutera ses effets à Pinfluence de vos exemples. Quelques sobres admonestations lui rappelleront, quand il sera grandelet, que Tair du visage, le ton de la voix et les attitudes, peuvent plaire ou déplaire au moins autant que les actions. On pourra le reprendre avec douceur, et comme avec élonnement, s'il parle brusquement et rudement à ses frères, à ses amis, à ses bonnes, s'il n'accompagne pas sa demande de service d'une petite formule amicale, comme : « Voudraistu bien », « si tu voulais »,« je te prie », et s'il ne répond pas à un service par un bon petit mer^i. Ces avertissements seront d'autant mieux compris qu'il vous verra vous-mêmes user toujours entre vous de la même courtoisie et de la même grâce.
Insistons sur ce devoir de bonne humeur, qui tient de si près à Tobligeance et à la bonne volonté. On reconnaît, à première vue, un enfant élevé par une bonne aimable et polie, d'un enfant élevé par une servante maussade et grossière : il y a dans l'un et dans l'autre un air de physionomie habituel, qui trompe rarement. Le visage de Tenfant, comme ses attitudes, reflète les manières de ses éducateurs. On ne peut, d'ailleurs, être bien exigeant pendant les premiers mois : des trépignements de désir vite calmés, des pleurs rares, des cris de colère encore plus rares, un rire facile, un visage point rechigné, peu de rebuffades pour les étrangers, c'est à peu près tout ce qu'on peut demander en fait de bonnes manières à l'enfant de six ou dix mois.
VI. A mesure que l'enfant avance en âge, son extérieur se façonne avec beaucoup plus de Facilité d'après les impressions du milieu social. Il faut être bien sûr