‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 43 sur 87 · VIII. Lorsque des enfants de quatre ou cinq ans · texte numérisé non relu

VIII. Lorsque des enfants de quatre ou cinq ans

ont été mis en situation de connaître des personnes

ostensiblement grossières, impertinentes, menteuses,

-ou pourvues d'autres vices ou défauts très apparents,

B. Ferez. — L'Éducation morale 19

quelques mots leur apprendront que ce aoal des personnes à mépriser et à éviter. « On peut ainsi^ dit Fénelon, sans les accoutumer à la moquerie, leur former le goût et les rendre sensibles aux vraies bieoséances. Il ne faut pas s'abstenir de les prévenir en général sur certains défauts, quoique on puisse craindre de leur ouvrir par là les yeux sur les faiblesses des gens qu'ils doivent respecter, car, outre qu'on ne doit pas l'espérer, il n'est point juste de les entretenir dans l'ignorance des véritables règles là-dessus. D'ailleurs, le plus sûr moyen de les tenir dans leur devoir est de leur persuader qu^il faut supporter les défauts d'autrui, qu'on ne doit pas même en juger légèrement ^ qu'ils paraissent souvent plus grands qu'ils ne sont ; qu'ils sont réparés par des qualités avantageuses, et que rien n'étant parfait sur la terre, ou doit admirer ce qui a le moins d'imperfection ; enfin, quoiqu'il faille réserver de telles instructions pour l'extrémité, il faut pourtant leur donner les vrais principes et les préserver d'imiter tout Je mal qu'ils ont devant les yeux (1) ». Nous pouvons et devons aussi donner à l'enfant l'exemple du vouloir.

Rien n'en impose autant à l'enfant et à l'homme que ^expression de la force. Cette mimique de la volonté,, contenue, concentrée, et d'autant plus maîtresse d'ellemême, la tête droite, l'attitude verticale, l'œil ouvert et clair, le visage calme, le geste sobre et décidé, tout cela exprime et communique par contagion l'énergie volontaire. Ces manifestations fréquentes, mais toujours opportunes, de l'autorité, favorisent le développement chez Tenfant de la volonté et du sens moraU.

(1) De V éducation des filles, édit. Defondon, p. 23.

L'iMITATfOX 275

Leur effet est bien plus sûr, quand la direction n'est jamais ni rude, ni violente, qu'elle sait être au besoin expcctante et persuasive, qu'elle ne demande pas à la contrainte ce qu'elle peut obtenir par la douceur et la raison. Mais, tout en se tempérant elle-même, elle ne doit jamais montrer de l'indécision.

L'éducateur est pour l'enfant le représentant et l'instrument de la raison, du devoir. Ses principes, ses idées sur l'œuvre qu'il a à réaliser dans son élève, doivent avoir pour lui la même clarté que des axiomes. L'enfant ne jage les actes et les avis, les ordres et les réprimandes, que dès leurs effets les plus sensibles ; et s'il voit dans celui qui le dirige le doute et le défaut d'énergie, la notion du juste et du bien, pour lui indiscutable, ne se rattache plus à rien dans son esprit. Cette conscience, personnification de la vérité, ne se dresse plus entre lui et les tentations mauvaises. Il est une proie facile pour toutes les erreurs et pour tous les sophismes de la passion. Il en use sans se gêner avec cette autorité flottante et incertaine, qui relâche ses propres ressorts. Il désapprend d'obéir, et il n'apprend pas à vouloir.

Page 1