CHAPITRE PREMIER La timidité
I.— La timidité existe chez le tout jeune enfant.— II. On en tmuve même le germe chez les animaux. — III. Elle est souvent le fmil d*une éducation trop rigide. — IV. Elle vient aussi de ce que nous n'accordons pas assez d'attention bienveillante aux enfauts. — Y. Locke est d'avis qu'elle ne tire pas à conséquence dans le jeune enfant.— Ses inconvénients de toute sorte. — VI. Exemple illustre des inconvénients de la contrainte morale. — VII. La timidité exagère Tamour-propre et la vanité. — VIII. Remèdes pireii que le mal. — IX. On peut la combattre comme la peur, par Tactioutumance et par la préoccupation intellectuelle.
I. Dans sa note sur le développement des facultés enfantines, Darwin a inséré un passage relatif à la timidité, que Fénelon aurait volontiers signé, et que les amis de l'éducation feront bien de méditer. « Il est impossible, dit-il, de s'être occupé de très jeunes enfants sans avoir été frappé de l'audace avec laquelle ils regardent les visages qui leur sont nouveaux, fixe-
ment et sans jamais baisser les yeux ; une grande personne ne regarde ainsi qu'un animai ou un objet inanimé. Cela vient, je crois, de ce que les jeunes enfants ne pensenÉ nullement à eux«-oaéiiies, et, par conséquent, ne sont pas du tout timides, bien qu'ils aient quelquefois peur des étrangers. J'ai vu le premier symptôme de timidité se manifester chez mon enfant lorsqu'il avait près de deux ans et trois mois ; j'étais rentré chez moi après dix jours d'absence, et la timidité de l'enfant se montra par une sorte d'affectation à ne pas rencontrer mon regard ; mais bientôt il vint se mettre sur mes genoux, et quand il m'eut embrassé, toute trace de timidité disparut (1) »-,^
II. Ce phénomène est bien décrit; toutefois la timidité est souvent plus accusée chez le petit enfant que le naturaliste anglais ne l'a pensé. J'ai cru remarquer l'analogue de cet état mental chez des chiens et des chats qui me revoyaient après une longue abseaice : les UD8 jappaieiiit en élevâot jusqu'à mai leurs pattes ; les autres rédaient^t ronronnaient autour de moi, avec une joie mêlée de je ne sais quel embarras, soit qu'il y eut pour eux quelque chose d'étrâo^fer dans l'ami recoîmu, »oft qa'ea sa présence k .flot de feurs souvenirs jaillît avec une violence qui jetait un certain trouble dans leur organisme. Je recommande cette observation à ceux qui voudraient la vérifier, et peut-être sera-t-elle la clef d'indications utiles sur la nature de la timidité enfantine.
III. La timidité est souvent le fruit d'une éducation trop rigide. Rien de pénible à voir comme ces yeux
(1) Esquisse biographique cV un petit enfant.. Revue scientifique, juillet 1887.