‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 45 sur 87 · LA TIMIDITE · texte numérisé non relu

LA TIMIDITE

innocents qui se baissent devant les vôtres, et ce trem* blement qui saisit tout à coup un petit enfant sur un simple froncement des sourcils paternels. Trop souvent aussi la terreur, plus que la timidité, fait trembler le petit enfant, devant le geste redouté du père ou de la mère. Est-il étonnant que les enfants durement élevés montrent de bonne heure une appréhension significative, bien différente de Tétonnement naïf que cause la nouveauté, en présence de visages inconnus? Mme Necker de Saussure n*a pas laissé échapper cette observation : « D'où vient qu'une timidité farouche se manifeste si souvent chez nos enfants ? Pourquoi onVils tant de répugnance à entrer en rapport avec les personnes qu'ils connaissent peu, et éprouvent-ils du moins une extrême contrainte en leur présence ? L'éducation a bien quelque chose à se reprocher à cet égard. » On ne peut le nier, quand on songe avec quelle rapidité les oiseaux, si familiers d'une île inconnue aux voyageurs, perdent à leur contact leur première confiance, et quels contrastes deux éducations différentes mettent, en quelques mois, entre deux enfants bien ressemblants de caractères et d'habitudes. IV. La timidité vient aussi de ce que nous n'accordons pas assez d'attention aux petites actions de l'enfant. Le plaisir d'exercer ses forces l'intéresse à tel point qu'il n'en jouit tout seul que d'une façon incomplète. Il veut être félicité de ses œuvres, il veut en faire partager le plaisir. C'est à nous de le prendre au sérieux, soit dans ses jeux, soit dans ses travaux, soit dans ses démonstrations affectives. S'il raconte une histoire, s'il représente quelque scène dramatique, s'il crayonne, jardine, pousse une brouette, tire un râteau, fait des cocottes en papier, bâtit des châteaux de

sable, à chaque instant son œil épie sur les visages les impressions de son récit ou de son acte. Notre approbation^ signe de notre plaisir, il faut la lui accorder le plus souvent possible, avec justice, mais avec indulgence : il faut favoriser en lui Tamour du succès, et l'expansion de la bienveillance, mais sans exalter son amour-propre. Quelquefois un simple sourire est la récompense suffisante de ses efforts. Mêlons-nous aussi à ses jeux : notre amusement le ravit, nous rend pour lui plus aimables, et nous ouvre davantage son cœur. Mais ne le louons que de ses efforts, jamais de sa gentillesse, à moins qu'il ne s'y joigne quelque service rendu. Ainsi se développera celte heureuse confiance, qui est à égale distance de la timidité maladive et de l'affection présomptueuse.

V. Locke, estimant que la crainte est le fondement du respect, disait que la timidité ne tire pas à conséquence dans Tâge tendre. « Je ne vois pas, dit-il, qu'on trouve ni qu'on soupçonne en aucune manière que la retraite et la timidité où l'on élève les filles les rendent moins habiles femmes. La conversation, le commerce du monde, leur donnent bientôt une modeste assurance ». 11 en sera de même pour le jeune homme, et « s'il faut prendre de la peine pour lui donner de bonne heure un air libre et une contenance assurée, c'est surtout afin que cela serve de rempart à sa vertu, lorsqu'il sera abandonné à sa propre conduite au milieu du grand monde ». J'estime, au contraire, qu'à tous égards, et surtout au point de vue de la franchise du caractère, il est bon de s'attaquer, dès l'enfance, à ce vice ou à cette maladie de la timidité.

VL La timidité morale n'est pas elle-même un vice;

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