‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 47 sur 87 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La honte et la pudeur.

I. Effets physiologiques de la honte. ^ II. L*enfant est moins gêné par la honte de mal faire que par Tennui d'interrompre Tacte qu'on lui défond. — III. L^enfant même âgé de trois mois est peu in^ âuenoé par la crainte, d'un invisible témoin.— IV. La honte est un mohile dont il faut user avec ménagemeut. — V. Locke a abusé de ce moyen disciplinaire : il veut qu'en certains cas la honte d'être battu produise l'amende ment du coupable. — VI. La honte doit amener l'enfant à rougir des défauts qui font souffrir les antres ; elle aura d'autant plus d'effet qu'on aura rendu Testime plus nécessaire. — VII. La honte doit être proportionnée à la gravité que l'enfant attribue à sa faute.— VIII. L'humiliation de l'enfant ne doit pas avoir un grand nombre de témoins.— IX. La puddar est la honte de ce qui paraît contraire à la pureté.— X. On. peut de très bonne heure inculquer à l'enfant des habitudes pudiques, même avant qu'il ait la moindre connaissance dô l'impureté. — Pudeur et chasteté ne sont pas deux mots synonymes. *— XI. Diverses causes de souillure à prévoir et à combattre. — XII. Pas de caresses passionnées.

I. La honte est le sentiment de peine et d'embarras que produit la conscience d'avoir fait une . action considérée comme blâmable. Elle se traduit par des signes extérieurs, entre autres, la rougeur subite, la tendance à se voiler les yeux et à se cacher. Comme ces manifestations peuvent exprimer d'autres étals d'essprit, il convient de s'y arrêter un moment.

L'afflux du sang au visage ne caractérise pas seulement la honte. Toute émotion un peu vive, le

plaisir, l'étonnement, la colère, la perplexité, la peur elle-même, après la première phase de saisissement, produisent des contractions accélérées du cœur et une dilatation des vaisseaux sanguins de la tète et du cerveau. Le sang accourt, par l'effet d'une loi de préservation, à toute partie de l'organisme qui a subi quelque trouble à réparer. Or, une vive émotion occasionne une forte dépense de force nerveuse dans le cerveau, et tout aussitôt le sang vient en grande quantité pour y pourvoir. L'enfant rougit tout naturellement, avant d'avoir éprouvé le premier sentiment de honte, et ce n'est pas la honte qui, plus tard, le fait toujours rougir, quand il a commis quelque chose de répréhensible.

II. Un des effets propres à la honte, c'est la tendance à se soustraire à la vue des autres, à détourner la tête et à se voiler les yeux pour fuir la lumière qui fait qu'on est vu. Cette tendance paraît innée chez l'homme. Mais la crainte et l'élonnement peuvent produire par eux-mêmes de tels mouvements, en sorte que la honte ne serait qu'une sorte de crainte morale, qui ressemble au début très peu à ce qu'elle sera dans la suite.

Le jeune enfant, même âgé de trois ans, sur le point de mal faire, est moins gêné par la honte de mal faire que par la pensée que la personne présente peut l'empêcher d'agir comme il le voudrait. Voici un exemple qui montre en lutte cette crainte précieuse du témoin moral et l'obstination naïve à faire un acte défendu. Fernand (deux ans) fait un affreux tripotage de salive et de cendre. Son père s'en aperçoit, le gronde et lui défend de continuer ce jeu. Sa mine devient triste, non du regret d'avoir mal fait, mais

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