LA HOME 2S
seiBent continael de leur amour-propre • Sur les tempéra meziès de plaisir, toujours prompts à Tirer de bord au premier vent de bourrasque, la home glisse et ne sait où se premire. La première excitation passée, les caractères mous et indifférents se font à I^umiliation, comme à toute autre nécessité imposée par la force. Les timides, les rusés, les concentrés, plus enclins d'ailleurs que les autres à Tobservation, ne tardent pas à s'apercevoir qu'il est deux moyens commodes d'échapper à l'humiliatioa ou au châtiment : c'est de se cacher pour agir, ou de mentir après l'action. Un système d'éducation qui accorde trop à la honte peut donc engendrer aussi la dissimulation et le mensonge.
V. Locke abusait un peu de la honte, aussi bien que de l'honneur, comme moyens de discipliae morale. S'il admettait même qu^on recoure aux châtiments corporels en des cas extrêmes, par exemple, à l'égard de l'opiniâtreté, de la désobéissance volontaire et déterminée, c'est uniquement parce que, selon lui, la correction peut éveiller au cœur de l'enfant le repentir et la honte; la honte même d'être battu doit faire plus sur lui que la douleur des coups. L'opinion du philosophe anglais, comme l'a fort bien montré M. F. Ptllon, prête à des objections sérieuses. « Même dans le cas unique ou je crois qu'on y doit recourir, avait dit Locke, je voudrais qu'on fît en sorte, si l'on pouvait, que la honte que les enfants auraient d'être battus, plutôt que la douleur des coups, fît la plus grande partie de la punition. » A quoi M. Pillon, a justement répondu :
« Si l^on pouvait ! Mais le peut-on ? Locke sent bien que la honte d'avoir mérité le blâme ne se joint pas toujours et nécessairement à la douleur des coups.
Mais il ne voit pas que cette précieuse association est^ non seulement incertaine, mais à peu près impossible, en raison même de la nature des châtiments corporels. Le sentiment moral qu'il s'agissait de faire naître est plutôt étouffé qu'excité par l'expression vive et tout à fait dominante de la douleur physique et par les autres sentiments qui, dans la punition corporelle, accompagnent cette douleur. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit dans un chapitre précédent, sur l'irritation, la malveillance et la haine que les châtiments corporels ont la propriété, pour ainsi dire physiologique, d'engendrer chez les enfants. Nous ferons seulement observer que l'analyse de Locke est en ce point insuffisante. Il ne parle que de la honte, du blâme et du châtiment que l'enfant a conscience d'avoir mérités. Cette honte salutaire n'est pas la seule dont il y ait à tenir compte. 11 y en a une autre qui naît beaucoup plus fréquemment des coups reçus quand l'enfant a déjà dépassé le premier âge : c'est celle de l'offense que subit sa personne, sans vouloir ou sans pouvoir y reconnaître une juste proportion avec la faute. Ce n'est pas cette seconde espèce de honte qui peut servir à l'amendement moral (1).
VI. Pour être efficace, la honte doit exciter l'agent moral à agir de façon à conserver l'estime des siens. Il faut qu'un jour il souffre de ses défauts, comme il en a vu souffrir les autres. Or, nous ne souffrons des défauts qui déplaisent aux autres que dans la mesure même où nos quaUtés leur plaisent, et nous ne pensons pas du bien de nous, quand les autres ne pensent
(1) F. Pillon, Les châtiments corporels dans V éducation. La critique philosophique, n°" des 19 et 26 septembre 1878.