CHAPITRE V
L'amoar^prapre dans ses rapports avec la sensibilité.
I. N'encourageons pas trop Tégoïsme provenant de la réflexion portée sur les sentiments. — II. On accorde trop d'importance à lu petite personne et à tout ce qui s'y rattache. — Ne pas favoriser la sensualité. — IV. En revanche» rien de plus utile que de porter l'attention de l'enfant sur ^es plaisirs passés. —V. Le raêraô conseil n'est pas applicable aux douleurs passées : l'enfant s'habituerait à vouloir inspirer de la pitié. — VI. Il est aussi très utile de compatir devant lui, surtout en cherchant à lee ^oula^ gevy aux souffrances des autres. — VII. Le plaindre lui-niôme avec discrétion pas d'éducation énervante.
I. L'attenlion de l'enfant portée sur ks manifestalions de certains sentiments, tels que la colère, la peur, la timidité, peut lui suggérer le désir de les réprimer, et peu à peu lui en donner le pouvoir. Ce ne sont pas les seules émotions sur lesquelles il soit utile de faire revenir l'enfant. Mais il faut y apporter une extrême prudence, car, chez l'enfant comme chez l'adulte, Panalyse subjective entraîne moins d'avantages que d'in- <^onvéuients.
II. Il n'est pas plus dangereux, en principe, de faire revenir l'enfant sur ses plaisirs passés que de rappeler son attention sur ses qualités ou sur ses mérites. A ■deux ans, et même à trois ou quatre ans, l'égoisrae d'un enfant bien élevé n'a rien de grave. Un enfant
âgé de deux ans, d'un eiccellent cœur et assez bien dressé, est vivement intéressé, quand on parle de lui, de ses plaisirs, de ses occupations, de ses affaires, de sa maison, de son père, de sa mère, de son frère, de son chien, de tout ce qui se rapporte à lui, de tout ce qui lui est familier. Tout ce qui est lui et les siens est bon, joli, important; comme aussi tout ce qui le fait soufTiir, colique, mal de léte, coupure au doigt, contusion à la tête, fait un bien grand mal, et rend bien malheureux. Mais nous voyons déjà poindre, à côté de cet égoïsme non sans grâce et sans utilité, un peu de celte personnalité haïssable que Pascal et La Rochefoucauld ont si bien décrite. N'y encourageons pas trop Tenfant, soit par notre approbation, soit par notre sourire.
III. Il est des personnes bien intentionnées, mais fort imprudentes, qui ne peuvent laisser un enfant quelques minutes à lui-même; Tout petit on Tadmire déjà, on le dorlote, on l'idolâtre. C'est à, les entendre, le plus bel enfant du monde, le plus intelligent, le plus affectueux, le plus sage, le plus aimable. Ses verrues sont des signes ; ses rages sont des impatiences, ses fautes des peccadilles ; on lui demande à chaque instant s'il s'amuse bien, s'il est heureux. On lui prodigue les termes de la plus mièvre sentimentalité ; on lui demande s'il aime bien sa mère ou sa tante, quelle est celle qu'il aime le plus : exhibition de tendresse excessive et maladroite. Elle élève trop haut le ton de la sensibilité affective, qui doit toujours rester dans les degrés moyens du calme et de la sérénité. Elle rend l'enfant avide de marques d'amitié, et tyrannique à son entourage.