V. La méthode, si chère à certains parents, des
dérivatifs de ratterition, est surtout de mise avec lesenfants du premier âge, les' enfants faibles^ irritables,, et dans les cas où l'autorité doit céder, sauf à se reprendre par la suite. Cette méthode contribue, avecles autres habitudes de douce prévoyance, au bienêtre de l'enfant. Par là, elle facilite l'éducation de la volonté, qui a besoin d'apaisement autour d'elle pour fonctionner dans la mesure que l'âge et les circonstances lui concèdent. Mais, alors même que l'éducateur a affaire à des enfants d'un an, maladifs et impressionnables, il ne doit pas perdre de vue la formation directe de la volonté. Tourner l'enfant d'une émotion à une aulre, sans rien de plus, ce n'est pas le mettre en situation de réprimer, avec un tant soit peu d'effort personnel et conscient, cette première émotion. Dès que son intelligence commence à s'ouvrir sur les choses extérieures, il faut qu'il soit à leur égard, dit judicieusement M""® Guizot, « dans les rapports que lui laissent son âge, sa faiblesse et son inexpérience ». Il doit les connaître par rapport à lui, se connaître par rapport à elles, apprendre peu à peu « ce qu'il en doit raisonnablement et naturellement attendre sans craindre ». A cette fin, les impressions des objets extérieurs doivent lui arriver surveillées et redressées par nous. « Il serait étrange d'éloigner d'un enfant les instruments de son éducation jusqu'à ce qu'elle fût achevée, mais il serait absurde de le laisser s'en servir à sa guise, sans précaution et sans méthode,, au risque de lui voir prendre l'épée par la lame et le couteau par le tranchant. Lui apprendre à toucher et à manier par le bon bout, c'est là le secret de (1) M°' Guizot, Lettres de famille sur V éducation, 1. 1, p. 40^
réducation (1). » Sur celte importante matière, M'"^ Guizot avait, on le voit, des idées plus larges que celles de Locke j moins artificielles que celles de Rousseau, plus sages que celles d'Herbert Spencer.
Cette méthode est applicable à toutes les formes de la volonté répressive, que celle-ci ait des sensations agréables à modérer, des sensations pénibles à écarter, des sentiments dangereux ou inopportuns à supprimer ouk réduire. Elle va pour le courage aussi bien que pour la patience, pour la modération et pour Tabstinence. Aussi devons-nous revendiquer pour Tenfant le droit d^user de ses petites forces en même temps que de sa petite raison. Sa propre expérience doit l'instruire, mais non pas à ses risques et périls. Plus que l'excès des précautions, le sentiment trop vif de sa faiblesse peut le rendre pusillanime. L'éminente éducatrice dont je ne me lasse pas d'invoquer Ic' témoignage, conseille de lui éviter les ébranlements trop forts, qui pourraient le rendre sujet à la peur. Il s'habituera peu à peu à la force morale, si vous ne lui imposez pas ou ne lui laissez pas affronter des épreuves qui surpassent ses forces. 11 apprendra à tenir tête aux nécessités physiques si vos interdictions prudentes « cessent au moment où vous pourrez les remplacer par le moyen d'en user sans danger (1) ». Il ne demandera pas mieux que d'écarter les précautions superflues, et mettra son orgueil à vous prouver qu'elles sont inutiles, ou à supporter avec calme les inconvénients qu'il éprouverait pour les avoir négligées,