‹ L'éducation morale dès le berceauChapitre 60 sur 87 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'amour-propre et le goût de la parure.

1. Le goût de la parure se développe de bonne heure chez les enfants ; l'éducation y est bien pour quelque chose, — II. Il se mêle à la vanité un sentiment esthétique assez prononcé. — III. Le goût excessif de la parure vient souvent des influences du milieu. — IV. D'ailleurs, nulle différence entre les deux sexes, dans les premières années, quant au goût de la parure. — V. On peut en dire autant pour la manie de juger les gens d'après leur mise. — VI. Il n'est pas toujours facile de préciser la limite où cette tendance demi-esthétique devient un défaut. — VII. Il faut entretenir, dans une mesure indiquée par la raison, le goût inné de la parure, qui s'allie à toutes les qualités sociales, et particu' lièrement à la pudeur.

I. Le goût de la parure se montre de bonne heure chez la plupart des enfants. Se développe-t-il spontanément et l'éducation n'y fait-elle rien ? J'ai bien peur qu'elle n'y soit pour beaucoup. Nous savons tous comment les mamans et les nourrices se conduisent, sous ce rapport, avec les petits enfants. Au moment de la sortie en plein air, qu'ils aiment tant, on ne se contente pas de s'habiller devant eux, de leur mettre simplement leurs robes et leurs chapeaux, ce qui d'ailleurs suffirait pour leur faire associer l'idée de la toilette avec celle d'un grand plaisir. Mais on leur dit: «Bébé va mettre sa belle robe, son joli chapeau, ses jolis souliers ». Et cent formules pareilles. Plus tard, on dira :

« Si Henri est sage, je lui mettrai ceci ou cela (un attifement quelconque) ». On les invite à se regarder dans la glace, en leur disant : « Vois le petit Eugène. Vraiment, le petit Eugène est un joli bébé 1 » Les mots « beau », € joli », reviennent à propos de tout ce qu'on met sur leur personne, de tout ce qu'on leur fait admirer autour d'eux.

II. Voici un exemple d'un autre genre, que j'emprunte à George Sand : elle avait été très vivement frappée, à l'âge de trois ans et demi, de la robe et du voile blancs que portait une de ses voisines, le jour de SR première communion. Cet habit blanc « me parut la plus belle chose du monde. Je ne pouvais me lasser de l'admirer ; et ma mère ayant dit tout d'un coup que Bon blanc était tout jaune, et qu'elle était fort mal arrangée, cela me fit une peine étrange. Il me sembla qu'on me causait un vif chagrin en me dégoûtant de l'objet de mon admiration (1) ». C'est là une émotion esthétique, d'une fraîcheur et d'une pureté primitives, et que doit éprouver tout enfant impressionnable, quand on n'a pas avec lui des suggestions relatives à la toilette. Ces impressions si vives, si l'exagération des exemples et des paroles ne vient pas les gâter, .peuvent fort bien ne laisser qu'un souvenir charmant, sans aucun mélan^^e de frivolité. M°^<» George Sand, qui dut en ressentir plus d^une fois de pareilles, n'a jamais aimé la toilette pour elle, tout en l'admirant en artiste.

III. Il faut bien regarder autour des enfants, quand le goût de la parure sie développe chez eux à l'excès. Nous attribuons souvent à l'hérédité, au lempéra-

(1) Histoire de ma tw, t. II, p. 160.

Page 1