‹ L'éducation musicaleChapitre 12 sur 114 · Schumann, loco cii · texte numérisé non relu

Schumann, loco cii

ment son timbre caracterlslique : un flntiste dont le son fait penser a la claiinette, lui trompettiste dont le timbre se rapprochc dc celui du cor, sont eiralement dans leur tort I'un et I'autre.

VII. — Des le debnt des etudes, il se produit des defaiits et des qualites. Le professcur sagace, tout en reprimant les delants et s'appliquant a les faire disparaitre, s'attache encore bien plus a developper les qualites et a en tirer parti. On arrive plus Aate en procedant ainsi.

VIII. — Aquelque degre des etudes que ce soit, ne jamais viser a provoquer 1 etonnemcnt par des tours de Ibrce et des dilliculies vaincues ; il faut laisser cela aux clowns. On doit considcrer toujours le mecanisme comme un moyen; le but, c'est d'interesser et de charmer. Il vaut done mieux jouer toujours des morceaux au-dessous de sa force presente, les jouer en mesure, correctement, intelligemment et avec I'expression qui leur est propre, pinlot que de s'atta(|uer a des compositions trop dilliciles qu'on interprete mediocrement.

IX. — En plus du solfege, indispensable a tous, quelques notions d'harmonie ne feront jamais de

mal. Pour le pianiste et le harpiste, ce serait m^me insuTfisant; une coimaissance complete Icar est necessaire.

X. — Tons les prolessenrs serieux sont dacrf)) d pour reconnaitre que la pratitjue du piano, sans y rechercher la virtuosite, constitne un avantage serieux pour tout clianteur ou instruaientiste, et lacilite ses etudes speciales.

XI. — On doit toujours, des que cela devient possible, consacrer quelques instants chaque jour au dechiftVao'e, en s'imposant de lire plus lentement que le mouA^ement indique, d'aller rigoureusement en mesure, et de ne jamais s'arreter ni revenir sur ses pas, meme si Ton s'cst trompe.

XII. — La musique d'ensemble est un exercice tres utile et tres profitable, peut-etre le meilleur de tons pour former le gout et developper le style, mais seulement quand on est devenu parfaitement maitre de son instrument et quand on est capable decomprendre le puissant interet artistique qui s'attache a cette etude.

II en est de meme de la musique d'orchestre; c'est la veritable ecole d'application. On devra done rechercher avec empressement toute occasion de

tenir sa partie dans un ensemble syniphonique, des qu'on se sentira apte a le lalre intelligemment.

Tels sont les principes ; etudlons leur application :

Le choix d'unprofesseur, surtout pour les debuts, est chose Tort difficile et delicate, dont rimjportance n'echappe a personne, et a laquelle on ne saurait apporter trop de circonspection. Trop severe, il rebute I'eleve; trop indulgent, il Fencourage a la paresse. Trop age, il lui apparait comme un vieux radoteur; trop jeune, il manque d'experience, c'est certain. C'est vraiment tres difficile.

II faut se tenir dans un juste milieu : un homme encore jeune, plutot gai que morose, ce qui n'empeche nullement d'etre serleux et pratique, sachant presenter les choses, meme si elles sont un peu ennuyeuses, sous leur aspect le plus souriant, devra, a somme egale de talent, attlrer la preference des parents. Si a ces qualltes 11 joint celle d'almer les enfants, s'il ne dedaigne pas de descendre de temps a autre de son piedestal pour leur raconter, a titre de recompense, quelque petite histoire curieiise et edifiante (Lully marmiton, et ses petlts violons; Mozart et Marie-Antoinette ; Orphee domptant les betes fauves, etc.), ce sera parfait.

Eh quol I va-t~on dire, deja I'liistoire de la musique? — Parbleu, pourquoi pas? Si on pent ainsi en apprendre quelque chose sans meme s'en apercevoir, cest autant de gagne; et cela en ouvre le gout.

Le signe caracteristique du vrai bon professeur, c'est cle savoir se taire aimer par ses eleves, parce qu'en meme temps que lui il leur fait aimer tout ce qui touche a son enseignement. L'heure de la lecon doit etre une heure de plaisir, et quand on voit I'en- Tant en attendre le retour avec une joyeuse anxiete, c'est la preuve qu'on lui a donne un bon maitre.

Toutes les fois que, dans I'instruction elementaire enfantine, on pourra avoir recours a une femme, je suis pour la femme; plus que nous indiscutablement, elle possede par intuition la douceur et la persuasion, la patience surtout, qui sont les principales qualites a rechercher chez le professeur, toajoiu'S a egalite de ^>aleur artistique, en ce qui concerne I'enseignement primaire. Or, pour le solfege, le piano, la harpe, c'est-a-dire pour la plupart des etudes a la portee de I'enfant, il existe autant de professeursfenimes que de professeurs-hommes; on en trouve aussi pour le violon et le violoncelle. En cas d'hesitation, je conseillerais de s'adresser de preference a un professeur-femme, mais toujours avec les memes restrictions, c'est-a-dire qu't'//e ne soit ni trop rigide ni trop douce, ni trop vieille ni trop jeune, et encore par les memes raisons, naturellement, mais qui prennent ici encore plus d'importance, car ces defauts s'exagerent dans le sexe feminin. II me parait inutile d'insister ici sur ce sujet, auquel j'aurai I'occasion de revenir lorsqu'il sera question de I'enseignement superieur soit du chant, soit des instruments.

J'ai, a present, a dire quelque chose de tres difficile, car je vaisheurter de front, a mon grand regret,

bien des bons vouloirs profonclement respectables ; je m'arme de tout mon courage pour I'ecrire : les parents sont toujoiu's les pi us defectueux des professeurs, et dolvent s'abstenir le plus possible de donnerdes lecons a leurs propres enfants.

Voila, c'est dit ; et, quelque cruel que ce soit, je n'en retranclie pas un mot, j'en ajoute : les parents, meme s'ils sont excellents musiciens, meme s'ils font du professorat leur profession, sont les plus detestables professeurs al'egard de leurs enfants, etde ceuxla seulenient, car, au contralre, par le fait meme qu'ils ont des enfants, qu'ils les aiment et les comprennent, ils pourront etre parfaits pour ceux des autres.

lei j'epi'ouve le besoin de me retrancher derriere I'autorite indiscutable dun maitre inconteste dans I'art de I'education, celle de Legouve. « Un pere, dit- « il, a deux defauts irremediaijles comme maitre : « c'est un maitre intermittent et un maitre amateur... « Les peres, meme lettres, meme instruits, ne sont « pas de bons maitres*. » A plus forte raison une mere, cela va de soi.

Voici ce qui se passera en moyenue six fois par semaiue dans un menage oil le pere aura entrepris I'education musicale de sa fille :

— Papa, je ne peux pas prendre ma lecon dans ce moment, parce que maman m'emmene chez la cou- \uriere voir essayer sa robe.

— Mais, ma fille, je suis reste expres pour cela, plus tardje n'aurai plus le temps...

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