L'EDUCATION .M C S I C M. E
Cette experience, que j'ai cle soiivcnt a ineine tie renouveler, me parait al)soliiment coiicUiuiite.
Les parents devront aussi s'iniposer d une (aeon absoliie de ne jamais dlscuter, solt entre eux, suit avec le maitre, au sujet de ses idees, de ses procedes, de ses exigences, comme de tout ce qui louche a la direction des etudes, en presence de I'elevc. Celui-ci (n'oublions pas qu'il ne s'agit ici que dcs etudes enfantines) doit considerer son maitre comme infaillible, impeccable, et accepter tons ses dires les yeux fermes, comme paroles d'Evangile. Si on diminue cette confiance, si on jettc du trouble dans I'esprit de I'enfant, on conipromet latalement le resultat. Lors done qu'on a quelque remarque a conimuniquer, quelque observation a (aire au prolesseur, quelque desir a lui exprimer, il laut que ce soit en particulier, avant ou apres la lecon, et sans que I'enCant en ait connaissance. II en est de meme, a plus forte raison, des echanges d'idees que les parents peuvent et doivent avoir entre eux au sujet de la valeur du professeur, de son talent, de sa maniere d enseigner, car tout ce qui pourrait amoindrir la confiance aveugle qt'e I'enfant doit avoir en lui, tout ce qui pourrait lui fair.' pressentir qu'on pent penser autrement que lui, et ne pas I'approuver en toutes clioses, ne pas le considerer comme un oracle (et les enCants sont d'une finesse inouie en pareille matiere, toutes les fois qu'il s'agit de criti(juer leurs precepteurs), serait de nature a enlever au professeur tout ou partie du prestige auquel il doit, vis-a-vis d'un jeune eleve, sa plus grande force et son plus grand moyen d'action.
L' ETUDE DES INSTRUMEXTS &1
Si on a quelqiie raison serieiise de s'eu plaindre, d'en etre mecontent, il taut savoir se resiouer vOiolament a en changer, quelquc regrettable que ee soit, car a chaque change ment on doit s'altendre tout d'abord a un temps d'arret dans les progres,il faut au moins quelques jours pour que I'eleve sc familiarise avec une nouvelle figure, avec une nouvelle maniere de s'exprinrer, souvent avec des tei'mes fort differents pour dire une memo chose ; puis, ii n'est pas deux professeurs, memc d'egale valeur, qui aient identiquement les memes idees,les memes procedes... Tout cela est de nature ii apporter une perturbation momentanee dans le travail, tout au moins de I'hesitation, de la gene et de I'embarras. II serait mieux de pouvoir eviter tout cela.
La chose desirable entre toutes, a ce point initial de I'instruction musicale, c'est d'avoir su mettre la main, du premier coup, sur un prolesseur capable de faire Iranchir a I'enfant, sans changement de main, les etudes primaires et secondaires, afin de n'avoir a recourir a un nouveau maitre, si meme il en est besoin, (ju'au moment des etudes superieures. L'ideal serait de n'en avoir qu'un seal, du commeucement a la fin, et pour certains instruments, notaniment les instruments a vent, cet ideal n'est pas irrealisable; mais il n'en est pas de meme pour tous.
C'est done a bien juste titre que les parents intclligents et soucieux de I'avenlr se preoccupeiont avant tout de cette chose d'importance capitale : trouver des le debut un professeur qui, assez devoue pour consentir a accepter la tache ingrate d'ensei-
gner les premiers elements, soit pourtaiit de force a conduire I'eleve aussi haut que possible dans I'etude de I'instrument choisi.
Une fois cette question reglee, il faut naturellement laisser aller les choses pendant un certain temps, quelques mois ou quelques annees, sans toutefois faire de ces lecons une occupation exclusive, et en fournissant, selon les principes deja exposes, des derivatifs, au moyen d'etudes etrangeres a la musique, com me en reservant aussi des moments au repos complet, a la detente d'esprit.
Mais on devra saisir avec empressement les occasions de faire entendre a i'eleve et, s'il est possible, de lui faire voir de pres les grands virtuoses ou seulement les artistes habiles sur I'instrument qui fait I'objet de ses etudes. Cela doit lui ouvrir de;. horizons, exciter son ambition, et I'encourager au travail. On pent meme, s'il est assez avance pour cela, I'engager a apprendre ou a decliifFrer d'avance quelques-uns des morceaux qu'il aura ainsi I'occasion d'entendre executer; se rendant compte de leur degre de difficulte, il appreciera mieux la valeur des artistes. Mais ce qu'il faut surtout tiicher d'obtenir, c'est que, dans ces conditions, son attention se porte bien plus sur les qualites de style, de phraser, de bien dire, que sur celles de pure technique, malgre I'importance reelle de ces dernieres, et qu'il com- Drenne bien que s'il est precieux de posseder \m\ beau mecanisme, c'est uniquement pour pouvoir le mettre au service d'un style eleve et dune belle interpretation des ceuvres des maitres ; detourner, au
contraire, son admiration cles tours de force et des acrobatics sans autre merite que cekii de la difticulte vaincue, qui constituent le cote le plus mesquin de Tart.
De quelque instrument qu'il s'agisse, on pent dire a coup sur qu'aussitot les premieres connaissances elementaires acquises, ce qui doit dominer pendant toute la duree des etudes, c'est le souci de se creer un beau timbre et de I'ameliorer sans cesse. Bien des artistes arrivent a se rendre maitres de toutes les difficultfc^ d'ordre technique, a disposer d'un mecanisme parfait, a phraser et nuancer avec art et intelligence, sans exercer sur le public ce charmc captivant et enveloppant qui resulte de la belle sonorite. Aussi indiquerons-nous, autant qu'on peut le faire par des mots, pour chaque instrument, le caractere dominant du timbre que Ton doit rechercher de preference.
Qu'appelle-t-on exactement a<^oir un beau son, si le son qui est repute beau sur un instrument n'est pas apprecie de meme a I'egard des autres ?
« Avoir un beau son, c'est produire sur un instru- « ment les differents sons dont se compose sa gamme « de la maniere la plus propre a faire valoir cet ins- « trument. Ai>oir un beau son, c'est done avoir une « excellente qualite de son, un son pur, net, plein, « ^ ibrant et d'un grand eclat ; faculte precieuse , « independante du talent d'execution propremen; « dit, et qui, cliez certains individus, surtout chez « les musiciens jouant des instruments a vent, n'est « pas toujoLirs le fruit de I'etude, mais le fait d'unc
« disposition naturelle, principalement d'uue con- « formation particuliere de la bouche'. »
La qualite negative contraire a ete une fois exprimee tres plaisamnient par les mots : petit son, au stijet desquels il convient de rappeler une anecdote ires connue des musiciens d'orchestre, que Berlioz a (ort bien narree sous ce titre : Sensibilite et Lacoiiismc, une oraison fnnebre en trois syllabes. — Je Itti emprunte son recit :
« Cberubini se pronienait dans le foyer de la salle oc' des Concerts du Conservatoire pendant un en- « tr'acte. Les musiciens autoiir de lui paraissaient K tristes : ils venaient d'apprendre la mort de leur « confrere Brod, virtuose remarquable, premier K iiaiitbois de I'Opera. L'un d'eux, s'approchant du « vieux maitre :
« — Eh bien, Monsieur Cherubini, nous avons J done perdu ce pauvre Brod!...
« — Eh ! quoi?...
« — [Un musicien elevant la voLv :) Brod, noire < camarade Brod!...
«. — Eh bien?...
s — II est mort!
•;< — Euh ! petit son^ »
Om dit aussi : un niauvais son, ce qui est encore pile qu'un petit son. Sur quelque instrument que ©e soit, un son cotonneux, flasqne, molasse, qui ne
i'. Georges Kastner (un eminent musicograjjlie, membre de I'lnsn'tut), Paremiologie musicale de la langue francaise (1850), ouvrage