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BeBlioz, les Grotesques de la musique

L' ETUDE DES IXSTRUMENTS G5

porte pas, est toujours un mauvais son; il en est de menie de tout son rauque, criard, caverneux, desagreable, en un mot, dansun sens quelconque, comme aussi de celui qui denatui^e le timbre propre de I'instrument qvii le produit, et semble une imitation de quelque autre. Le veritable beau son respire la sante; il est iVanc, sincere, robuste, energique sans rudesse, doux et moelleux sans faiblesse, et toujours francbement caracteristique, e'est-a-dire ne laissant aucun doute, pour tout audileur a I'oreille delicate et exercee, sur la nature de I'instrument par le(|uel il est emis. Si done, en entcndant jouer d'un instru ment, on se trouve dans I'inipossibilite de le reeounaitre nettement et de le nommer, c'est une mauvaise note pour I'instrumentiste qui en joue; cela prouve que son timbre n'est pas francbement caracteristique et manque de sincerite.

Toutes les i'ois qu'on parle dun beau timbre, d'une belle sonorite, d'nne bonne qualite de son, c'est ainsi qu'il faut le comprendre. La beaute n'est pas la meme pour tous ; celle d'un cliien ne consiste pas a avoir un bee, et un elephant avec des ailes serait aussi ridicule qu'un oiseau a quatre pattes. II en est de meme des instruments. Un violon pent, dans certaines notes, surtout au moyen des sons harmoniqiies, produire une certaine illusion de la flute ; avec la sourdine, il pent pariois rappeler le liautbois... Incidemment, de tels effets peuvent etre employees, mais il ne faut pas en faire Ibabitude et croire que c'est la ce qu'on appelle la belle qualite de son du violon.

C est surtout en entendant cle grands artistes qu'on peut arriver a bien eomprendre ce que c'est qn'un beau timbre et tout le prestige qu'il donne au talent; et c'est sui'tout en cberchant a les imiter qu'on par- \Tent a posscder soi-meme cctte qualite qui prime loutes les autres, et qu'aucune ne peut remplacer. !i ne iaut pas se dissimuler que, sur certains instruraents, un beau timbre est souvent long a acquerir, difficile aussi ; mais quand une fois on I'a trouve, on ne le perd jamais.

Arrive a ce degre, le jeune artiste doit avoir I'amour de son instrument, au point de croire fermement qu'il est le plus beau de tons ; et il aura Traiment raison de penser ainsi, et on devra lencourager dans sa conviction, car en realite il n'est pas if-n instrument qui ne soit siiperieur a tous les autres par un certain cote : c'est celui-la quil faut voir et s.'attacher a mettre en evidence. Une telle disposition d'esprit est excellente, et favorise plus que !oute autre I'eclosion d'un grand talent de virtuose.

Un autre objet important d'occupation doit etre le rytlime, celui-la aussi du commencement ii la fin des atudes, car un rytbme cbancelant cause a rauditeur ime sorle de malaise qu'il ne suit pas toujours a fruoi attribuer, mais qui lui enleve une bonne partie lie son plaisir. « Jouez en mesnre ! dit Schumann;

* le jeu de beaucoup de virtuoses ressemble a la de-

* marche d'un homme ivre. » J'ajouterai a ceci une observation personnelle que chacun peut verifier : e'est que les gens agacants qui ont cette detestable manie, lorsqu'ils causent en marrbant, de s'arreter

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