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Schumann, loco ci

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rer d'avis, fait qui se pi-esente souvent, et cause en partie les differences d'interpretation d'un meme ouvrage par divers chefs d'orchestre; le metronome tranche la question, lorsque le compositeur a pris soin d'en indiquer lui-meme la iormule, ce que font sagement beaucoup dauteurs conteniporains. Au contraire, il importe de n'accorder qu'une confiance relative aux indications metronomlques s'appllquant a des oeuvres anterieures a I'lnventlon du metronome et a sa vulgarisation, car de telles indications ne peuvent emaner que d'un editeur on dun correcteur d'epreuves, et perdent par cela toute leur autorite. Or, 11 ressort clalrement des recherches d'un de mes collegues', que si la premiere Idee d'un chronometre applicable a la musique remonte a la fin du dix-septieme siecle, ce n'est qu'en 1816 que le metronome actuel, dont I'inventeur est Maelzel, a fait son apparition officleile et a pu etre pratiquement adopte. II n'y a done a considerer comme sures et certalnes, en fait d'indications metronomlques, que cclles qui s'appliquent a des oeuvres posterieures a cette date, les autres, si elles ne sont pas simplement fantalsistes, pouvant se rapporter a quelque autre appareil du meme genre, depuis longtemps tombe en desuetude, et dont I'echelle aujourd'hui inconnue pouvait autant dlfTerer de ceile du metronome de nos jours que dIfFerent entre elles celles des thermometres Celsius, Reaumur et Farenheit.

Le souci de la fermete du rythme, comme celui

. 1. Paul Rougnon, Dictionnaire musical des locutions etrangeres, suivi d'une Elude sur le metronome.

de la recherche d'une belle sonorite, qui, a propreinent parler , ne se rattachent ni a la technique ui au style, tout en etant pour I'un et I'autre des auxiliaires indispensables , doivent etre constammeni presents a I'esprit du jeune virtuose, qui ne tardera pas, au surplus, s'il est pourvu dune certaine dose de sentiment artlstique, a en apprecler la valeur et rincomp arable importance.

Apres done un certain nombre d'annees, qui varie aussi blen selon la nature de I'lnstrument que selon les aptitudes de I'eleve, le temps quotldlennement consacre par lul au travail, et I'habilete de son professeur, arrivera la perlode des etudes superieures ou de perfectlonnement.

Ici, ])ien des choses changeront. L'unite d'enseignement, si estimable au debut, n'a plus maintenant d'utllite preponderante ; si Ton pent garder le premier professeur, qu'on le garde; mais s'il est devenu insulllsant, 11 n'y a aucun inconvenient a en prendre un autre, d'ordre plus eleve ; cela deviendra raeme souvent un avantasfe, en inltiant I'eleve a de nouveaux procedes d'executlon, en lui montrant une autre facon d'envisager I'lnterpretation, en lui faisant salsir les diflerences qui peuvent exister entre deux ecoles volsines.

La chose essentielle a present, c'est d'avoir affaire a un virtuose militant en plelne activite de service, dans la force de son talent, et plus il sera brillant comme executant, mellleur aussi il sera comme professeur ; car a celul-ci on demandera infiniment inoins de donner des explications que de fournir des

exoniples; son enseigneinentconsistera suitoutajoueF clevanl son eleve, raienient cles morceaux entiers, mals blen plus des passages complets, une phrase de chant, un trait dilRcIle, dont I'eleve s'efTorcera ensuite de reproduire la belle diction, la hauteur de style, ou la hardiesse et la perfection d'executlon ; mais cet enseignenient serait incomplet s'il n'avait pas pour but en meme temps d'clever le sentiment musical de I'ecolier, de lui inculquer des notions d'esthetique et de lui inspirer I'amour du beau. C'est pour cela qu'il devient essentiel, arrive a ce degre, de ne s'adresser qu'a un artiste de haute valeur, de ceux qui savent, par leur puissante interpretation, degager la pensee meme de I'auteur, et se font ainsi les vcritables collaborateurs du genie Sinon, il vaudrait niieux ne pas quitter le premier professeur.

Quant a ce maitre de perfectionnement, qu'il soit jeune ou vieux, homme ou femme, d'un caractere plus ou moins avenant, cela devient totalement indilferent, pourvu que ce soit un grand artiste, en meme temps qu'un virtuose de tout premier ordre.

Si Ion a la chance de trouver sur son chemin un de ces artistes complets, et si on peut obtenir de lui des lecons suivies, le mieux est de sen tenir la, et de ne plus chercher a Tavenir une autre direction. Mais il n'en est pas toujours ainsi, car de telles natures sont rares et se rencontrent plutot parmi ces grands virtuosos errants qui, semblables a des cometes, ne font que de rares apparitions de courte duree, et s'envolent vers d'autres cieux, ne se sou-

ciant guere, en fait creuseignement, de distflbuer autre chose que quelques conseils passagers et superficiels. Si brefs qu'ils solent, ces conseils, il faut les recueillir precieusement, tacher de les appliquer et d'en faire son profit, puis attendre le passage d'un autre meteore, car il n'y a plus a redouter, comnie dans les etudes elementaires, les changements , meme frequents, de direction ; pour les eleves d'un caractere souple et a I'intelligence rapide, c'est meme un grand element de progres, lors des etudes superieures, que de se voir ainsi presenter les niemes choses sous des aspects variables.

Dans les grands centres, toutefois, il arrive de trouver souvent des artistes sedentaires, ou ne s'absenlant que rarement, ayant une tres haute valeur, et cousentant volontiers a mettre la deiaiere main an parachevement d'eleves ardents et deja bien prepares aux hautes etudes de virtuosite esthetique.

Le jeune virtuose doit etre eleve dans des idees d'eclectisme. Tout en ayant ses preferences, ce qui est deja son droit et son devoir, il ne doit pas s'infeoder a un certain genre, a un style toujours le meme, et a plus forte ralson a un seul auteur, erreur assez frequente chez une certaine classe d'amateurs ; il doit avoir etudie et comprendre les oeuvres de toutes les ecoles, admirer ce qu'elles presentent de beau, et savoir, dans son execution, le degager et le mettre en relief.

Un esprit original et elegant saura meme imprimcr un cachet special de distinction aux plus petites choses; tout en s'identifiant avec la pensee intime

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de I'auteur, il conservera sa propre Individualite, et de la fusion de ces deux caracteres jailllront souvent des efFets auxquels le compositeur lui-nieme n'avait pas songe.

Cost en tout cela que consiste le genie de I'interpretation, la chose la plus belle qui puisse exister apres celui de la production. Se faire ainsi, en releguant au second plan I'idee du succes personnel, le collaborateur du compositeur et le trait d'union necessaire entre lui et I'auditoire, constitue la plus haute conception de la mission d'un virtuose inspire.

« Peut-etre le genie est-il seul a comprendre le « genie, » disait frequemment Chopin, entendant certainement par la qu'une oeuvre concue par le genie demande a 6tre interpretee avec genie aussi; forte pensee qu'on retrouve chez George Sand, sous une forme assez voisine : « Le divin mystere de la pen- « see de I'artiste ne se revcle qu'aux grandes sympa- « thies, » sans qu'il y ait lieu de s'etonner beaucoup d'une telle similitude de vues entre le genial musicien-poete et I'eminent ecrivain. Et c'est parmi ces artistes enthousiastes auxquels leur sympathie revele ainsi le mystere sacre de la pensee de I'auteur, qu'il faut chercher le guide qui devra vous initier aux dernieres beautes de la haute interpretation, le professeur ideal aux conseils toujours pleins d'elevation et de philosophic qui saura ouvrir votre ame aux joies supremes de I'admiration artistique, de la contemplation et de la mise en lumiere des grands chefs-d'oeuvre. Car il ne faut pas s'y tromper, une

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fois que, par I'etude patieiite du inecuiiisme, on est parvenu a se degager des preoccupations matcriel- Ics de I'executioii, a s'elever au-dessus des dilficultes et a les considerer comme quantite ueglij^eable, rinterpretatlon apparait comme la plus pure des jouissances et un bonlieur des plus enivrauts.

J'ai dit plus haut qu'il y a deux parts a faire dans Tetude dun instrument, la technique et le style. Je crois raaintenant c^u'll serait mieux de dire qu'il y en a quatre : la technique, le style, le dechiffrage, et la culture de la memoire. Sur les deux premieres, nous n'avons plus a revenir. La faculte du dechiffrage, I'art de bien lire a premiere vue, s'acquiert en general assez facilement, pour tons les instruments homophones, c'est-a-dire ceux qui ne font entendre qu'un son a la fois, au moyen d'une pratique quotidienne dune demi-heure ou d'une heure. Pour I'orgue, le piano et la harpe, qui font toujours entendre plusieurs sons simultanement, et en ont consequemment un tres grand nombre a lire, la difficulte s'accroit dans une grande proportion ; aussi y reviendronsnous plus specialement en parlant de ces instruments. Pour ce qui est des autres, trois recommandations seulement sont necessaires : choisir toujours des morceaux suffisamment aises et simples d'execution pour qu'on puisse esperer les lire sans accrocs : c'est d'ailleurs au professeur a les indiquer; prendre toujours un mouvement trop lent, et le maintenir en marquant la mesure avec le pied, ou en comptant les temps a demi-voix, selon les instruments; dechiffrer sans jamais s'arreter, quoi qu'il puisse

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arriver. Si on a vrainient partrop mal lu, si on s'est trompe trop grossierement, bieti examiner les passages qui ont presente des dlfficultes, et recommencer une deuxleme lois, jamais plus. II est tres bon de dechiff'rer avec accompagnement; c'est done un exercice que deux eleves peuvent pratiquer conjointement, ce qui le rend beaucoup plus attayant, mais a la condition de s'imposer plus rigoureusement que jamais la condition absolue de s'abstenir des nioindres tempsd'arret. On nest devenu bon lecteur que lorsque non seulement on lit correctement, mais lorsqu'on salt donner I'esprit, le sentiment qui convient a I'oeuvre dechllTree, aussi bien que si elle avait ete etudlee au prealable. II \sl sans dire que la lecture a premiere vue de certalnes ceuvres de haute vlrtuosite reste inaccessible merae aux plus hablles, quoi qu'on en dise; personne ne peut avoir la pretention de dechifJ'rer a livre ouvert une Etude de Pagauini ou une Rapsodie de Liszt.

Tout instrumentiste, pour etre complet, doit savoir faire sa partie dans une oeuvre concertante et dans un orchestre ; et comma il s'agit ici de jouer de toute autre facon qu'en sollste, c'est une etude nouvelle qui s'impose, bien aisee, du reste, en comparaison de celle de 1 instrument iui-meme, mais qui n'en est pas moins une etude speciale et parfaltement distincte. II y a des gens qui jouent fort convenablenient un solo de violon, de flute ou de hautbois, et se trouvent tout depayses lorsqu'il s'agit de se fondre dans un ensemble. Ici la qualite maitresse, c'est I'abnegation : savoir concourir exactement pour

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la part convenable, et cela a tout instant et a chaque note, a reOTet coUectif, sans viser a attirer Tattentiou sui' soi personnellement ; savoir n'etre qu'un citoyen utile de cette petite republique modele quest un orchestre, savoir y tenir bien son rang, et rien que son rang, savoir appliquer a cela toute I'habilete technique dont on dispose, c'est un plaisir calme et serein, une veritable satisfaction de la conscience.

Dans la musique de chambre, qui n'est qu'un microcosme de I'orchestre, un orchestre reduit a sa plus simple expression, et dont le quatuor a cordes est la plus pure coninie la plus elevee des manifestations, chacun conserve une plus grande individualite et pent donner essor par moments a une certaine spontaneite qui n'est pas deplacee, mais nieme essentiellement opportune; c'est lui qui a la parole, les autres Taccompagnent en opinant du bonnet ou en hochant la tete, en I'approuvant ou lui faisant opposition... Ensuite ce sera le tour d'un autre, les roles se trouveront intervertis ;... puis' la discussion se serre, s'anirne, pent meme degenerer en dispute... Le quatuor est une conversation perpetuelle, un dialogue plein d'esprit, dans lequel chacun des interlocuteurs doit se mettre dans la pean de son personna^e, comme le ferait un comedien consomme. Comprend-on I'interet que presente I'etude d'un tel style, dans lequel seuls des musiciens de premier ordre ont ose ecrire, en raison de la profondeur de pensee, du savoir et de I'esprit d'a-propos quiy sont necessaires? Or, c'est dans ce meme ordre d'idees

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que sont concues cgalement toutes les grandes ceuvres de muslque de chambre, dite anssi musique roncertante, les duos ou senates pour piano et violon ou violon.jelle, les trios pour ces trois instruments reunis, les quatuors pour piano, violon, alto ■et violoncelle, les quintettes,... d'autres auxquels prennent part des instruments a vent, flute, hautbois, clarinette, cor, basson,... chacun, tout en participant a Teffet d'ensemblc, ayant son mot a dire, sa personnalite a garder.

Mais pour se livrer a de tels jeux, on concoit qu'il faut etre ferre sur son instrument comme le chasseur de buffles est visse sur son cheval, ne plusfaire qu'un avec lui, n'avoir pour de rien, et pouvoir concentrer exclusivement la peusee sur des questions d^interpretation.

Cette etude est done le complement des etudes instrumentales, et c'est par elle que nous terminerons ce rapide apercu general, avant de passer a ce qui concerne cliaque instrument considere en particnlier.

Toutefois, nous devons faire observer que si ce qui precede concerne tons les instruments, cela ne veut pas dire que tout, hormis les preceptes iondamentaux et elementaires, pent s'appliquer exactement et egalement a chacun deux. Nous avons compare tout a I'heure I'orchestre auue sorte de petite republique musicale; or, dans cette republique Active, comme dans les autres, tons les citoyens sont loin d'etre egalement partages, regalitc n'est qu un vain mot.

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S'il est facile a nn violonisle on a un violoncelliste de pousser jnsqu'au bout les etudes de style que nous venons de decrire, c'est grace au nombre incalculable des chefs-d'oeuvre dont les grands maitres de toutes les epoques et de toutes les ecoles (de I'ecole allemande plus que toute autre) ont dote la bibiiotlieque des instruments a cordes, qu'aucun d'eux ne parviendra jamais a epuiser. — La difficulte devient deja plus grande pour les instruments a vent en bois. dont la litterature musicale, sauf de tres brillantes niais trop rares exceptions, est, helas ! des plus restreintes. lis trouvent pourtant a participer a I'exccution de la musique de chambre dans un certain noml)re de belles et grandes oeuvres, mais I'occasion ue s'en presente pas souvent. — IMais si on on vient aux cuivres, c'est le neant, et on se demande vraiment comment ces malheureux desherites peuvent arriver a se former le gout et a acquerir quelque habilete dans I'art de nuancer. II n'existe pour eux aucun repertoire honorable, ils sont condamnes par la force des clioses a tourner perpetucllcment dans un cercle d'inepties, et quand ils arrivent pour la premiere fois a faire leur partie dans un orchestre, c'est aussi la premiere fois qu'ils font de la musique. II ne sera done pas possible pour eux de mettre en pratique tons nos principes. lis y pourront supplier par de frequentes auditions musicales, et encore mieux par I'etude supplementaire de quelque autre instrument (le leur ne pouvant jamais les occuper chaque jour que peu de temps) qui leur permette de se familiariser avec les hautes idees de style et d'in-

terpretatlon, a la partie noble de Tart. Cette initiation, qui pour d'autres serait ti'op supcrficielle, pent eti'e suffisante pour eux, si Ton considere que leur role dans I'orchestre, malgre son importance, exige moins de finesse ou moins de persounalite que celui des artistes appartena it aux autres groupes, ce qui retablit I'equilibre jusqu'a un certain point.

Une excellente chose, qui vient en aide aux etudes de quelque instrument que ce soit, c'est la pratique du prol'essorat. On apprend beaucoup en enseignant a d autres ce qu'on a appiis encore recemment, et en s'efTorcant de le demontrer a I'aide d'exeniples. C'est done un bon conseil a donner aux jeunes artistes deja avances, que celui de chercher a se procurer quelques petits eleves a commencer, pour faire ainsi I'apprentissage de I'enseignement. Ce conseil s'adresse surtout, bien entendu, a ceux qui se destinent a la profession d'artiste, et qui seront par la suite d'autant meilleurs prolesseurs qu'ils auront commence plus tot a s'y preparer ; mais il pent egalement etre suivi avec avantage par le simple dilettante, qui, en outre des progres qui en resulteront pour lui-meme, aura la satisfaction de faire du bien autour de lui en donnant des lecons sfratultes a de jeunes enfants qui n'auraient pas le moyen de s'en payer. Dire qu'il sera pour eux le professeur ideal et reve, ce serait etre en contradiction avec tout ce que nous avons dit precedemment, puisquil nianquera necessairement d'experience, au moins au debut; mais en agissant avec soin et s'aidant des conseils de son propre professeur, en y mettant beaucoup

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de conscience, il pourra souvent leur inculquer de saines notions elementaires. De ceci nous reparlerons ailleurs.

Un autre point a considerer comma indispensable, c'est de s'accoutumer de bonne heure a jouer en public. Mais il faiit tacher, autant que possible, de n'abordei' cet exercice pratique, qui est comme la sanction de tous les autres, que dans des conditions satisfaisantes ou au moins propices. Sans y meltre de sotte pretention, mais justement dans le sentiment oppose, le jeune eleve doit proceder en cette circonstance, toute proportion gardee, avec les memes precautions dont s'entoure un artiste consomme qui a conscience de sa valeur et n'entend pas la compromettre ; a un point de vue tout different, le debutant inexperimente et encore sujet a toutes sortes de maladresses, doit saA'oir eviter toutes les causes qui seraient de nature, en le privant dune partie de ses moyens, a I'empecher de faire honneur a son petit savoir. Puis, ce sera aussi une bonne habitude prise pour le jour ou il sera devenu lui-nieme un virtuose de talent.

II devra done s'abstenir, tout comme un veritable artiste et dans la mesure du possible, de jouer devant un public inintelligent, qui cause au lieu d'ecouter, ce qui Thabituerait a negliger son execution; il devra s'abstenir, s'il est pianiste, de jouer sur un mauvals piano, ou un piano en mauvais etat ou mal accorde ; il devra s'abstenir, s'il est instrumentiste, de jouer sur un instrument autre que le sien, a moins qu'il ne le connaisse parfaitement et soit certain de

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savoir s'en servir, comnie aussi de jouer etant mal accompagne, et sans avoir repete, ce qui est de la plus grande imprudence; s'il s'agit de musique concertante, de musique d'ensemble, il devra s'abstenir de jouer en compaf^nie d'artistes d'ordre inferieur, au contact desquels il ne pourrait contracter que des defauts, car ce n'est pas en frequentant les gens du peuple que Ton prend les manieres de la bonne societe ; par-dessus tout, il devra toujours se refuser a faire entendre de la musique de pacolille, de la musique mal ecrite ou de mauvais gout (ne pas con- (ondre avec la musique legere), meme si on lui en demaude.

En dehors de ces circonstances nocives, il devra toujours saisir avec empressement les occasions de mettre en pratique les lecons recues, d'abord de preference au milieu d'un cercle intime et tres restreint, puis progressivement devant un auditoire plus nombreux et forme d'elements heterogcnes, se preparant ainsi graduellement a affronter le veritable pu])lic, auquel sont destinees et s'adressent, en fin de compte, toutes les manifestations d'art.

Maintenant, nous allons passer en revue la facon la plus convenable d'etudier chaque instrument.

Pour la commodite de la classification, nous commencerons par les instruments a clavier; viendront ensuite ceux a arcliet et acordes pincees, puis, pour terminer, les instruments a vent.

Nous tacherons de bien faire comprendre les exigences particulieres de chacun d'eux, ce qu'on pent en attendre, et la somme de travail necessaire pour

parvenir a un talent honorable, conime aussl, ce qui estl'objet essential de ce livre, la meilleure manicre d'en conduire I'etude, selon le but qu'on se propose d'atteindre.

De tous, celui dont I'etude pent etre entreprise avantageusement le plus tot, c'est certainement le Piano.

Des six ans, meme parfois cinq ans, un enfant bicn equilibre, d'une bonne sante, a I'intelligence ouverte, sachant deja tres bien lire (c'est la le plus simple et le meilleur criterium), est parfaitement en etat daborder cette etude, si elle lui est presentee comtne il convient a cet age, c'est-a-dire comme un plaisir, je dirai meme un amusement, une sorte de recreation, et non comme un travail, ce qui arrive trop souvent.

Contrairement a une idee assez generalement repandue, ilest tres important que I'enfant recoive les premieres notions d'un excellent maitre, attendu que ces premieres notions seront la base solide de tout son savoir futur, et qu'il est deslraljle qu'elles aient des lors un caractere artis^!que et attrayant dont les traces se puissent conserver toujours.

Disonsdonc nettement que c'est une fausse economic, de la part des parents, de rechercher de petits professeursde dernier ordre et sans experience, sous pretexte cju'il ne s'agit que d'enseigner a un commencant. Enseigner a des commencants, c'est peuletre ce qu'il ya de plus difficile; et pourtant c'est en grande partie de la direction initiale qui aura etc donnee des la premiere heure a leurs etudes, que

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depenclra le resultat auquel aboutiront finalement, lorsqu'ils auront atteint I'age d'adultes, toutes les peines qu'ils auront prises ou qu'on aura prises pour cux. « Nous pensons qu'il faut des connaissances « tres variees, una education musicale tres complete, « pour falre un bon professeur elementaire,... car « I'enseijTnement supericur n'est fecond en resultats « que si la base des etudes premieres a ete solide- « ment etablie'. » II n'est cependant pas necessaire que le professeur soit un virtuose bors ligne, ce serait une autre exageration; mais il faut qu'il soit assez habile executant pour pouvoir laire entendre a I'eleve reflfet qu'il desire, et lui montrer comment il doit s'y prendre pour le produire. « Every art is best taught by example^. » Ceci est d'autant plus a desirer qu'il est assez mauvais pour I'eleve de changer trop tot de direction, et que le mieux serait de pouvoir conserver la mcme pendant toute la duree des etudes de piano, ou au moins iort longtemps, jusqu'a I'epoque des etudes de haute virtuosite, oil il pent meme devenir bon de gouter de difFerents enseignements et de se rendre compte par soi-meme des procedes des diverses ecoles, comme nous I'avons deja dit. II faut aussi que le professeur ait eu lui-meme un bon maitre, afin qu'il ne risque pas de propager des principes faux ; mais il faut avant tout que ce soit un artiste, ayant le sens du beau, ayant horreur des mauvais auteurs, et incapable de mal

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