A. Marmontel, Conseils d'un professeur
2. « Tout art est mieux enseigne par I'exemple. » (Epigraphe du Gradiis ad Parnassum de dementi.)
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rholsir les ouvrages qu'il mettra entre les mains de ses eleves; un musicien eruclit, connalssant ses classiques, et capable d'inculquer a renfant, des que I'occasion s'en presentera, de saines notions d'eslhct'que; il lui (aut, surtout pour les debuts, une patience ct une douceur a toute epreuve, pour pouvoir cent fois repeter les memes choses sans s'impatlenter, de Tautorite sans pedantisme, de I'ascendant moral, une physionomie avenante, un caractere aimable, appelant I'afFection, mais repoussant la famlliarite... Ces dernieres qualites se rencontrent plus souvent, et sont plus naturelles, chez les femmes et les jeunes filles. On voit que si le choix d'un professeur est important, il n'est pas facile, surtout lorsqu'on n'hal)ite pas un grand centre de population, et qu'il merite une serieuse attention.
Une fois le professeur judicieusement choisi et entre en fonctions, il importe de le laisser entierement maitre de la situation et de ne lui imposer aucune entrave; le seconder dans la mesure du possible, si cela lui plait, et dans le sens cjui lui plait, mais ne pas chercher a modifier ses idees, son programme ou sa facon d'euseigner ; c'est comme un pilote a boid dcvant lequel le capitaine, tout en conservant son autorite, abdique la direction pour conduire le navire au port. Deux directions ne valent jamais rien.
Un autre choix sur lequel il est mal compris de faire des economies, c'est celui d'un instrument. Un bon petit piano droit, dun ]:>on facteur consclencieux, neuf ou d'occasion, mais en tres bon etat,
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est ce qu'il y a de mieux. Un grand piano a queue de concert, ou un vieil instrument fonctlonnant mal, seraient egalement prejudicial)! cs au succes des etudes. En efTet, une des premieres choses que Ton doit recliercher ici, meme chez le novice, c'est la bonne qualite de son, la belle sonoi-ite; il fant done lui mettre en main un outil sulfisiimment sensible pour trahir les defectuosites et les maladresses de son toucher. Dun autre cote, un instrument trop sonore Tetourdirait, le griserait, et seralt trop didicile a manier pour lui. Ce qu'i! lui faut, c'est un bon cheval de manege, suiTisamment sensible, et non une rosse ni un pur-sang. De plus., il est necessaire que son piano soit toujours maintenu en parfait etat d'accord, pour ne pas fausser roreille si elle est nativement juste, et pour la redresser si elle est quelque peu dcfectueuse.
On se figure que, pour commencer, il sulTit d'un piano quelconque et d'un professeur mediocre. Ce sont deux crosses erreurs.
D'apres I'age que nous lui avons assigne, il est clair que I'etude du piano pent etre entreprise en meme temps que celle du solfege. Si Ton veut proceder ainsi, le mieux est de les confondre absolument pendant quelque temps, a ce point que I'enfant ne puisse distinguer, dans sa lecon, ce qni est piano de ce qui est solfege, et qu'il n'y voie qu'une chose, la musique.
Yoici a peu pres le type de la premiere lecon ainsi comprise : On lui ecrit, sur une leuille de papier qu'on pose sur le pupitre,
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et on lul dit : « Cette note s'appelle do; ecrivez-mol un do. » II doit copier la note, en mettant le noni dessus.
Ensuite, on lui montre sur le clavier la touche correspondante,sur laquelle on reproduit au crayon le meme signe, en lui disant : « Yoici le meme do; jouez do. » II doit jouer la note.
Puis on lui dit encore : « Ecoutez bien ce do; a present chantez-le, comme moi. » On le cliante. Et il doit le chanter.
De cette facon, I'idee de la note lue on ecrite, celle de la touche et du son qu'elle produit, celle de la note qu'il entend et de la note qu'il chante, s'incrustent a la fois dans son esprit, ou elles se confondent en un tout qui est pour lui la note do sous trois formes, la trinite du do.
La pent se borner la premiere lecon.
Aux suivantes, en repartant du do, on pourra lui apprendre plusieurs notes, toujours en les lui faisant lire, ecrire, jouer, entendre et chanter, en en formant des groupes qui seront des fragments de la gamme ou de petits airs... On lui fera remarquer que les notes au-dessus du do s'ecriveut en clef de sol, et celles au-dessous en clef de/^, ... qu'il ne peut pas chanter aussi aisement ces dernieres que les autres (premiere notion de I'ctendue des voix)... Enfin,
etant parti de cette base, on lul fera copier ses petits exercices eties solfieravant de Ics jouer sur le piano, de maniere a faeonner a la fois le petit musicien et le petit pianiste, et a ce que jamais ne se separent, dans sa petite intelligence enl'antine, les trois idees de la note t'crite, de la note jouee et de la note chantee oil entendiie, qui doivent iormer un tout irreductible, ce qui est la verite pour tout musicien.
Bien entendu, cela ne pourra durer qu'un temps, et les deux etudes devront ensuite se poursuivre separeraent, quoique parallelement.
Au debut, surtout si Fenfant est tres jeune, les lecons devront etre excessivement courtes, mais tres rapprochees; I'ideal, c'est une lecon d'un quart d'heure chaque jour, sans aucun travail de I'eleve a lui seul, et sans menie le laisser s'amuser sur le piano dans rintervalle, afin de ne pas prendre de mauvaises habitudes, qui le retarderaient dans ses progres. Au bout de quelques mois, on pent espacer les lecons a deux jours, et porter leur duree a une demi-heure, si I'eleve est assez attentif et soiofneux pour pouvoir travailler seul les jours iutercalaires. Ce nest guere qu'apres deux ans delude que I'eleve pent profiler de lecons d'une heure, repetees deux ou trois lois par semaine, avec un travail dune heure on deux chaque jour. Dans la suite des etudes, on doit continuer a espacer de plus en plus les lecons. Vers quinze ou seize ans, il doit suffire d'une lecon par semaine ou menie par quinzaine, plus tard le mieux est de n'en prendre plus c^u'une par niois. Les rapprocher davantage a I'inconvenient d'enlever a
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I'eleve une partie cle sa spontaneite et de son sentiment personnel, de ses qnalites dinitiative.
Le travail quotidien doit aller tonjours en aua,mentant, jusqu'a environ quatre heures par jour (ties exceptionnellemeut cinq on six), en plusieurs fois, et jamais plus de deux heures de suite, en attaciiant toujours une importance considerable, et cela des las premiers mois d'etude, je dirais presque les premiers jours, a obtenir une belle sonorite, une bonne qualite de son, chose inappreciable et qui depend presque entlerement des premieres habitudes prises. « Le son obtenu sur un meme piano va- « rie suivant la souplesse et la delicatesse de tact de « I'arliste, suivant sa nature personnelle et son deore « d'habilete de main ^ ». Quand ce principe a ete neglige au debut, il exige plus tard un travail souvent long et difficile.
On dit souvent : « Les pianistes out sur les auties laAantage de trouver leur son tout fait. » Ce nest pas absolument vrai, puisque chaque pianiste a un son dilTerent qui le fait reconnaitre.
« L'une des premieres conditions pour obtenir de « I'ampleur dans I'execution, une belle sonorite et « une grande variete dans la production du son, « c'est de se depouiller de toute raideur. II est done « indispensable d'aVoir dans I'avant-bras, les poi- « gnets et les doigts, autant de souplesse et d'in- « flexions diverses qu'un habile chanteur en pos- « si'de dans la voix^. »