A. Rubinstein, Aphorismes (le Menestrel
< ONSIDKRATIONS GENERALES i
presque aussitot eteintes que percues, et clout rien ne reste que le souvenir, voila son lot; c'est avec cela qu'il doit « charmer I'oreille, interesser Tes- « prit, parfois exalter I'ame », selon une vieille definition qui n'est pas pour cela des plus mauvaises.
Get art est pourtant assimilable a la poesie, car le compositeur joue avec les sons comme le poet<i avec les mots; comme lui, il est severement astreinl aux lois du rytlime et de la consonance; comme lui, il s'adresse a I'esprit, au co7ur, a I'ame, par I'intermediaire de I'organe auditif. — II est aussi Lien assimilable a la peinture, car il possede son coloris particulier, qui est I'orchestration ; son dessin, sa ligne, qui est le contour melodique; et la sage ponderation des combinaisons qui en resultent, qui, dans I'un comme dans I'autre des deux arts, constitue I'harmonie. — II est pcut-etre plus assimilable a I'architecture pour celui qui sait saisir le role capital que jouent en musique les proportions relatives des diverses parties dune composition, de quelque vaste ou minime importance qu'elle soit, qu'il s'agisse d'une simple romance sans paroles ou dun oratorio, d un petit air a danser ou d'un opera en cinq actes. Considerer la musique comme « I'archi- « lecture des sons », selon le mot de M™'' de Stael, est une conception absolument juste : une symphonic de Beethoven, de Mendelssohn ou de Saint- Saens est un veritable edifice sonore, aussi bien que des monuments comme le Parthenon d'Athenes, Saint-Marc de Venise et I'abbaye de Westminster sont des chels-d'oeuvre d'harmonie architecturale.
4 LKDUCAnoX MUSICALE
La musiquf. est uxe science.
« II n'y a pas d'a/V sans science : la race tout en- « tierc des maitres est lii pour cti falre foP. »
C'est meme line science niatlicinatique au plus haut degre, car, en derniere analyse, tons les elements, toLis les procedes qui concourent a la confection d'une Q^uvre musicale, viennent trouver leur explication et leur raison d'etre dans les nombres et les combinaisons de jioaibres. Infeconde par ellememe et a elle seule, en fortiliant I'art et ausfmentant sa puissance productrice, « la science est un « cadran qui marque riieure du progres accompli^ ».
Le rythine, qu'il soit reduit a sa plus simple expression ou pousse jusqu'aux complications extremes, nest pas autre chose que la division dune unite de temps en fractions egales ou inegales, mais toujours proportionnelles. — h' intonation, ou hauteur du son, depend uniqueinent du iiombre absolu de vibrations que fournit dans un temps donne le corps sonore mis en action. — \jintensite, la force plus ou moins grande du son, resulte de I'amplitude des memes vibrations et de la violence avec laqiielle elles cbranlent I'air ambiant. — Le timbre provient de la ('onformation meme de I'instrument par leqiiel le son est emis, et des sul)divisions ou sons harinoniques qui laccompagnent. — Les combinaisons les plus savantes de V liarniunic et du contrepoint ont pour l)ase les rapports numeriques existant enlie les dilTerents sons, d'ou nait la sensation plus ou