Emile de Girardin
moins accenluee tie consonance, de dissonance on de discordance que roicille epronve, qu'elle sa\ onre, tolere on rejette. — Tout enfin, car je crois bien n'avoir rien oublie, pent etre finalenient ramene a des chiffres, etre analyse et expliqne par les lois positives de I'acoustique et des mathematiques.
La musique est done a la fois une laxgue, un art et une science, et doit etre envisagee, selon les circonstances, sous I'une ou I'autre de ces trois faces.
La LANGUE est d'essence divine, car le chant est aussi naturel a Thomme que la parole ou le simple cri; il est meme assez vraisemblable de penser que, cliez les premiers humains, le cri et la vociferation ont du preccder la parole arliculee.
L'aut est un prodnit de Tesprit humain, qui tend toujonrs a ennoblir, a poctiser et idealiser les niaterlaux qui lui sont lournls par la nature.
La SCIENCE, aussi I'roide et positive que I'art est exuberant, apparait Id, avec ses chiflres et ses formules exactes, comiae un Irein salutaire ou un balancier charge de maintenir requilibre.
De la langue est ne I'art, qui ne pouvalt exister sans elle, et que la science vient a son tour expllquer, etayer en quelque sorte, en le guidant dans ses developpements et I'empechant parfois de s'egarer dans des voles dangereuses ou sans issue.
G'est en se penetrant de ces considerations et d'autres de meme nature, que Ton concevra le mieux les meilleurs moyens a mettre en peuvre r-'^ix entre-
6 L'EDUCAriON MUSICALE
j)venclre et poursnivre line education musicale dans de saines conditions, ce qui est plus difficile qu'on no le croit generalement, et nicrite de ne pas etre traite a la legere.
Qu'il sagisse d'acquerir nn talent d'artiste ou un talent d'aniateur, ce n'est la qu'une question de degre tout au plus; car, en faisant abstraction de la carriere toute speciale de I'artiste lyrique, qui participe du chanteur et du comedien, on ne sait vraiment au juste oil il faut placer la barriere qui separe le professionnel de celui qui s'occupe dc tnusique pour son simple agrement. Les procedes a employer sont sensiblement les memes pour I'un et pour I'autre, a quelques nuances pres, que nous nous reservons de developper, au cours de cette etude, puisque le but final a atteindre est presque le mcme D'ailleurs ne Aoit-on pas chaque jour des amateurs se transiormer en artistes militants, comme aussi des musiciens de profession abandonner leur trop ingrate carriere pour en embrasser quelque autre plus lucrative, tout en continuant a faire de I'art pour leur seul plaisir, ou pour celui de leur entourage?
Les conseils qui vont suivre, fruits dune quarantaine d'annees d'experience de i'enseignement, a tons les degres et dans toutes les conditions, sont done applicables a ces deux categories indlstinctemen! . de meme qn'aux differentes branches de I'art musical, composition, chant ou virtuosite instrumental^, que ehacun aura en vue de poursnivre au debut.
Je dis au debut, car il arrivera bien des fois que
CONSIDERATloys GESERALES 7
les premiers projets seront modifies par la force des circonstances, ou pour des causes impossibles a prevoir avant le jour oil elles viendront s'imjioser inexorablement, telle I'absence de A'oix chez I'adulte dont les parents auront decide prematurement de faire un chanteur, parce qu'il avait une joHe Aoix etant enfant, ou « parce que tout le mo tide en a dans la famille » ! Ne riez pas; cela arrive journelloment.
Ceci me conduit tout naturellement a sionaier
I'aberration trop frequente qui consiste a considerer, au point de vue des aptitudes, I'enfant comme une sorte de prolongement de soi-menie, et a decider de sa carriere d'apres celle qu'on aurait voulu embrasser, et qu'on regrette de n'avoir pu parcourir. Certes, il existe des cas d'heredite dans les dispositions artistiques comme en tout : on a pu voir, du seizieme au dix-huitieme siecle, la tribu des Bach peupler la Thuringe, la Saxe et la Franconie dune foule d'artistes de premier ordre, qui, afin de conserver entre eux une sorte de lien patriarcal, se reunissaient une lois Tan, tantot a Erfurt, tantot a Eisenach ou Arnstadt, au nombre de cent a cent vingt. On peut citer dans I'antiquite les Hortensius, les Curion et les Lysius, chez qui I'art oratoire se propageait, meme chez les femmes; Eschyle, dans la famille duquel on comptait huit poetes tragiques; plus pres de nous, les Vernet, peintres de pere en fils pendant trois generations; Mozart, dont le pere jouait du violon ; Rossini, dont le pere etait coriiisle... dans les foires.
8 i: EDUCATION MUSICALS
On pourrait certainemenl en citcr d'aiili'cs; mais il serait tout aussi facile de trouver des exemples contraires d'enfants issiis de pcre et mere musicicns, et entlercmeiit demies de tout sentiment aiiisti<[ae, ou, inversement, d'arlistes de genie dont les parents n'avaient jamais manileste le molndre penchant pour la musique. Bien plus, il existe un grand nombre de grands artistes ayant entrepris leurs etudes niuslcales contre le gre de leur fanillle : Berlioz, que son pere, medecin, voulait faire medecin comme lui: Waoner, dont on avalt decide de faIre un peintre, et qui ne put se llvrer a la musique qu' « a la « grande desolation de sa (amllle, qui ne croyait pas « a sa vocation* » ; H;cndel, qui devait travailler en secret; Nicolo, Dalayrac, Chabrler... I'urent de ceux-la.
II ne faut done nullement en faire une regie, et c'est desolant d'entendre des gens vous dire : « Oh! si jamais j'al un fils, j'en feral un musiclen ; j'aurais tantaime I'etre ! » Cela aboutit le plus souvent, I'entetement s'en melant, a imposer a \\\ pauvre petit etre des mois et des anuees d'un travail vers lequel il n'eprouve aucun attrait, et qui constitue pour lul un veritable siipplice. Cela pent aller jusqu'a lul faire prendre la musique en horreur.
Au contraire, une chose qui a une Importance enornie sur le developpement futur de rintelligence de I'enfant dans le sens qui nous occupe, c'est le milieu qu'il habite pendant ses toutes premieres an-