‹ L'éducation musicaleChapitre 22 sur 114 · II a ete invente vers · texte numérisé non relu

II a ete invente vers

lellenient les compositeurs ne pouvaient songer a exccder. Done leurs oeuvres se trouvaieut toujours eciites sous la main, et le regard pouvait facilement se partager eiitre le clavier et le caliier. II n'y avait alors aiicun motif d'agir, pour la pratique du piano, autrement que pour la pratique de u'importe quel autre instrument, et il etait beaucoup plus sage de conserver la musique sous les yeux, pour ne pas courir des chances de s'egarer. C'etait tres loglque.

Mais depuis ce temps, et meme avant la fin de Beethoven, le piano s'est elargi considerablement, puisque son clavier embrasse maintenant sept octaves et quelquefois plus. Les compositeurs ont tout naturellement profite de cet accroissement, de ces ressources nouvelles, et, sous I'influence des Chopin, des Liszt et de tous les modernes, la I'acon d'ecrire est devenue tout autre. On procede par sauts et par bonds, mettant tout I'instrument en vibration a la fois, au moyen de la pedale; le corps lui-meme est oblige a des deplacements frequents, et il serait tres difficile ou impossible de maintenir les yeux fixes sur le cahier pendant qu'ils sont surabondamment occupes a surveiller les mains et a regarder le clavier. La seule maniere de jouer la musique moderne, c'est done par coeur ; et, une fois cette habitude prise, on prefere jouer de meme les oeuvres classiques, qui, etant plus simples d'ecriture et contenant moins de notes, entrent plus aisement dans la tete.

C'est une chose tellement passee dans la pratique, qu'un pianiste qui joue avec la musique parait maintenant aussi auinde dans son genre et aussi mal a

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son aise qu'un acteur qui lirait son role en scene ; sans parlor de cette compllcalioa maladroite qui resulte du besoin d'avoir toujours quelqu'un aupres de soi pour tourner les pages.

« II faut que vous puissiez non seulement jouer « vos morceaux, mais que vous soyez capable de les « solfier sans piano; que votre imagination soit cul- « tivee au point de retenir aussi bien I'harmonie « donnee a une melodic, que la melodic elle- (( meme*. »

Quand on observe attentivement les choses, on s'apercoit qu'il existe reellement, en ce qui concerne le musicien, trois sortes de memoires, ou, pour mieux dire, trois manifestations distinctes de la memoire : la memoire de I'oreille, la memoire des yeux, et la memoire des doigts, qui peuvent exister separement, ct deja donner ainsi des resultats satisfaisants, mais dont la reunion seule constitue la memoire parfaite et veritablemcnt desirable. Ceci demande quelque explication. La memoire de I'oreille seule est suffisante pour retenir un contour melodique, ou une serie d'accords, ou meme les deux reunis; mais elle n'enregistre les sons dans le souvenir que selonleurs rapports, et non a leur hauteur absolue et reelle (sauf des exceptions d'une extreme rarete); elle est sujette a les transposer involontairement, meme la plupart du temps inconsciemment, et c'est en cela que consiste son imperfection; elle manque aussi de precision : c'est une memoire d'a peu pres, celle qui

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