R. Schumann, loco cit
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permet de se souA'enir approxiniativemeat d'un air entcnda en voyage, ou encore a un amateur bien done de rejouer sur le piano, en rentrant chez lui, tout un opera a la premiere representation duquel il vient d'assister, aTebahissement de son entouraoe, et il y a. de quoi. (Je n'ai jamais ete temoin de cc phenomene, mais on me I'a si souvent raconte!...) C'est une memoire superficielle et incomplete, appreciable toutelois.
Infiniment superieure est la memoire des yeux, quelque bizarre que cela puisse paraitre au premier abord. Celui qui la possede conserve comme gravee dans son esprit la note racme, la note ecrite, se souvient meme de la place quelle occupe dans la page, et serait capable de copier de memoire, de reproduire sur le papier I'oeuvre qu'il a suirisamment etudiee pour s'en penetrer a fond, ful-ce une partition d'orchestre, absoluraent comme on ecrirait de memoire une piece de vers, un morceau de litterature quelconque qu'on possede bien .dans sa tete avec le mot a mot; au fond, c'est la meme operation intellectuelle. Celle-la, c'est la memoire analytique, la memoire du vrai musicicn, qui sait entendre par Ics yeux aussi bien que par les oreilles, qui ne fait pas de difference entre la note ecrite, la note jouee ou chantee, et la note entendue. (Toujours le meme principe.) C'est celle-la surtout qu'il faut chercher a acquerir ou a developper par tons les moyens possibles, comme etant la plus precieuse de toutes. On pent s'y exercer, en s'appliquant justement a ecrire par cceur de petits fragments, de courts passages,
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qa'on s'est ingenie d'aborcl a etudier speclalemcnt dans ce but, puis d'autres plus etendus.
Toutefols, il est des oas, surtout pour lepianiste, en cc-qui concerne les traits compliques formes de beaueonp de notes se succedant avec une extreme rapidite, ou eette memoire intelligente et raisonnee, mais qui cxiofe un efVort de reflexion, se trouverait en defaut. G'est alors que devient precieuse la memoire machi- Bale et irreflechie des doigts qui accomplissent correctemeut et fidelement leur besogne comme le fexaient de veritables automates, lorsqu'ils y ont ete saffisaniment entraines, sans aucun efTort cerebral, et pendant meme que Ton pense a tout autre chose.
Je ne sais comment la physiologic ou la psycho- Jogie pourraient expliquer ce phenomene de dedou- •blement de la pensee, mais il est indubitable nient jeel. II y a des gens qui peuvent vous jouer le moreeau le plus charge de notes en entendant causer atrfonr d'eux, et meme en prenant part a la converjat^ion. Affirmer qu'ils y mettent en meme temps un profond sentiment, je n'oserais le faire.
Elvoila pourquoi je dis que la memoire complete, psrfaite et reellement desirable doit revetir a tour ^erole, et parfois simultanement, ces trois formes : Bsemoire des yeux, de I'oreille, des doigts. Si Ton pos^ede I'une d'ellcs, il faut s'entrainer aux autres; elles s'entr'aideront.
Plus que les autres instrumentistes, les pianistes iloivent apporter tons leurs soins a I'etude du dechif- &age, en raison du grand nombre de notes qu'ils Mat a lire, soit simultanement, soit tres rapidement.
Des la troisieme annee, au plus tard, il faut y consacrer quelques instants chaque jour, clechifTrer tornjours lentement des choses assez faciles pour qu'on puisse les lire sans faire de fautes (je I'ai deja dit, mais on ne saurait trop le repeter), sans hesilev oi trebucher, et menie en y mettant les nuances indiquees; c'est a cette condition que cette etude est profitable. Avant de decliifTrer une piece quelconque, courte ou developjee, il faut la parcouiir louguement, en examinant plus specialement les passages qui paraissent difficiles ; mais, une fois parti, il n*j faut jamais s'arrcter sous aucun pretexte ; il vaudrait mieux inventer quelques notes, voire meme plusieurs mesures, que s'arreter et se reprendre. II faut posseder « une absence complete de remords pour la. faute commise », selon la jolle expression d'Eugene SauzayS un celebrc violoniste qui fut un parfait professeur d'accompagnement double d'un homme d'esprit et d'un erudit; il faut savoir deviner d'apres le dessin ce qu'on n'a pas le temps de lire, et toujoum lire d'avance, au moins d'une mesure dans les mouvements lents, et de plusieurs dans les pieces d'allure vive. Savoir bien lire, chose precieuse entre toutes, est un fait simultane d'intelligence, d'habilete et de presence d'esprit. J. -J. Rousseau disait deja dans son Dictionnaire : « Tons les musiciens se piquenl « d'executer a livre ouvert, mais il y en a peu qui, « dans cette execution, prennent bien Vesp}-itd.e Tou- « vrage et qui, a'ils ne font pas de faute sur la note^
1. E. Saiizay, Ecole de Taccompagnement (Firmin-Didot editeur, 1869).
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« ne fassent pas, du moins, de contresens dans Texe- « cution. ))
Avec la musinue moderne, le dechlffraoe est devenu, a lui seal, un art veritable et rcellement fort difficile.
Le dechiffrage a quatre mains est un tres bon exercice, encore meilleur celui a deux pianos, soit avec le professeur, soit entre partenaires a pen pres d'egale force.
Le pianiste doit egalenient etre rompu aux difficultes de la transposition, plus compliquee pour lui que pour tons les autres instrumentistes, parce qu'il a infmiment plus de notes a lire qu'eux. 11 devra s'y entrainer de bonne heure, en transposant menie des exercices. Independamment de I'utilite qu'il y a a savoir transposer, cette etude constitue une excellente gymnastique et contribue a rendre musicien.
Quand on a acquis la maitrise de son instrument et qu'on en pent jouer sans plus apporter d'attention aux menus details d'execution, il est utile de prendre aupres d'un \ ioloniste ou d'un violoncelliste des lecons d'ensemble (improprement appelees lecons daccompagnement, car le piano n'accompagne pas plus qu'il n'est accompagne, il est absolument concerfant) ; on pourrait aussi bien choisir comme professeur tout autre instrumentiste, mais on verrait bien vite le bout du catalogue des oeuvres elevees ecrites pour piano et clarinette, flute, hautbois, cor ou basson, tandis que la litterature pour instruments a cordes est a pen pres inepuisable. Une fois habitue a I'ensemble avec un seul instrument, on pent abor-
L' ETUDE DES IXSTRLMESTS lOt
dcr retiide cles trios, quatuors, quintettes,... ce qui est d'lin interet puissant.
Get interet reside en grande partie dans la quantite de chefs-d'oeuvre que les auteurs classiques et quel- (jues contemporains ont ecrits en vue de la musique de chanibre, la forme la plus elevee de la niusique pure; en partie aussi du plaisir que prodult le melange des timbres. Le pianiste est oblige ici de jouer autrement qu'en soliste, de modifier ct souvent ;ittenuer sa sonorite pour I'assortir et I'apparenter a celle des autres instruments, qu'il ne doit jamais chercher a dominer, sauf dans des passages determines, oil sa partie est preponderante. Enfin c'est \iec etude toute particuliere.
II pent etre encore tres bon de s'exercer a accOT)>pagner des chanteurs, — ici le mot accompagner est a sa place, — ce qui doit etre fait avec une abnegatioD complete, avec le seul desir de soutenir le chanteur^ de I'aider et quelquefois de le guider, sans jamais couvrir la voix. C'est un talent fort rare que celui de bon accompagnateur, et qui denote toujours wia sxcellent musicien, car il exige toutes les qualites du virtuose, et cle plus un tact et une presence d'esprit fort difficiles a acquerir.
Dans toute espece de musique d'ensemble, il Be pent etre question de jouer par cceur. Quelque sur qu'on soit de sa memoire, on ne saurait etre responsable des erreurs ou pourrait vous entrainer I'inadveitance dun partenaire.
Qu'il s'agisce de I'etude meme du piano, du dechifirage ou de la musique d'ensemble, le fond doii
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toujours etre constitnc par la musique classique ou celle d'auteurs contemporains ayant ecrit dans le style classique; pour rinstruction primaire et secondaire, il I'aut meme s'en tenir la; ensuite une part devra etre faite a la musique moderne, mais avec une extreme circonspection, et en evitant les compositions vulo^aires et malsaines qui pullulent malheureusement; Schumann^ s'exprime nettement ace sujet : « Vous ne devez jamais jouer de mauvaises composi- « tions, ni les ecouter, si vous n'y etes force, w Je crois que c'est energique. Ailleurs, il va encore plus loin, etsemble investir I'eleve des fonctions un peu exccssives d'un censeur intransigeant : « Ne repandez ja- « mais de mauvaises compositions, aidez au contraire « avec energie a les supprimer. » L'eleve ne doit pas s'en rapporter encore a son propre discernement ; c'est en grande partie dans cechoixque se montrera le tact du professeur. Les reuvres de Schumann, Chopin et leurs derives de I'ecole romantique, exigeant plus de maturite, ne devront pas figurer dans le programme avant I'agede quinze ou seize ans, sauf en qualite de hors-d'ojuvre et pour des pieces de peu d'envergure ; jusque-la, les purs classiques allemands seront seuls etudies, notamment Haydn, Mozart, Bach, Haendel, Beethoven, Weber et Mendelssohn (comme etudes, Cramer et Clementi, dans son merveilleux recueil du Gradus ad Parnassum); a plus forte raison, Liszt et I'ecole de la virtuosite transcendante seront reserves pour le parachevement des