‹ L'éducation musicaleChapitre 25 sur 114 · Scaumnnn, lucu cit · texte numérisé non relu

Scaumnnn, lucu cit

L' ETUDE DES INSTRL'MEXTS Wi

trous, etc. Cela vous portera a mieux soiguer votre articulation avant de tenter une nouvelle experience.

II faut enfin que le pianiste, sans en tirer vanite, se rende compte que, par la nature meme de son instrument, il est tenu d'etre un plus parfait musician qu'aucun autre virtuose. Aucun, en effet, ne se trouve en face de plus de complications dans les traits rapides, — je ne parle pas de la difficulte materielle, — aucun n'a a faire entendre plusieurs parties melodiques simultanees, ni a mettre en reliel un chant avec une main pendant que, de I'autre, el bien souvent de la meme, il doit conserver un interet relatif, mais existant, a des dessins d'accompagnement, a des arpeges, a des formules contrepointees ; la litterature du piano, dans les oeuvres de haut style, est la plus complexe de toutes les litteratures musicales. Par son etendue plus grande que celle de I'orchestre^ par sa puissance, par lavariete infinie de ses efFets, le piano accapare d'autorite, partout oil il se trouve, le role preponderant.

Dans la musique de chambre, dans les quatuors a cordes, quintettes, septuors avec ousans instruments a vent, tant qu'il n'y a pas de piano, il est implicitement convenu que c'est le premier violon qui prend la direction; il donne le signal de I'attaque, il indique les nuances d'ensemble, les rallentatido, les points d'orgue ; il commande enfin, et cela lui sied,

1. Le piano descend de six notes au-dessous de la contrebasse, el monte plus haut d'une tierce que la flute, les deux extremites de I'orchestre classique.

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car il faut toujours un chef, et 11 est bicn (h-signe pour cela. !Mais si le piano se mcl do la [Kiilie, le premier violon, tout en conservant 1 attiliule de commandement qui lui est habituelle, se volt iorce de compter avec ce nouveau partenairc dont la force de volonte est sans egale; c'est lui maintenant qui imposera ses mouvements, ses nuances, et cela sans efTort, par le seul fait qu'il est irresistible, representaut a lui seul un orchestre, avec lequel d'ailleurs il pent lutter, comme cela lui arrive dans les concertos. Si chaque instrument pris isolement pent etre compare a une unite militaire, le piano est tout un corps d'armee.

jNlais j'al tort d'employer de telles comparaisons, puisque nous pouvons en trouver de meilleures sans sortir du domaine musical. Tout le monde a entendu des orchestres de tziganes, avec Icur mordant et strident cembalo, cet ancetre du piano, qui leur donne un caractere si particulier de precision, de nettete et de nervosite ; la, comme ailleurs, c'est le premier violon, le seul qui joue debout, qui dirige lensemble et fait fonction de chef d'orchestre ; tons lui obcissent, le suivent avec une souplesse des plus amusantes dans les ecarts de rythme qui donnent a la musique hongroise un caractere si etrange et si tvpique, tons, y compris le cembalo: mals s'il prenait fantaisie a celui-ci de se derober ii I'autorite du chef pour modifier I'interpretation a son gre, c'est lui (|ui Temporterait, personne ne serait capable de se soustraire a la puissance communicative de son martelement cinolaut et perpetuel, et le malheureux

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chef se trouverait dans la facheuse situation dun berger qui ne serait pas daccord avec son cliien. Et il devrait lui ceder.

C'est exactement cequi arriverait dans la musique de chambre, si le pianiste ne savait pas se moderer, s'assouplir, faire acte de musicien plus encore que de virtuose, quoiqu'une forte somme d'liabilete lui soit necessaire pour arriver a dompter son piuno, qui n'est autre chose qu'un cembalo a clavier*, et I'empecher de montrer ses grifl'es de lion, d'user de sa puissance dominatrice. Seuls les grands artistes arrivent a ce resultat de maintenir I'equilibre sans s'effacer exagerement, de s'attenuer sans s'aneantir, ce qui serait egalement nuisible.

Une experience facile demontre clairenient la preponderance materielle du piano dans la musique de chambre, Faites-vous jouer, toute seule, la partie de violon, d'alto ou de violoncelle d'un morceau d'ensemble quelconque : vous n'aurez aucune idee de ce que pourra produire la reunion des instruments. Faites-vous jouer, toute seule aussi, la partie de piano du meme morceau, et aussitot, avec un tres leger effort d'imagination, vous pourrez deviner ce que sera I'effet general, en reconstituant approximativement, par la pensee, les autres parties absentes.

Quand on reduit le piano an role, en apparence modeste, d'accompagnateur, soit pour un solo instrumental, soit pour un air d'opera, il devient la reduction d'un orchestre dont le pianiste serait le

1, Clavi-cembalo, clavecin.

chef. Maladroitement employe, il peut ecraser, aneantir ou totalement derouter le malheureux soliste, tandis qu'entre des mains habiles il le soutient, le guide, le met en valeur, lui montre le chemin s'il s'egare, et devient I'auxiliaiz^e le plus precieux, I'artisan du succes. Le chanteur est toujours a son aise quand il est accompagne par I'auteur, parce que I'auteur est toujours un artiste avant d'etre un pianiste. Plus que tout autre, raccompagnateur doit posseder la presence d'esprit, le sang-froid, I'esprit d a-propos. II peut tout perdre ou tout sauver.

De la I'importance que les chanteurs les plus habiles attachent a avoir toujours un bon accompagnateur, et autant que possible leur accompagnateur, sans lequel ils se sentent comme abandonnes, desempares.

J'espere que Ton concoit maintenant d'une facon complete I'importance du piano dans quelque emploi que ce soit, et des lors la necessite absolue, pour manier intelligemment un engin si energique etqui, entre des mains inexperimentees, peut devenir si aisement perturbateur, de posseder de serieuses connaissances de technique et d'esthetique.

A une epoque ou des milliers de jeunes pianistes possedent une dexterite de doigts inimaginable, il n'est pas sans interet de les rappeler a la veritable mission du simple et du beau, celle de charmer et non d'etonner I'auditoire, de jouer moins pour les yeux, plus pour le cceur. Ce secret, qui decele le veritable artiste, ne peut se propager que par I'etude des grands maitres, aide de Taudition, aussi

frequente que possible, des grands virtuoses, de ceux qui, en plus du prestige de I'execution, possedent une haute intelligence des choses de I'art. II faut aussi savoir ecouter attentivement de bons chanteurs, car ils peuvent souvent servir de modeles, sinon de conseillers. cc On pent beaucoup apprendre « des chanteurs et des cantatrices, mais il ne faut « pas accepter tous leurs conseils, » dit Schumann ^ Le grand defaut du piano, defaut inherent a sa nature, c'est la secheresse; il ne pent pas soutenir le son, et si on arrive jamais a lui donner cette facultr, comme on I'a deja plusieurs fois tente, ce ne sera plus le piano, ce sera un nouvel instrument. C'est done au pianiste, a force d'art, a attenuer et faire oublier cette imperfection caracteristique, en s'efforcant d'imiter les inflexions de voix des chanteurs ; c'est pourquoi il devra les ecouter attentivement, etudier leurs procedes, se les assimiler, et s'exercer a les imiter ou a en approcher dans la mesure du possible. « Le meilleur conseil que nous puissions <( donner aux personnes qui s'occupent serieuse- « ment du piano, c'est d'apprendre, d'etudier et de « commenter le bel art du chant. Dans ce but, on « ne devra jamais perdre I'occasion d'entendre les « grands artistes, quel que soit leur instrument, et « surtout les grands chanteurs; c'est des le debut « et dans la premiere phase de son talent qu'il faut c( savoir s'entourer de bons modeles^. »

Pour cette imitation, pour arriver a produire Villu-

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