JJ E DUC A TI O X M US I CA I. E
SI Ton salt cleja ])icn jouer du piano, I'etude de DIarmomu.m est presquc un enfantillage; sinon, il iaut coininoncer [)ai' ap[)!eiidre Ic piano.
En cd'et, un niccanisine Ires exerce, tres souple et suitout ties precis est la premiere chose indispensable, et ce n'est pas sur rharmonium qu'on pent I'acquerir. Outre que ce serait insupportable, ce serait tout a fait insudisant, les touches de cet instrument ne presentant pas la resistance necessaire pour cette gymnastique des doigts.
Ensuite, il restera a apprendre et a comprendre le fonctionnement de I'instrument, avec ses divers registres, correspondant a la fois a des timbres varies et a des octaves differentes, puis la manoeuvre de la soufflerie (et parfois des genouilleres, surtout dans rharmonium a double expression de Mustel, le plus parfait des instruments de ce type), d'oii dependent les modifications de sonorlte et les nuances qui Font iait appeler au debut « orgue expressif ».
Tout cela est raffaire de quelques lecons a peine, et de quel([ues seinalnes d'attention, avec fort pen de temps d'etude quotidienne ou intermittente, ce qui est ici denue de toute importance. On voit meme souvent des pianistes se mcttrc au courant de la pratique de cet instrument sans aucune methodeet sansl'aide d'aucun professeur, et arriver ainsi a s'en servir tres convenablement; mais si Ton veut parvenir jusqu'a en tirer tons les efTets dellcats de sonorite dont il est susceptible, a en jouer en veritable virtuose, un plus long temps d'etude est necessaire, qui varie avec I'instinct et la finesse de tact de chacun.
L'etiide cle riiarmonium pent etre un bon acheminemeat vers celle da grand orgae.
Nous ne parlerons ici que du Grand Okgue consiyiere en tant qu'instrument.
Cette ("aeon de dire pouvant paraitre bizarre a ^eux qui ignorent qu'on peut envisager autrement Spn etude, je leur dois un eclaircissement. L'ei ploi dii grand orgue, a I'eglise, dans le culte cathol que, nicessite de I'organiste trois connaissances couipletei et distinctes : celle de Vinstrument lui-menie et de 5on maniement; celle de V improi'isation ; ceWe de la Pituj'gie; et tres frequemment c'est cet ensemble de ct)nnaissances qu'on entend par etude de I'orgue; etudes de I'organiste catholique serait mieux.
La Uturgie romaine n'a rien a voir dans ce livre ; rimpr(^visation, nous en dirons quelques mots plus tard en parlant de la composition; seule, I'etude de la prati(^ue de I'instrument considere en lui-meme peut troi.ver sa place dans le present chapitre.
Ceci ex\ilique, conimencons par etablir qu'il y a une grande difference entre I'etude de I'orgue et celle des autres instruments, pour cette raison qu'il n'existe pas deux orgues identiquement semblables. Quand on sait jouer d'un piano, on sait jouer de tousles pianos; un violon est bon on mauvais, mais il ressemble a un autre violon; tandis que ce qu'on appelle un orgue varie a I'infini, selon des circonstances multiples, parmi lesquelles : I'' la somme d'argent qu'on a pu pu voulu depenser pour I'etablir ; 2° I'emplacement dont on a pu disposer ; 3° les
dimensions et les qualites acoustiques du vaisseau qii'il est appele a remplir d'ondcs sonores; 4° le genre de service qu'on en attend (simple accompagnement du chant ou execution de pieces d'orgue); 5° I'habilete ou simplement la fantaisie du facteur; 6° ... etc., etc., toutes choses dont il pent resulter que I'instrument represente le volume d'un granc piano droit, ou qu'il atteigne I'importance dune maison a quatre etages... Un orgue pent avoir ui seul jeu, line seule rangee de tuyaux, et c'est de,a un orgue; il pent avoir deux jeux, dix jeux, vingt, trente, cent, deux cents jeux;... il pent avoir nn, deux, trois, quatre ou cinq claviers ; il pent a^'oir un pedalier ou n'en pas avoir : c^est toujours ur orgue; ses jeux peuvent etre distribues de mille fpcons differentes entre ses divers claviers, etre commtndes ou non par des pedales de combinaison ou d'autres mecanismes; il peut etre construit depuis plusieurs siecles ou selon les principes de la facture moderne, etre de la plus naive simplicite ou d'une c:)mplication inextricable, actionne a distance par I'electricite : c'est, ni plus ni moins, uu orgue. Le maitre facteur d'orgues, ou organier, qui est lui-meme un grand artiste, et doit posseder une grande science, tant en acoustique qu'en mecanique, ne fabrique jamais deux instruments semblables I'lin a I'autre. L'orgue le plus colossal qui soit au monde, a ma connaissance, est celui de I'hotel de ville [toivnhall) de Sydney (Australie), construit par la maison W. Hill and Son, de Londres, qui contient 127 jeux, 162 reglstres, 9,966 tuyaux commandes par cinq
clnvicrs, mi pedalier et vinj:;t-hiiit pedules de combinaison, et a couU- la l);!i;a(('lle do 450,000 francs.
11 ne sa-^'it done pas ici tl apprendre ii jouer d'un instrument determine, mals d'apprcndrc a savoir se servir dun orgue quelconqiie, soit etant pris a Timproviste, soit avant quelques jours par devers soi pour en faire connaissance. Cette derniere condition s'impose d'a;itant plus lortement que I'orgue est plus important et plus complique, naturellement, et aucun oiganiste, si savant et expei'imente qu'il soit, ne serait capable d'obtenir, sans essais prealables, exactement tons les effets de sonorlte desires par lui sur Torgue de Riga (Russia), qui possede 124 jeux, ou sur celui de Notre-Dame de Paris, qui en a 110, ou sur celui de Saint-Sulpice, qui en compte 118. Mais, disons-le aussi, de tels instruments constituent de rares et splendides exceptions, et seuls des artistes de tout premier ordre peuvent etre appeles a les mettre enjeu. Au contraire, tout organiste doit savoir se familiariser assezpromptement avecun orgue de dimensions moyennes, a 30 ou 40 jeux repartis sur deux ou trois claviers, comme on en trouve frequemment a peu pres partout.
Pour acquerir cette faculte, pour arriver a ^tre capable de tirer un parti convenable dun instrument quelconque (cjue nous supposons, bien entendu, en bon etat), deux choses lui sont necessaires : il laut d'a])ord qu'il etudie dans des llvres la facture de 1 orgue, tant ancienne que moderne, de facon a comprendre I'utilite et le mode de fonctionnement de chacune de ses parties, et qu'il freqaente les ate-
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liers cl'un constriicteur cle grandes orgues, afin d'y voir de pres et examiner attentivement des instruments en voie de construction ou en reparation, deniontes piece par piece, conime aussi les essayer et en faire mouvoir les diverses combinaisons lorsqu'ils seront reconstitues. Les facteurs d'orgues sont toLijours tres obligeants et tres empresses a I'egard des jeunes orgaaistes qui leur temoignent le desir de s'instruire dans les choses de la facture, sachant bien que c'est pour eux le moyen le plus sur de devenir habiles dans le maniement d'un instrument si complique et si different de lui-meme.
La deuxieme chose, une fois qu'on a compris en detail le fonctionnement de cliaque rouage, c'est de frequenter des organistes et obtenir d'eux I'autorisation d'aller les entendre de pres, en les voyant iouer et examinant la iacon dont ils emploient les ressources de I'instrument qui est le leur, dont ils ont I'habitude, et dont, par consequent, ils connaissent les qualites et les defauts. Autant que possible, il ne faut pas se borner a etudier ainsi un seul oro-aniste, mais etendre cette etude a plusieurs, afin de pouvoir faire des comparaisons aussi bien entre eux et leurs procedes qu'entre leurs divers instruments.
Ce n'est que lorsqu'on se sent deja bien documente par toutes ces observations, lorsqu'on a conscience d'avoir bien saisi ce que c'est qu'un grand orgue, qu'il devient opportun de prendre des lecons et de poser les mains sur les claviers.
Ceux qui procedent autrement voient leurs pro-
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gres retardes, parce qu'ils ne comprenneut pas pleinement ce qu'ils font et ce qu'on leur fait faire.
II ne faut pas voir dans cette necessite de connaitre et comprendre la facture de I'instrument, sur laquelle j'ai insiste, un faitinsolite et special a Torgue. Tout instrumentiste comprend le fonctionnenient de son instrument sans avoir a en faire une etude a part : le violoniste n'a pas besoin qu'on lui explique que le frottement de I'archet produit les sons, qu'on en modifie Fintonation en raccourcissant la portion vibrante des cordes an moyen des doigta de la main gauche : tout cela se passe sous ses yeux ; le lluliste n'est pas long a saisir le mecanisme de sa flute, 1 utilite des clefs et des anneaux qu'il manie avec ses doigts ; mais il en est autrement de I'organiste, qui estappele a se servir intelligemment d'un mecanisme extraordinairement complique, dont tout lui est cache, enferme, sauf les organes de conimande, les touches des claviers etlesboutons des registres. Pour qu'il connaisse son instrument dans toute sa complexite comme ils connaissent le leur dans sa simplicite, il lui (aut une petite etude preliminaire qui leur est inutile : voila la soule difference.
Deux conditions seules sont indispensables pour entreprendre I'etude de I'orgue : eti-e suffisaminent grand pour pouvoir actionner tres facilement les pedales, tout en restant bien assis sur le banc et sans se mettre clebout, meme pour les plus eloignees, et iouej' parfaitement du piano.
Mais, objectera-t-on, I'orgue est bien anterieur au piano! Comment done faisait-on pour apprendre
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a jouer de Tori^ue avanl rinventlon du piano? — Cctte o!)jcction est tres juste; pourtant elle ne serait pas formulee par une pei sonne qui aurait vu de pres, comme nous le conseillons ci-dessus, des orgues de tlifferentes epoques, et notamment des orgues antelieures a I'inventlon du piano, c'est-a-dire ayant maintenant plus de deuxsiecles d'existence. En cetempsfo, les claviers d'orgue etaient presque aussi durs a manier — manoeuvrer serait plus juste — que les tarillons de Hollande, oii il faut abaisser les touches is coups de poings; une grande depense de force etait nccessaire, et les virtuoses les plus liabiles ne pouvaient meme songer a la rapidite et a la velocite ^ui sont aujourd'hui chose aussi aisee sur I'orgue que sur le piano Les progres de la facture ont modifie avantageusement I'instrument du tout au tout. 11 est absolunient certain que Tillustre Sebastien Bach, tout comme ses contemporains Buxtehude et Couperin, eux aussi celebres organistes du dix-seplieme siecle, I'un en Danemark, I'autre en France, devait executer ses fugues et ses toccata, peut-etre parfois a regret, dans un mouvement infiniment plus modere que celui auquel atteignent les organistes ac- Juels, qui, disons-le en passant, abusent quelquefois de la souplesse d'emission de I'instrument moderne, et denaturent ainsi I'esprit des vieux maitres de I'orgue, en lui retirant une partie de sa noblesse et de sa grandeur : une fugue ou une piece quelconque du temps de Bach et de Haendel gagne toujours a stre executee posement, largement, et dans une allure accessible aux instruments de I'epoque; c'est
ainsi seulcmeat qu'elle conserve son caractere, — Mais ceci est une paventhese. — - Avant qu'existat I« piano, il y avail le clavecin, Tepinette, la virginale^ et c'est sur ces ancetres du piano qu'on acquerait la connalssance du clavier. Tons les oroanistes etaient alors, en meme temps, d'habiles clavecinistes. — \l laut aussi considerer qu'en ces tea^ps, oil la pratique de la musique etait loin d'etre vulgarisee conime aajourd'lmi, il y avait infininient moins de musicieas qu'a present, que I'amateur n'etait qu'un simple auditeur phis ou moins cclaire, initie a la technique on a I'esthetique, mais ne pratiquant jamais par luimeme, et que les orgues, tout comme les organistes et les maitres de chapelle, pouvaient se compter; lorsqu'un musicien embrassait cette carriere, il j consacrait sa vie entiere, et des lors peu importaii que le noviciat en fut long et penible. A present, les choses ont bien change; la plus petite chapelle a son orgue, il lui faut done son organiste, et biea des amateurs sont prets a assumer momentanement cette fonction sans Fidee d'en faire une carriere, ayant simplement en vue le plaisir artistique tre>s reel et tres eleve que tout musicien eprouve au seul contact dun clavier d'orijue. — Voici done la reponse il I'objcction : beaucoup moins apprenaient; ils apprenaient plus longuement et peniblement; ils obteaaient des resultats aioindres.
Les grands et cclebres organistes des siecles passes seraient probablemeat stupefaits s'ils pouvaiententendre aujourd'hui leurs immortelles oeuvres executees sur nos instruments perlectionnes, par les
Guilmant, Widor, Saint-Saens,... avec une virtnoslte, une aisance, une A'aricte cle timbres, une souplesse d'expression qui devait etre leur desideratum, mais a laquelle ils ne pouvaient meme songer, dans I'etat ou en etait la facture d'orgue en leur temps. Non seulement I'apprenti organiste devra jouer tres bien du piano, mais il devra s'attacher specialement, sur cet instrument, a I'etude du style lie, des pieces a plusieurs pai^ties sous la main, telles que les Etudes de Cramer, le Gradus ad Pavjiassum de Clementi, les Preludes et Fugues du clavecin bien tempere de Sebastien Bach, les Fugues de Haendel et de Mendelssohn,... qui sont un excellent apprentissage pour la pratique de I'orgue. En se livrant a cette etude preparatoire, il devra apporter un soin meticuleux a conserver a chaque note, et dans chaque partie, sa valeur integrale, a ne pas relever un doigt trop tot ou trop tard, fiit-ce d'une fraction de seconde, a employer pour cela les doigtes dits a substitution, qui seuls favorisent I'execution consciencieuse, en se penetrant bien de ce que les petits defauts de precision les plus minuscules, meme inaperceptibles sur le piano, deviennent monstrueux sur I'orgue, ou ils produisent soit des trous, soit des discordances aussi penibles et intolerables les uns que les autres. On voit par la que jouer parfaitement du piano n'est pas encore sulHsant, et qu'il faut encore en jouer avec une conscience et une proprete dont fort pen de pianistes, meme les plus habilcs, ont le souci. Et il ne faut pas pour cela qu'ils croient devoir negliger les autres qualites specialement pia-
nistiques, car tout ce qui les rendru adroits et aglles sur le clavier pourra trouver son emploi a Torgue. Une autre agilite dun genre tout particulier, car aucun autre instrument ne la reclame, sera a acquerir : celle des pieds et des janibes, pour la mise en action du pedalier, qui n'est autre chose qu'un veritable clavier a touches beaucoup plus larges que les autres, et embrassant pourtant, dans les orgues modeines, une eteudue de deux octaves et demie. Pour faciliter cette etude speciale, beaucoup de lacteurs de pianos fabriquent des pedaliers a cordes et a marteaux qui se placent sous les pianos, et qui permettent ainsi de travailler chez soi; d'oii une economic de temps et une plus grande commodite; si Ton ne peut s'en procurer un, il est de toute necessite de travailler sur un orrjue.
Nous n'avons encore parle que des etudes preparatoires; les autres reclament imperieusement I'intervention d'un professeur. II s'agit d'appliquer au toucher de I'orgue ce qu'ou a appris deja sur le piano, en le perfectionnant encore ; de s'initier au manlement des registres et a leurs multiples combinaisons, d'oii resultent des varietes de timbre et de sonorites en nombre incalculable; d'acquerir le style particulierement pur et eleve qui sied au Roi des instruments, et enfin de devenir digne du titre d'organiste, qui peut etre cousidere comma un titre de noblesse par tout musiclen.
Je croirais faire injure au lecteur en ajoutant ici que si la connaissance des lois de I'harmonie est indispensable au pianiste, elle Test dix fois plus pour
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roiganiste, qui ferait meme bien, s'il veut penetrer a fond I'esprit des oeuvres les plus maglstrales de son repertoire, d'v ajouter quelques notions de contrepoint.
A tout age de la vie, si on est reste agile et adroit de ses mains et de ses pieds, si on est bon pianiste et bon harmoniste, si a ces qualites acquises on joint la qualite native d'avoir les mains plutot grand«s, rien ne s'oppose a ce quon devieune un bon organiste. La somzne de travail pour chaque jour ne pent guere depasser trois ou quatre heures ; ce serait a la fois inutile et fatigant.
Une certaine maturite d'esprit eonvient a cette wi-ande et belle etude, qui toutefois pent etre comaiencee des I'age de quinze ou seize ans, si Ton icmplit les conditions requises.
II va sans dire que si Ton a seulement pour but daccompagner des chants religieux sur un orgue Ires simple, ces etudes pourront etre restreiutes dans ane lare^e mesure.
Si, au contraire, il s'agit de tenir le grand orgue dans une eglise catholique, on devra y adjoindre celles de la fugue, de la composition, de I'itnprovisation, du plain-chant etde la liturgie, commenous ledisions au debut, et c'est alors une science tres complexe.
Pour bien comprendre la dilhculte qui s'attache a Tetude des Ixstrumexts a cordes et a archet, il faut se rendre compte quelque peu de leur mode d'S fonctionnement, aussi complique en realite qu'il semble simple en apparence, dans lequel chaque
main a un emploi absolument disliiict, ce qui nn pas lieu dans les autres categories d'instruments.
La main gauche soutient rinstrument, ct en meme temps, par la pression que ses doigts exercent sur les cordes, dont elle raccourcit (ou sectionne, dans les sons harzuoniques) la portion vlijrante, elle determine la hauteur absolue des sons; c'est done d'elle seule que depend la justesse, et on pourra se faire une idee de la precision quelle doit atteindre, si Ton songe qu'il suffit de deplacer un doigt dun dixieme de millimetre et parfois meme moins, a I'cxtreme aigu, pour transformer un son juste en un son faux. Ceci n'est nullement exagere, et explique pourquoi les artistes jouant rigoureusement juste sont si rares; de plus, il faut que cette pression s'exerce avec une certaine force, sans qnoi les sons nianquent de nettete; et comme les instruments ii cordes sont tres souvent appeles a fournir des traits d'une extreme rapidite, une tres grande agilite lui est encore indispensable. Les qualites a exiger de hi main gauche sont done la force, la precision, I'adresse et la vitesse.
La main droite tient I'archet; c'est d'elle que depend principalement tout ce qui touche a I'expression, rintensite plus ou moins grande des sons, les nuances les plus energiques comme les plus tendres on les plus passionnees, les inflexions ou les accentuations les plus subtiles, aussi delicates et encore plus varices que celles de la voix humaine, le brillant et I'eclat, la chaleur et I'ampleur; elle concourt aussi pour une grande part a la velocite.
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Les instruments a archet, particulierement le violoa et Ic violoncelle, ne sont pas limites, comme les Instruments a vent, a un petit nombre de caracteres de sonorite ; « leur timbre se nuance avec une (( variete infinie* », selon que Ion se sert de la pointe, du milieu ou du talon de rarchet, qu'on le pose a plat ou plus ou moins incline lateralement, qu'on attaque la corde pres du clievalet ou de la touche, meme sur la touche, selon les divers coups d'archet employes soit en tirant, soit en poussant, dont les principaux ont recu des noms : le lie ou coule, le grand detache, le detache sec ou martele, le saxitille, le jetBy le staccato, etc. L'emploi de I'archet a lui seul est dejii tout un art. On doit done reclamer de la main droite une souplesse incomparable, allant de Fextreme legerete a la plus grande vigueur.
Les deux mains concourent, chacune pour sa part et par des moyens difFerents, a la beaute et a la variete du timbre, cette preoccupation constants de tout virtuose. De leur parfait accord resulte I'equilibre de I'ensemble, la perfection de I'execution, dont la difficulte est telle qu'on n'oserait vraiment s'y attaquer, tant elle semble inaccessible lorsqu'on I'analyse de pres, si I'on n'avait pour exemple encourageant la quantite considerable d'instrumentistes qui sont parvenus a la vaincre parun labeur obstine, auquelvient tresrapidement en aide un instinct particulier, grace auquell'eleve n'apresque plus conscience du prodige d'adresse qu'il accomplit a tout instant.