Geyaert, Nouveau Traiie d' instrumentation
A I'iaverse des instruments a clavier, clont le mecanisme prodigieusement complique est I'oeuvre du facteur, I'instrunient a cordes n'en possede absolument aucun : une caisse en bois, quatre cordes en boyau de mouton, et une meche en crin de cheval, voila tout ce que I'artiste a en main pour produire les emotions les plus diverses. Si on compare le resultat obtenu avec la simplicite des moyens employes, on conviendra qu'il est stupefiant et phenomenal ; rien de plus vrai pourtant, et cette absence totale tie transmission mecanique, qui laisse la main de I'homme en contact direct et intime avec la corde vibrante, est justement ce qui produit cette impression de vie et de chaleur communicative qui est la caracterlstiquede ces instruments, et en fait la beaute remarquable. L'homme et Tinstrument arrivent a ne plus faire qu'un seulindividu, ou, plus exactement, I'instrument u'est qu'un organe de plus ajoute aux: organes naturels, qu'on arrive a tellement s'identifier qu'on le met en action, comme les autres, sous la seule influence de sa volonte, sans plus s'inquieter des moyens employes, et sans meme songer a les analyser; cela devient instinctif comme le seraitune nouvelle fonction vitale, on Joue aussi naturellement qu'on chanterait, et c'est a ce signe, a cet oubli complet de toutes preoccupations d'ordre materiel que I'artiste peut le plus surement reconnaitre qu'il est devenu definitivement maitre de son instrument. Jusque-la, il n'est qu'un simple apprenti.
En dehors de ses etudes, encore plus attachantes qu'ardues, dont nous allons esquisser le programme
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normal, il est assez bon que Televe s'habitue de bonne heure non sculement a accorder son instrument, mais a le soigner et a leniaintenir en bon etat, a y faire lul-meme certaines petites reparations courantes d'entretien d'une utilite perpetuelle, comme rem placer secundum artem uue corde cassee, remettre a sa place exacte le chevalet accidentellemeni deplace, assurer le bon fonctionnement des chevilles, etc., toutes choses qui ne doivent pas necessiler I'intervention du luthier, et qu'on arrive a faire beaucoup mieux par soi-nieme, surtout plus a son idee.
Plus tard, il devra s'exercer a reconnaitre et apprecier la valeur artistique, sinon la valeur commerciale, d'un bel instrument, adistinguer entre les ecoles et les maitres luthiers autrement que par I'etiquette, trop souvent fallacieuse, accolee au fond de la caisse sonore, a ne pas confondre un instrument ancien avec une imitation habile, a faire acte d'expert enfin, ne fut-ce qu'a son propre profit, afin de ne pas se laisser duper le jour ou, comme recompense de ses labeurs, il voudra se faire cadeau d'un instrument de prix, d'un chevalde bataille, supreme et lesfitime desideratum de tout ffrand artiste.
Le VioLON estpeut-etre I'instrument le plus difficile a tres bien jouer. Au debut, I'etude en est ingrate et irritante pour les nerfs; mais cela ne dure pas ainsi tres longtenips, et on arrive assez vite a une petite moyenne force; c'est lorsqu'il s'agit de la depasser et d'atteindre a laveritaljle virtuosite, que des efforts