J. Faure, la Voix et le Chant
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ce qu'est le mecanisme vocal, chose aussi precieuse pour tout instrumentiste que pour le compositeur. On sera done en bonne posture pour coutinuer ses etudes de musiclen en niodidant Icur direction, mais leur ayant assure, quoi qu'il en soit, une base solide at la meilleure de toutes.
Les maitrises dont parle Faure n'existent plus ou sont devenues dune extreme rarete'; il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de discuter sur I'opportunite de leur retablissement, car ce serait de la politique, mais rien n'empeche d'applic[uer leur programme (solfege, elements d'harmonie, chant, chant d'ensemble, piano, orgue) a tout enfant dont on desire laire un bon musicien et, s'il est possible, un chanteur dun vrai talent.
Voici comment s'exprime, an sujet des maitrises disparues, le Dictionnaire Larousse, peu suspect de tondresse pour tout ce qui touche.a I'enseignement rcligieux : « Les maitrises etaient autrelbis des eco- « les de musique attachees aux cathedrales, et dans (c lesquelles des jeunes gens et des enfants, eleves « et entretenus aux frais du chapitre, recevaient une « instruction musicale complete, et desservaient la « musique de la chapelle, soit comme chanteurs, soit « comme instrumentistes. Avant I'etablissement du « Conservatoire de Paris, dont la creation, ainsi que « cclle de I'Ecole des mines et de I'Ecole polytech- « nique, fut I'oeuvre de cette immortelle Conven-
1. On en compte six en France, subventionnees par I'Etat : a Langres, Monlpellier, Moulins, Nevers, Reims et Rodez ; en Allemagne, a Dresde et a Leipzig...
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( tion qui savtiit penser a tout, il n'existaiten France ( d'autres ecoles inusicales que les maitiises, et I'oa ( peut dire que e'est a dies que Ton doit les progres reels faits dans notre pays, en ce qui concerne la f musique, avant la Revolutiorj. Leur enseignement ( n'eluit point parfait, assurement, il etait menie
< lort incomplet, puisque, au point de vue pratique,
< il s'atlacliait exclusivenient a I'etude de la musique V religieuse ; il n'en est pas moins vrai que les mai- ; trises lournissaient meme a nos theatres un ffrand <- nombre d'artistes dun talent reel, et que tel ou tel ( chanteur renonime a du son education a tel ou tel ( (Hablissement de ce genre... II est certain qu'au ( point devue general ces institutions, disseminees ( et multipliees sur toute la surface du pays, ren- ( daient des services considerables, non seulement ( en raison de Tenseignement qu'elles propageaient, I mais aussi a cause du gout musical qu'elles deve- ' loppaient de tons cotes. »
Et voici, sur le meme sujet, I'opinion d'un des naitres de I'art francais : « C'etait la pepiniere d'oii ( Ton tirait tons les niusiciens, instrumentistes, ( chanteurs ou compositeurs. L'Eglise travaillait ( alors pour les theatres, et I'Opera ne se recrutait I que dans les maitrises, pour le personnel masculin. ( Quant aux chanteuses, elles se formaient delles- ( meme&. Les femmes ont la perception plus vive et ( le sentiment plus fin dans les arts d'imitation; ( elles apprennent mieux et plus vite^ »
1. Adolphe Adam, Soui>eiiirs d un musicicn [Notice sur J. -J. Rousseau).
II est certain aussi, pourrail-on ajouter, que ces ecoles, creees surtout en vue du chant lituioirnie et des besoins da culte, ne formaientpas des voix aiissi flexibles que celles de I'ecole italienne de la memc epoque, qui visait, elle, avaat tout, a produire des ohanteurs de theatre. Aussi leui-s ennemis ne trouvaient pas de paroles assez acerbes « pour fletrir cet <( enseignement du chant qui s'arretait a la mue de <( la voix )), ne tenant pas compte que, parmi ceux qui, apres ce sage temps d arret, « avaient conserve « leur voix, il s'en rencontrait bon nombre qui y ren (( traicnt alors coninie ohanteurs solistes on choristes « ou etaient employes dans les theatres ».
C'etait, au contraire, admirablement compris, les resultats etaient excellents, et Ton pent prendre cette antic^ue institution, si malheureusement demantelee, comme un modele presque parfait.
La mue passee, que Ton ait ou non appris a chanter anterieurenient, la premiere grosse question qui se pose, la question fondamentale, c'est de savoir si on se trouve en presence d'une voix utilisable. Ici, rien ne peut remplacer I'avis eclaire d'un professeur des plus experimentes ; il ne suffit pas qu'il sache tres bien chanter et qu'il ait un grand talent, il faut avant tout qu'il possede une longue pratique do I'enseignement et qu'il ait deja vu beaucoup de jeu-; nes eleves lui passer entre les mains, car rien n'est plus delicat et plus sujel a erreur que le diagnostic qu'on lui demande. Aussi doit-on rechercher en cette circonstance une veritable sommite de I'enseignement du chant, et n'accepter que sous benefice
triiivcntaii'c les appreciations sujettes a caution des professeurs de second ou troisieme ordre, qui vous trouvent toujours de la voix, ne serait-ce que pour avoir un eleve de plus et agrandir leur champ d'experiences ; et encore ne faudra-t-il pas s'etonner si le professeur tres serieux qu'on aurachoisi comme expert ne se prononce pas imniediatement, s'il demande a renouveler plusieurs fois I'epreuve a des jours plus ou moins eloignes, en prescrivant des exercices od hoc a effectuer dans I'intervalle, ou au contraire, selon les circonstances, un repos complet a observer, afin de pouvoir mieux juger, a chaque examen, du developpemeut de la voix et de son extension progressive, d'ou il pourra arriver a deduire ce qu'on pent en esperer dans I'avenir.
II faut saA^oir se soumettre a toutes ces exigences, qui peuvent avoir leur raison d'etre.
Car, il ne faut pas s' y tromper, une voix native, c'est-a-dire sortant de la mue, est presque toujours tres differente de ce qu'elle deviendra une fois cultivee, et il faut une tres grande sagacite, jointe a beaucoup d'esprit d'observation, pour prevoir a pen pres surement dans quel sens elle se modifiera par la suite, soit naturellement, soit sous I'influence de I'etude : les exemples sont tres frequents de tenors devenant, meme apres bien des annees, barytons ou basses- tailles, et des surprises de meme nature se presentent aussi chez les voix de femmes.
Mais ici nous anticipons ; revenons a I'examen d'une voix inculte. Les principales qualites qu'il lui faut deslrer sont un bon timbre et un certain degre
de souplesse natuvelle. La force et le volume augmentent avec I'age et Tetucle ; on arrive aisement, par ties procecles connus de tous les prolesseurs, a accroitre Teteudue et ii gagner plusieurs notes, sintout a I'aigu ; mais un mauvais timbre ne s'attenuo guere, et on ne pent developper la souplesse que si I'organe possede deja cfuelque elasticite naturelle. C'est done sur ces points qu'on verra plus specialement se porter I'attention du maitre es art du chant auquel on aura ete soumettre la situation, qui ne se preoccupera que secondairement de telle ou telle belle note grave ou aigue que I'eleve sei^a, au contraire, porte a lui exhiber comme un joyau; mais il examinera encore d'autres choses, la structure generale, la capaclte des poumons, la physionomie et la conformation de la bouche, qui out une graude importance pour remission de la voix, car c'est dans la cavite buccale que se forme le timbre.
II saura aussi tenir compte qu'une grande et puissante voix n'est pas indispensable, meme pour le theatre, contrairement a une idee assez o-eneralenient repandue, car on y voit tous les jours des voix moyennes comme intensite, mais joliment timbrees et distinguees, damer le pion a d'autres plus volumineuscs et depourvues de la seduction qu'exerce une bonne emission; il ne s'ensuit pas que le volume et la force soient ii dedaigner, mais ce nest pas la la chose principale, et c'est surtout par la qualite de son et par la bonne prononciation que la voix arrive a dominer I'orchestre et a porter jusque dans les recoins d'un vaste local. Ajoutons qu'un
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amateur sachant blen manler sa voix peut 6tre charmant et exquis dans les salons avec un volume tres restreint, et que la encore le plus desirable, c'est la purete jointe a la souplesse et a la clarte de I'artirulation.
Quand enfin il sera bien avere que toutes les conditions requises pour former un chantcur ou une cantatrice sont reunies, il s'agira de ne pas choisir un professeur a la legere, et de se mettre en mains sures.
Pour cela encore, on pourra avoir recours aux avis eclaires du meme grand professeur; car s'il est peu dispose a guider personnellement les premiers travaux des commencants, chose probable, il est assez vraisemblable aussi qu'il aura, parmi ses propres eleves ou dans son entourage, quelque jeune artiste eleve a bonne ecole qu'il pourra designer comme digne de confiance, tout en eonservant la direction oenerale et en surveillant de haut les etu-
des au moyen d'auditions largement espacees; et ce €ontr6le periodique sera en meme temps le meilleur des stimulants, aussi bien pour I'eleve que pour le professeur.
Si, pour quelque raison, on ne parvient pas a obtenir cette haute direction, il faudra, a plus forte raison, s'entourer de mille precautions et de conseils eclaires pour ne s'adresser, et a bon escient, qu'a un professeur tres prudent et precautionneux, car dans aucune espece d'etude, musicale ou autre, le choixd'un professeur elementaire n'a une importance pareille, ni meme approchante. II est facile de le comprendre
si Ton songe que sa mission lie consiste pas taut, dans les debuts, a vous apprendre a chanter, qn'a faconiier, a assouplir et quelquelois menie transformer Finstrument que la nature vous a livre a rrtat brut, et cela au moyen de quelques exercices simples, toujours tres simples, n'entrainant jamais aucune fatigue.
Si la moindre fatigue douloureuse se manifeste, c'est que le professeur est mauvais, ou qu'il ne vous convient pas, ce qui pent arriver et revient au meme. Si, au bout de deux ou trois mois, votre voix ne sest pas modifiee en quelque chose, dans le sens de I'amelioration, c'est encore que vous avez un proiesseur mal choisi, car les premiers progres doivent etre assez rapides. Dans un cas comnie dans I'autre, il vaut mieux en changer, et le plus tot possible encore, car rinfluence pernicieuse d'un professeur qui conduit mal cette premiere partle des etudes pent aller jusqu'a la perte totale de la voix, ce qui est irremediable.
Ce qui augmente encore la difficulte dans cette grave question du choix d'un professeur elementaire, c'est qu'actuellement, je ne sais pourquoi, tout le monde se dit professeur de chant, et les annuaires en fourmillent. D'abord, tons les accompagnateur& qui appartiennent a un cours de chant croient de bonne foi, par ce fait seul, avoir les capacites voulues; nul doute qu'ils pourront y parvenir, mais il leur manque au moins I'experience personnelle Je connais des violonistes, des pianistes, qui n'oiit jamais eu la moindre voix et n'ont jamais essaye de
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chanter, qui s'iiititulent hardiment professeurs de chant; d'antres se figurent qu'il suffit d'avoir un nom itallen on d'italianiser le sien. On volt par la avec (juelle sage circonspection il convient de proceder avant de confier un organe aussi delicat et fraofile qu'un larynx fraichement forme, a un professeur qui peut, par des exercices mal appropries, le deteriorer il tout jamais. On a dit quelquefois qu'un professeur lenime convient mieux aux femmes, et un homme aux hommes : cela ne me parait aucunement justifie, et beaucoup d'exemples me demontrent c|ue c'est chose absolument indiflerente, au moins quant a present ; plus tard, nous verrons. Ce qui importe essentiellement pour I'instant, et quel que soit le sexe de I'eleve, c'est d'avoir affaire a un maitre qui ait deja fait ses preuves, en formant de bons chanteurs, et qui ait lui-meme chante avec talent. Qu'il ait perdu ou conserve sa voix, peu importe en I'occurrence, car il n'aura que rarement a precher d'exemple, et il lui restera toujours assez de voix pour se ("aire comprendre. Toutefois, s'il I'a conservee, cela ne pourra etre qu'une bonne note, et prouver qu'il a su, au moins, bien se diriger lui-meme.
Le premier soin du professeur, dans les premieres lecons, doit etre de classer la voix, c'est-a-dire de determiner, au moins provisoirement, en vue de quel genre de voix il est opportun de s'exercer. C'est deja la une chose tres diflicile, puisqu'il est rare qu'a I'etat natif une voix se presente tout a fait franche, et les avis peuvent tres souvent differer : la oil un professeur verra un baryton, un autre trouvera I'etoffe
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cl'iin tenor. Deux choses seules peuvent giiider : rctendue et le timbre. L'etendue etant essentiellement modifiable par retudp, certains professeurs se basent uniquement sur le timbre; pourtant faut-il encore que ces deux facteurs ne soient pas en contradiction trop flagrante, d'oii des hesitations et des tergiversations parfois tres justifiees, meme inevitables, si on se trouve en presence dun organe qui se modifie par lui-meme, ce qui arrive souvent, comme nous I'avons dejii dit.
Nous n'entendons pas ici empieter sur les fonctions du proTesseur, ce qui serait assez illogique apres avoir declare son intervention indispensable; et d'ailleurs, on n'a jamais songe a donner des lecons de chant par correspondance. Nous nous bornerons a indiquer un procede d'expectative que tous ne connaissent pas, et qui pent etre employe utilement lorsqu'une voix douteuse ne se laisse pas facilement classer : c'est de la considerer momentanement, et jusqu a nouvel ordre, comme une voix moyenne, baryton chez I'homme, mezzo-soprano chez la I'emme, et de faire porter les exercices uniquement sur les notes du medium, lesquelles sont communes a toutes les voix; en essayant ensuite de temps a autre, avec de grands menagements, une note de plus, tantot au grave, tantot a I'aigu, on se rendra compte de la direction vers laquelle la tessitiire manifeste une tendance a s'etendre le plus naturellement, et ce sera une indication.
Un grand nombre de methodes modernes debutent par enseigner a I'eleve... I'anatomie du larynx.
Cela leur doiine iiu air tres savant et porte a croire que I'auteur a pris la peine de disseqner des gosiers; mais cela me fait relFet d'etre une connaissance absolument inutile pour I'eleve. II ne chantera ni mieux ni moins bien parce qu'il saura que la voix est due a la vibration sonore des cordes vocales, constituees par les muscles thyro-arytenoidiens. Quand on lui aura appris que dans la voix de poitrine les couches fibreuses et muqueuses de la corde vocale vibrent toutes deux, pendant que le larynx et le pharynx se contractent et que laglotte se serre, tandis que, dans la voix de tete, le larynx est relache, la glotte entr'ouverte, le pharynx detendu, et que la muqueuse dela corde vocale est seule vibrante, devra-t-il, pour donner une note de tete on de poitrine, s'attacher a produire sur sa gorge ces actions specialesPEt quand il saura par la physiologic que les fosses nasales, les cellules ethmoidales, les sinus maxillaires, frontaux et sphenoidaux, sont en communication avec sa bouche et contribuent puissamment a former le timbre de sa voix, saura-t-il mieux modifier ce timbre? Non, assurement. Aussi, selon ma conviction intime, toutes ces connaissances ne Taideraient meme en rien a comprendre les lecons d'un bon professeur, ni a pratiquer a son exempie une bonne respiration, une bonne emission de la voix et une bonne prononciation.
^ C'est comme si Ton pretendait apprendre a marcher aux soldats avec des commandements dans le genre de ceux-ci :
« Contractez votre biceps femoral ! »
« Relachez le triceps ! »
« Detendez les adductenrs ! ! ! y>
lis comprennent bien aiieiix :
« Une, de.usse^ une, deiisse, » surtout si le caporal veut bien joindre I'exemple a la parole.
Ceci fait penser a la scene de M. Jourdaiu avec son maitre de philosophie :
« Le maitre de philosophie. — « La voix* A se « forme en ouvrant fort la bonche : A.
« M. JouRDAiN. — A, A. Oui.
« Le maitre de philosophie. — La voix E se forme « en rapprocliant la machoire d'en bas de celle d'en « haut : A, E.'
« M. JcuRDAiN. — A, E; X, E. Ma foi, oui! Ah! « que cela est beau !
« Le maitre de philosophie. — Et la voix I, eii « rapprocliant encore les machoires I'une de I'au- « tre, et ecai'tant les deux coins de la bouche vers « les oreilles : A, E, L
(( M. JouRDAiN. — A, E, I, I, L Cela est vrai. (( Vive la science !
(c Le maItre de philosophie. — La voix 0 se « forme en rouvrant les machoires, et rapprochant « les levres par les deux coins, le haut et le bas : 0.
« M. JouRDAiN. — O, O. II n'y a rien de plus (( juste : A, E, I, O.
« Cela est admirable ! J, O, I, O.
« Le maitre de philosophie. — L'ouverture de la
l)ouche fait justement comme un petit rond qui