‹ L'éducation musicaleChapitre 45 sur 114 · Moliore, Ic Bourgeois qentllhomnie, acte H, scene vi · texte numérisé non relu

Moliore, Ic Bourgeois qentllhomnie, acte H, scene vi

quement, dira-t-on ; c'est possible; mais ce qui est certain, c'est qu'ils obtenaient des resultats que nous n'obtenons plus.

II est vrai de dire aussi qu'actuellement ce qu'on demande aux chanteurs n'est plus ce qu'on leur demandait alors. Dans ce temps, I'ideal du chant, c'etait une virtuosite quasi instrumentale, une aoilite inouie, comparable a celle de la flute, des trilles, des roulades, des gammes chromatiques, des arpeges, des ornements de tons genres, des gorgheggi^ , que les habiles chanteurs ne se faisaien! pas faute d'introduire dans le texte du compositeui , meme dans les situations les plus dramatiques, jusqu'au point de le defigurer et de le rendre entierement meconnaissable, dans le but unique et parfaitement avoue de mettre en relief leur prodigieuse habilete et de faire valoir leurs plus belles notes; certains avaient des traits favoris, des cadences ou des finales qu'ils adaptaient invariablement a tons leurs roles ; c'etait le regne du chant pour le chant, et la musique n'etait qu'un pretexte a la voltige vocale et aux gazouillements les plus elegants d'ailieurs, il faut le reconnaitre. Les compositeurs s'y pretaient avec une insouciance complete, et admettaient parfaitement cette collaboration du chanteur, pourvu qu'elle attirat indirectement le succes et les bravos sur I'oeuvre; certains operas de cette epoque le demontrent clairement; on ne peut guere y voir que des cane{>as destines a disparaitre sous des

1. Gorgkeggiare se dit en italien pour fredonner , gazouiller ^ lafacon des oiseaux.

fioritures sans iiombre, denaturant completcment la peiisce premiere cle I'auleur.

C'est a ce point que Manuel Garcia^, I'un cles derniers representants de cette ecole, intitule cvniquement : cles Clumgemenls, un des chapitres de sa methode, dans lequelon pent lire des choses comme cellcs-ci : ^< Les auteurs, en tracant leur idee, comp- « taient sur I'accent et les accessoiies que le talent « du chanteur saurait y ajouter... II est differents « genres de niorceaux qui, en raison de leur nature, « sont confies a I'inspiration libre et savante de « rexecutant... »

En ce beau temps du hel canto italien, oil la mission du chanteur etait bien differente de la conception actuelle, etudier un role consistait a I'ajuster \\ sa taille, en refaisant presque entierement la partie de chant de facon a mettre en relief la haute virtuosite de I'interprete.

Le sentiment ne venait qu'en seconde ligne : un artiste etait repute avoir du cceur quand il faisait un point d'orgue suffisamraent prolonge sur 1 uvantderniere note d'une phrase.

Peu importe, tout cela. Ce qui est certain, c'est que, pour parvenir a ce degre prodigieux d'agilite, qui etait alors le comble de I'art du chanteur, les Italiens possedaient des methodes admirables et savaient travailler patiemment pendant de longues annees, sans se casser la voix et sans la fatiguer.

L'art moderne a de tout autres exigences. II re-

Page 1