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Manuel Garcia, Traite compJet de l'art du chant

clame infiniment raoins de virtuosite, et, en revanche, il exige un respect de la note ecrite, une intelligence artistique, une concordance de sentiment entre le texte poetiqne et I'accent musical, une intensite expressive et emotive dont les beaux clunitcurs de la belle epoque italienne iaisaient le cadet de lenrs soucis. Nous cherchons plus a emouvoir et interesser qu'a emerveiller. Chez eux, c'etait le contraire.

II y a encore autre chose a considerer. On ne chante pas de la meme maniere dans tous les pays, et on ne le pourrait pas. La facon de chanter est intimement liee an genie des langues. C'est ainsi que I'art de la vocalisation, qui a atteint son plus haut degre chez les Italiens, dont la langue riche en voyellcs, en syllabes longues et breves, en accents rythmes, est deja presque une musique, n'aurait pu se developper chez I'AUemand, qui chante presque constamment sur des consonnes. Ces deux langues, si opposees par leur origine et par. leur sonorite, ne poavaient engendrer que deux ecoles de chant diametralement opposees. Tune energique et gutturale, I'autre souple et elegante ; les chanteurs francais, de race latine, se rapprochent plus de leurs confreres italiens, qu'ils se sont longtemps efforces d'imiter, y parvenant parfois ; aussi sont-ils volontiers portes a croire que les AUemands ne savent pas chanter, simplement parce qu'ils chantent autrement qu'eux. C'est tout aussi naif que s'ils croyaient qu'ils ne savent pas parler, parce qu'ils ne parlent pas francais. Un lied allemand devient aussi ridicule si on le

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chante clans le style italicn, que le scrait iine cava- i tine de Donizetti traduite en allemand. A chaque i idiome sa musique et son interpretation nationale. j C'est pour cela qu'une oeuvre traduite perd la moitie \ de sa saveur et de sa poesie; d'homogene qu'elle ■\ etait, elle devient heteroclite, et Tinterprete, quel i que soit son talent, surtout meme s'il a beaucoup de talent et de tact, setrouve desoriente et reste comme ; hesitant entre I'esprit du texte litteraire et le style , musical, qui ne sont pas d'accord entre enx. ;

Ceci explique parfaitement pourquoi I'art du chant, j essentiellement variable selon les divers langages 1 auxquels il est associe, ne pent etre enseigne de la j meme maniere dans tons les pays, ce qui serait une offense au bon sens, puisque les resultats a o])tenir ne sont pas les memes ; il est tout naturel que les professeurs francais, anglais, allemands, italiens... emploient des procedes differents, ayant a atteindre des buts dissemblables ; cela se comprend fort bien. Mais ce qui devient etrange, et ce c[ue je ne me charge pas d'expliquer, c'est le manque absolu d'unite dans I'enseignement du chant, et la prodigieuse diversite des methodes preconisees a cet eftet, qu'on rencontre a tons les pas, sans franchir les limites du territoire d'une nationalite determinee, quelle qu'elle soit. Prenons la France. II semble, n'est-ce pas, qu'il n'y a et qu'il ne peut y avoir qu'une seule et unique vraie facon de chanter en bon francais ; eh bien! tandis que, depuis bien longtemps, toutes les methodes de violon on de piano, non seulement de France, mais du monde entier, se ressemblent de

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