Rollin, Trailc des eludes
mene se produise a Tegard des sons musicaux? Le bebe qui n'aura jamais cnleiidu chanter autrement que faux ne pourra pas iniaginer a lui tout seul de chanter juste, done il commencera par chanter faux; son organe auditif, encore a Fetat de formation, s'habituera et s'accordera en quek[ue sorte avec cette facon de chanter; phis tard il continuera ainsi, n ayant aucune raison de faire diOPeremment. .. Et voila comme se font les voix fausses.
« L'education de I'homme commence a sa nais- « sance, )) a dit J. -J. Rousseau; « les premieres habi- « tudes sont les plus fortes, » a ecrit Fenelon. Or, quelles sont les premieres habitudes que peut prendre un enfant? Mai marcher ou mal prononcer, puisque ce sont les deux premieres choses qu'il apprend, et j'ajoute mal chanter, car il-s'amuse autant a fredonner qu'ii balbutier des syllabes. Montaigne etait du meme avis, et de facon plus explicite encore. Voici ce qu'il dit : « Je trouve que nos plus grands « vices prennent leur pli des notre plus tendre en- <( fance, et notre principal gouvernement est entre « Ics mains d'une nourrice. » Je crois que c'est assez clair, a moins que Ton ne veuille pas admettre que chanter faux, ou entendre faux, denote un vice de conformation.
Je trouve a ce sujet une anecdote charmante dans les Meinoires de Gounod, et je la reproduis textuellement :
« Ma mere, qui avait ete ma nourrice, m'avait cer- « tainement fait avaler autant de musique que de lait. <( Jamais elle ne m'alhiitait sans chanter, et je peux
« dire que j'ai pris mes premieres lecons sans m'en « clouter et sans avoir a leur clonner cette altcution <( si penijjle au premiei' age et si difficile a obtenir « des enfants. Sans en avoir conscience, j'avais deja « la notion tres claire et tres precise des intonations « et des intervalles qu'elles representent, des tout « premiers elements qui constituent la modulation, (( et de la difference caracteristique entre le mode « majeur et le mode mineur, avant meme de savoir « parler, puisqu'un jour, ayant entendu chanter dans « la rue (par quelque mendiant sans doute) , une « chanson en mode mineur, je m'ecriai : « INIaman, « pourqvioi il chante en do qui plore (pleure)? »
« J'avais done I'oreille parfaitement exercee, et je <■( pouvais tenir avantageusement deja ma place d'e- (( leva dans un cours de solfege, oiij'auraispu meme (( ctre professeur*. »
Par une concordance d'idees au moins curieuse, le celcbre professeur Zimmermann, qui devait plus tard devenir le beau-pere de Gounod, employait frequemment cette locution : « 11 faut savoir mocider '.( la musique a un enfant. »
J. -J. Rousseau raconte que lorsqu'il etait tout petit, une de ses tantes le bereait en lui chantant des chansons populaires : « Je suis persuade, ajoute- « t-il, que je lui dois le gout ou plutot la passion « pour la musique qui ne s'est developpee en moi <c que longtemps apres^. »
De tout ceci, nous pouvons considerer comme ac-