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LES DIVERSES ETUDES NECESSAIRES AUX COMPOSITEURS

Aucune etude, si savamment conduite qu'elle soit, ne peut aboutir a faire un compositeur digne de ce nom d'un individu qui n'est pas doue nativement de cet instinct tout special qui vous poi'te a creer, a inventer des combinaisons de sons, at qui s'appelle, a difFerents degres : avoir des idees,... avoir la laculte creatrice,... et enfin avoir le feu sacre, avoir du genie; car, il n'y a pas de doute, on peut avoir un peu de genie, de la facilite, de I'originalite, des lueurs de genie, ou avoir beaucoup de genie. II y a des petits genies et de grands genies ; ces mots s'emploient couramment. On peut avoir du genie sans s'en douter, quoique le contraire soit beaucoup plus frequent, helas! C'est undon naturel chez quelquesuns, comme chez d'autres le sens des chifFres ou la puissance magnetique; cela devient menie une fonction : Saint-Saens dit de lui-meme, sans songer un instant a se glorifier ou a en tirer la moindre vanite, qu' « il produit de la rausiqae comme un pommier

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<( produit des pommes », simpleincnt parce qu'il est constitue pour cela. Celui qui est doue de cette faculte eprouve,en effet, un bcsoin irresistible de produire, de creer de la musique, tout comme Tassassin professionnel eprouve Ic besoin de tucr quelqu'un, ou le chien de Terre-Xeuve celui de tirer de I'eau un homme qui se noie.

G'est pour cela que tant de jeunes compositeurs revelent leur vocation des I'enfance, comme nous I'avons dit prccedemment, par une propension a Jeter leurs idees sur le papier, ne sachant encore d'elements theoriques que ce qu'ils ont pu deviner. Les jeunes terre-neuve et les futurs assassins doivent aussi, de quelquc maniere, laisser pressentir leurs aptitudes. « La nature donne la force du genie, « la trempedu caractere et le moule du coeur ; I'edu- « cation ne fait que modifier le tout, » a ditBuffon.

Mais si nous sommes dans I'impuissance de creer a volonte de telles facultes, nous pouvons, dans une certaine mesure, tenter par I'education d'en develop" per le germe, a la condition toutefois que ce germe existe, fut-il minuscule, de meme que nous pourlions essayer de I'etoufFer, d'en empecher I'eclosion; «;ar s'il nous est possible de I'aneantir, de I'empecher de se manifester, ce qui n'est pas douteux, il est non moins certain qu'en mettant eu action des procedes inverses, nous devons pouvoir lui venir en aide. G'est meme peut-etre en examinant quel serait le plus mauvais bouillon de culture pour le microbe du genie a I'etat natif, que nous pourrons ensuite determiner avec certitude, d'abord ce qu'il

fauteviter, puis ce qu'il faut rechercher pour en favorlser la crolssance et I'epanouissement.

Parmi les plus mauvaises conditions, on peut ranger a coup sur I'habitation en quelque pays perdu, loin de tout centre intellectuel, I'lsoleraent ou la frequentation unique de gens vulgalres et totalement depourvus d'Instruction, I'absence de toute affection, la pratique d'un metier manuel de ceux qui n'exigent aucun effort d'intelligence, I'ignorance de toute manifestation d'un art quelconque, en un mot tout ce qui peut constltuer la vie la plus abrutlssante. Je crois fermenient qu'un jeune homme eleve depuis son enfance jusqu'a I'age de vingt-cinq ansdansde telles conditions, dlfficlles mals non Impossibles a rencontrer reunies, nedesolera jamais sa famille en manlfestant la fernie volonte de se vouer a la composition dramatique.

C'est done le contre-pled de cette education de brute qu'il convient d'adoptcr, de la facon la plus large, si Ton vent fournir a la divine faculte creatrice toutes les chances de se reveler et de s'affirmer, si Ton vent fournir a cette jeune gralne un bon terrain et I'engrals Intellectuel qui lui est necessaire.

Pour arrlver a ce resultat, II faut savoir mener de front, et parallelement aux etudes purement muslcales, des etudes lltteralres, scientifiques et phllosophlqucs, et les pousser le plus loin possible ; beaucoup lire, et plutot des livres serieux que des ouvrages frivoles; etudlerles grands poetes, proches parents des grands musiclens; connaitre les regies de la versification et de la prosodie, afin de savoir,

dans les ceuvies vocales, distribuer convenablement les accents et, les respirations; frequenter les musees,. apprendre a admirer le beau sous toutes ses formes, y compris la nature, qui nest pas la plus negligeable, et pour cola voyager, beaucoup vovager, comme le conseillait deja Montaigne, qui n'avait pas specialement en vue la musique : « Ce qu'il y a de « merveilleusement propre a I'edueation, c'est la « visite des pays etrangers pour frotter et limer no- « tre cervelle centre celle d'autrui ; » en voyageant, ce qui est plus aise aujourd'hui qu'au temps oil il le recommandait, il faut savoir s'interesser a tout, aux moeurs locales, aux usages, aux coutumes restees traditionnelles, aux costumes, a I'architecture, aux beautes naturelles, aux manifestations d'art, apprendre a apprecier les grands peintres et les grands sculpteurs de chaque pays, car on ne sait pas grandchose cpiand on ne sait que ce qui se fait chez soi, de meme qu'on n'est pas un grand sire si Ton n'« jamais touche qu'a la musique; rechercher les milieux intellectuels et la societe des artistes, ecouter leurs conversations, car je n'oserais affirmer que, dans une certaine mesure, le genie n'est pas contagieux ; choisir ses amis parmi ceux qui ont une forte culture intellectuelle, et s'interesser a leurs travaux, de quelque nature qu'ils soient ; aller souvent au theatre, non seulement dans les theatres de musique, mais aussi bien dans les bons theatres de tragedie, de comedie, de drame ; tendre, par tons les moyens qu'on pourra imaginer, a ouvrir de plus en plus son esprit, a elargir le champ de son intel-

lioence, a elever son ame : telles doivent etre les picoccupations coustantes de tous les jeunes musicieiis qui aspirent a devenir de verltables compositeurs, dans la haute et belle acception du mot.

II est bien certain que la plupart de ces notions pourraient etre considerablement abregees ou meme completement negligees, si Ton bornait son ambition a ecrire quelques piecettes legcres sans pretention au caractere artistique, comme une contredanse ou raocompagnement banal d'une chaiisonnette ; ceci, c'est I'argot musical, qui ne releve que de I'instinct et du bagout, et ne reclame aucune espece d'etude. II ne faut pas confondre Ic faiseur de musique avec le compositeur ; et nous n'avons ici en vue que ceux qui se sentent de nobles aspirations et qui veulent s'elancer vers les spheres elevoes de I'art. Or, pour ceux-lii, il n'y a pas un de nos conseils qui soit inutile. On pourrait croire, par exemple, que la recommandation de pousser a fond les etudes litteraires, la lecture des poetes, s'adresse specialement a ceux qui auiaient en vue d'ecrire pour le theatre; il n'en €St rien, car il n'est pas de style musical plus profondement philosophique que celui du quatuor a cordes ou celui de la symphonic, qui en derive, ou mieux, en est I'extension, si bien que certains quatuors semblent ^tre des reductions de symphonies, avoir ete penses pour I'orchestre. On pourrait croire qu'il est indifferent d'avoir beaucoup voyage pour produire de belles melodies : c'est une erreur, car, sans qu'il faille y voir une condition indispensable, bien souvent la contemplation d'un beau site monta-

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gneux, les incidents d'un voyage en mer, remotion produite par un saisissant phenomena de la nature, ou le souvenir qui en reste, sont la cause premiere de rinspiration d'une belle pensee musicale, qui en reflete la orandeur, le charme ou la couleur locale.

C'est un sentiment de ce genre qui explique I'envoi en Italic et en Allemagne, pendant trois annees consecutives, des laureats du prix de Rome, a quelque branche d'art qu'ils appartiennent, peintres, sculpteurs, architectes, musiciens. lis trouvent dans ces voyages, en outre de tout ce qu'on apprend en voyageant, I'occasion de se frotter, comme dit si bien Montaigne, avec d'autres artistes intelligents. L'inspiration pent prendre sa source en tout et partout; c'est done dans les esprits les plus cultives et les plus meubles qu'elle trouvera le plus frequemraent I'occasion de jaillir, a intensite egale de faculte geniale innee.

II est encore une etude dont je n'ai pas parle jusqu'ici, justement parce qu'elle s'impose d'une facon plus speciale a ceux qui veulent faire du theatre : c'est celle de I'histoire, dans laquelle je comprends celle dela mythologie, ou des mythologies et des legendes populaires. Lorsqu'on a a niettre en musique un poeme, il n'est pas mal de le comprendre; or, on ne le comprend que si on connait ses personnages, les raisons qui peuvent les porter a agir comme ceci plutot que comme cela, leur caractere,. leur importance, le role qu'ils ont joue dans I'histoire, I'epoque oil ils vivaient... II n'est pas mal de connaitre aussi les moeurs de cette epoque, afin de

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aie pas tourner en ridicule des usages qui, s'ils ne sont plus de notre temps, etaient alors infiniment venerablcs, alin de ne pas commettre des anachronismes et de ne pas faire de I'esprit a faux.

Au meme titre, la connaissance du latin n'est absolument necessaire qu'a ceux qui se sentent portes vers la musique religieuse; elle lacilite et eclaire pourtant toutes les etudes litteraires, et pour cette raisoQ pourrait etre recommandee a tons ; mais si la langue latine doit servir de texte, il est indispensable de la posseder, car on ne pent mettre en musique et ponctuer convenablement une phrase dont on ne saisit pas le sens mot a mot, ou des mots dont on ne connait pas les syllabes longues ou breves sur lesquelles doit porter I'accent. II faut done non seulement, en ce cas, savoir le latin, mais connaitre les regies speciales de la prosodie latine.

Enfin, si j'ajoute que, parmi les etudes des sciences, dont j'ai parle un peu brievement, celle de I'acoustique, quoique la moins avaiicee des sciences physiques, est la plus importante pour le compositeur, auquel elle ouvrira de nouveaux horizons, tant pour I'harmonie que pour I'orchestration, j'en aural fini avec I'enumeration des connaissances exterieures a la musique qui me paraissent necessaires pour I'etudiant compositeur.

Toutes ces choses, si on ne les etudie pas maintenant, il faudra y venir plus tard. Mieux vaut done s'en meubler I'esprit tout de suite.

II se pent que vous rencontriez des musiciens «;•rives qui vous diront de la meilleure foi du monde :

« A quo! bou vous encombrer de toutes ces etudes? On ne m'a jamais appris cela, a moi ! »

Avec ceux-la, mettez la conversation sur un point d'histoli^e, amenez-les adroitement a donner leur avis sur le cote caracteristique d'un poete, demandezleur Texplicalion d'un phenomene acoustique, soumettez-les enlin ii un petit examen ; et vous acquerrez bien vite cette conviction que si on ne leur a rien enseignc, c'est alors quils out tout appris a eux seuls, et quils seraient de force a en remontrer a des docteurs. Lamour de la lecture, le gout des conferences scientifiques ou litteraires, la conversation avec des gens instruits, auront reniplace cliez eux, une grande facilite d'assimilation aidant, les lecons et les etudes proprement dites. Pen importe comment ils out appris, et sils out appris sans effort, sans meme s'en apercevoir ; ce qui est sur, c'est qu'ils savent. Jamais vous ne verrez un ignorant etre un grand artiste.

Mais, m'objectera-t-on, avec un tel programme d'etudes, dans lequel il n'a monie pas ete question encore de technique musicale, de combien de temps faut-il done disposer? Une vie humaine n'y suffirait pas. — Si; en y mettant de la methode, et en n'etudiant pas tout cela a la fois. Chaque chose en son temps. Apres quelques annees consacrees aux lettres et aux sciences exactes, on passera a la philosophic et a la lecture des grands poetes, ensuite I'eleve, aijant appris a travailler , ce qui est toujours le principal, pourra etre livre a lui-meme et completer ses etudes par telle lecture qui lui conviendro, en la

cholslssant parmi les sujets deja ehauclies qui lui olTVcnt le plus d'attraits et sont, par cela menie, ceux qu'il a le plus d'interet a approfondir. Qnant aux voyages, ils trouveront tout naturellement leui' place aux epoques de vacances.

Les hautes etudes musicales sent tres longues, il ne faut pas se le dissimuler, quand on veut les faire solides et basees sur un roc inebranlable : « Le temps « ne respecte rien de ce qui a ete fait sans lui. » (Jc ne sais de qui emane cette pensec d'une profonde verite, mais J. -J. Rousseau, un pen paradoxal, trouve nioyen d'aller plus loin : « La plus grande faute « qu'on puisse commettre dans I'education, c'est de (( se presser ; I'essentiel n'est pas de gagner du temps, « mais d'en perdre. » Nous avons deja vu une conviction analogue exprimee en termes plus mesures par Ernest Legouve.) Le compositeur n'echappe pas a cette regie inflexible ; et comnic il ne pent pas consacrer tout son temps chaque jour a la musique seule, ce qui serait fastidieux et le conduirait au surmenage, il trouvera, au contraire, un derivatif et un repos relatif dans des travaux litteraires babilement varies.

II faut nieme qu'il sache se mcnager des moments de veritable recreation, de jeu, de distraction. Les meilleurs jeux pour lui sont les jeux de combinaison, parmi lesquels, en premier lieu, les echecs, le billard... et d'autres; mais j'insiste sur les echecs, qui habituent a reflechir et a prevoir, et dont les pieces, avec leurs marches diverses et les complications incommensurables qui en rcsultent, peuvent

ofFrir des analogies interessantes avec les parlies du contrepoint et les combinaisons sans nombre auxquelles elles donnent lieu. Comme exercices physiques, comme sports, I'equitation, et surtout I'escrirae, qui developpe singulierement I'esprit d"a-propos, oblige a penser vite sans le secours des mots, et constitue une gymnastique de I'esprit en meme temps que le meilleur des exercices du corps. En un mot, mettre en pratique cet excellent conseil : « Le grand « secret de Teducation est de faire que les exercices « du corps et ceux de I'esprit servent toujours de de- « lassement les uns aux autres » (J.-J. Rousseau); puis, souvent, comme detente complete, la simple promenade dans les champs, dans les bois, au bon air, selon I'avis paternel de ce bon Schumann, que je cite souvent, parce qu'il est, a mon sens, I'un de ceux qui ont le mieux compris le sujet que je tente de developper ici, Y education musicale, qu'il ne faut pas contondre avec V instruction musicale, que j'ai traitee clans d'autres ouvrages. Voici sa phrase textuelle : « Reposez-vous souvent de vos etudes musicales par « la lecture des bons poetes. Promenez-vous assidu- <( tJient (je trouve cette expression, se promener assl- « dument, absolument charmante ; elle represente si c( bien Failure de I'etudiant reveur!)dans la campa- « gne, dans les champs. »

Le tout est, ici comme toujours, d'eviter la fatigue, le surmenage intellectuel, ce a quoi on arrivera d'autant plus facilement qu'on introduira plus de variete dans les etudes, et qu'on ne restera pas constammp^t tendu vers une idee unique, la musique

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et toujours la musique, ce qu'il faut eviter, ne serait-ce que pour y revenir toujours avec un plaisir nouveau et toujours plus grand.

A present, ce nest plus a I'eleve lui-meme que je m'adresse, e'est a ses parents, a sa famille et a son entourage direct, a tous ceux qui lui portent interet^ pour les mettre en garde contre deux ecueils egalement pernicleux dont il tient a eux de le preserver. L'un est I'adulation, I'autre est rindifTerence. Le premier amene la fatuite, le deuxieme conduit au decouraeement.

II est detestable de creer autour d'un jeune compositeur une atmosphere d'admiration quand meme, de I'habituer, comme on le fait trop souvent, des ses premiers essais, a des eloges excessifs qu'il est toujours porte a prendre pour argent comptant, qui le grisent, le trompent sur la valeur reelle qu'il pent avoir, et ont pour tristes resultats de I'empecher de travailler d'abord, et de lui menager dans I'avenir de cruelles deceptions.

II est tout aussi mauvais de ne temoigner que froideur et indifference a ses travaux et aux productions qui en resultent; car s'il voit ses parents et ses amis s'en desinteresser et n'y pas porter attention, comment pourra-t-il esperer de la bienveillance et un accueil plus sympathique de la part des etrangers qui composent le public? J'ai connu un jeune Homme bien organise, ayant tout au moins une tres grande t'acilite de production, developpee par des etudes completes, qui, apres avoir consacre trois mois en-

tiers a la composition d'une oeuvre importante, avail un soir reiini les membres cle sa famille pour leur donner une audition intime. II n'en etait pas a la moitie, le malheureux, que I'un s'en va, I'autre s'endort, un troisieme prend un journal... II en aurait pleure. Du coup, il a renonce a la composition, et c'est probablement regrettable.

II faut savoir se tenir dans un juste milieu, temoigner de I'interet, se montrer indulgent, etre toujours pret a ecouter, encourager, ne crltiquer ou ne louer que si Ton a la certitude d'etre competent en la matiere, mais aussi eviter un enthousiasme qui ne trouverait pas d'echo au dehors, et porterait un commencant a se ranger prematurement parmi les genies incompris, a se poser en victime de Tart.

A cote du genie, il y a le talent.

Quand les deux sont reunis, I'artiste est complet.

II ne faut pas se representer le talent comme un diminutif du genie : ce serait une tres fausse conception. Ce sont deux choses absolument distinctes I'une de I'autre, aussi necessaires I'line que I'autre pour le compositeur, mais ne se ressemblant en rien.

Si le genie, ainsi que nous venous de le dire, est une faculte innee, un don de la nature, comnic le sont les yeux bleus ou les cheveux noirs, le talent, au contraire, s'acquiert de toutes pieces par I'etude, et n'est inaccessible a personne, sauf aux rares natures absolument refractaires a toute idee artistique.

Une comparaison me fera mieux comprendre :

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Pour devenir chanteur, il faut d'abord avoir quelque peu de voix; mais cela ne siiflit pas, il faut aussi :^pprendre a chanter. La voix, c'est le don ; savoir chanter, c'est ce qui s'acquiert. A rien ne sert d'avoir une belle voix, si I'on ne salt pas s'en servir; a rien ne sert de savoir chanter, si Ton n'n pas de voix.

De meme, pour devenir compositeur, il fats! d'abord avoir quelque peu d'inspiration ; mais cela ne suffit pas, il faut aussi apprendre a ecrire. L'inspiration, c'est le don ; savoir ecrire, c'est ce qui s'acquiert. A rien ne sert d'avoir des idees, si I'on ne sait pas en tirer parti ; a rien ne sert de posseder le talent, si I'ou n'a pas au moins un tout petit grain de genie a fertiliser.

Et, poursuivant notre parallele, de meme qu'on ne conseillera jamais Tetude du chant a celui qui est depourvu de voix, il est a peu pres inutile de se lancer trop avant dans les etudes longues et souvent arides du compositeur, si Ton n'a pas une forte presomption qu'on trouvera quelques idees a mettre au service de son erudition.

Nous ne reviendrons plus sur les etudes elementaires. II est bien entendu qu'avant d'entreprendre les hautes etudes il faut avoir un solide fonds de solfege, jouer deja assez bien du piano, mais surtout etre bon lecteur, et capable d'ecrire avec facilite ce qu'on entend, puisqu'il s'agira maintenant d'ecrire, non plus sous la dictee d'un professeur, mais sous la dictee de sa propre imagination.

Je ne crains pas d'insister ici de nouveau sur I'im-

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poi'tance de la pratique clu piano, parce que c'est pour des raisons nouvelles. Quand on forme un compositeur, on doit songer a tout ce qui lui facilitera lacarriere; or, le piano doit etre place ici en premiere ligne : c'est par lui qu'il arrivera a faire comprendre ses productions a un editeur, ii un directeur de theatre, qu'il pourra leur en donner un apercu ; s'il n'est pas assez pianiste pour cela, il devra avoir recours a un interprete, ce qui n'est plus du tout la meme chose. On connait le proverbe italien : Traduttore, tradilore^ \ jamais un tiers, quelque habile et bien intention ne qu'il soit, n'arrivera a faire saisir aussi intelligemment que lui les raille nuances de detail de son ceuvre, a lui donner I'allure et la couleur desirees, a les faire penetrer dans I'esprit d'un chef d'orchestre. II est bon aussi qu'il puisse accompagner ses chanteurs et les faire repeter, car c'est ainsi qu'il les stylera le mieux et arrivera a leur inculquer ses idees, ce que ne pourrait faire le meilleur accompagnateur, qui n'en est pas imbucomme lui. Le piano est pour lui une force, un outil precieux, un auxiliaire incomparable, dont il lui faut acquerir le maniement en temps utile, c'est-a-dire pendant sa premiere jeunesse. Sinon, il le regrettera toujours.

(c La pratique de cet instrument m'a manque sou- « vent; elle me serait utile en maintes circonstaii- « ces, )) a ecrit Berlioz^ a une epoque oil sa carrierc etalt presque terminee, et oil il avait pu se rendre

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