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qualite negative, qui ne mene a ricn, inutile : ni Rossini, ni Gounod, ni Ambroise Thomas, ni d'autres grands compositeurs, avec lesquels j'en ai parle frequemment, ne la possedaient a aucun degre. II me parait pourtant indubitable qu'elle ne pent s'allier qu'a une oreille parfaitement juste en ce qui concerne les rapports des sons entre eux, chose, cellela, indispensable.

Revenons a nos moutons. — Une autre maniere d'entendre intelllsfemment un concert, c'est de se procurer au prealable la partition de ce qu'on doit entendre, la dechiffrer chez sol, I'emporter au concert, suivre attentivement, et en rentrant se la rcjouer. De meme pour les seances de niusique de chambre ; il existe, pour tons les quatuors classiques, des petites editions diamant faciles a mettre dans la poche, et qui decaplent, pour celui qui sait bien lire, le plaisir de I'audition. Pour les symphonies classiques, Beethoven, Mozart, Haydn et Mendelssohn , c'est egalement la partition d'orchestre qu'il faut se procurer, afin d'apprendre des lors a discerner le timbre de chaque instrument. (Encore un bon petit conseil de Schumann : « Penetrez de « bonne heure dans le ton et le caractere de chaque « instrument, accoutumez votre oreille a'distinguer « le coloris qui lui est propre. » Remarquez bien qu'il dit : de bonne heure.) Ce sera precieux lorsqu'on s'occupera plus tard d'orchestration.

Employees ainsi, les deux heures que dure un concert seront plus instructives que n'importe quelle lecon.

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Moins utiles pour le moment sont les representations theatrales, qu'il ne faut pas negliger completement, mais pendant lesquelles I'esprit est trop occupe d'autres choses pour pouvoir s'attacher a ces details d'analyse purement musicale. Leur tour vicndra a son temps.

G'est ici le moment d'expliquer le chevauchement des etudes dont j'ai deja dit un mot.

Lorsqu'on commence I'etude de Fharmonie, il est bon de continuer, au moins pendant un certain temps, celle du solfege, puisque nous avons etabli quelle ne serait jamais poussee trop loin ni prolonoee trop longtemps. De meme, quand on est deja parvenu a une certaine habilete d'ecriture par la pratique de Fharmonie, on pent sans inconvenient entreprendre conjointement, mais a petite dose, celle du contrepoint.

Le moment opportun est assez difficile a preciser, car il depend tout a fait de la nature personnelle de I'eleve, de son caractere et de son temperament. Le professeur, qui a pu juger de cela, est seul capable de le determiner. En somme, c'est au moment oil Feleve, connaissant deja depuis plusieurs mois tout I'ensemble des principes, commence a savoir les appliquer judicieusement, avec facilite et elegance, a ces exercices d'ecole connus sous le nom de chants donnes et basses donnees, quel que soit leur style, soit de forme classique, soit de forme moderne. Commencer le contrepoint plus tot que cela, serait une faute, et voici pourquoi : ses regies, tout en n'etant

pas les memes que celles de rharnionie, qui en derivent, ont pourtant de nombreuses analogies; et si on en commence I'etnde avant que les premieres aient eu le temps de se fixer inebranlablement dans I'esprit, on court grand risque qu'une confusion ne se produise entre celles-ci et celles-la, rendant les unes et les autres inintelligibles, ou leur enlevant la precision qui fait leur force, au grand prejudice des progres de I'eleve, qui s'v embrouille tout simplement. C'est done au professeur seul qui! appartient de prendre une telle responsabilite, je le repete, parce que I'eleve ne pent etre juge de cette question; il est trop mal place pour se voir luimeme.

Mais cjuand cette double etude est eutreprise en temps convenable, le contrepoint devient, au contraire, un auxiliaire precieux et incomparable pour le parachevement des etudes superieures d'harmonie. On va le comprendre de suite.

Tres souvent on a fait ces deux comparaisons: « Le contrepoint est, par rapport a I'harmonie, ce que la syntaxe est a la grammaire; » ou « Le contrepoint est a Tharmonie conime I'algebre a I'arithmetique. » Les deux sont fausses, car la svntaxe ne servirait a rien si Ton ne connaissait pas d'abordl la grammaire; et I'algebre, avec ses formules et ses equations, serait impuissante sans le concours de I'arithmetique pour les resoudre ; tandis que le contrepoint forme a lui seul un tout complet, et qu'on pent fort bien I'apprendre sans savoir le premier mot d'harmonie, comme cela se tait souvent en Alle-

magne, et comme cela se faisait necessaireaient partout, avaiit que les theories harmoniques se fussent etablles et repandues, avant qu'elles existasseut nieme en germe. J'aime infiniment mieux cette troisieme comparaison, qui a pour elle I'avantage d'une verite historique indiscutable : « Le contrepoint est line langue musicale moj-te, qui a donne naissance a la langue musicale vivante de nos jours. »

Les musiciens actuals out done le menie interet a apprendre le contrepoint que les Francais, les Itallens et les Espagnols, peuples d'origine latine, trouvent a apprendre le latin. lis ne comprendront jamais si blen le genie de leur propre langue, ne la parleront et ne I'ecriront jamais si purement que s'ils ont etudie la langue mere; c'est la que reside la veritable utilite pour tout compositeur ayant I'ambition d'ecrire des oeuvres de caractere eleve et solidement construites.

On ne peut se faire une idee absolument exacte de ce qu'est le contrepoint, sans I'avoir quelque pen pratique soi-meme; je voudrais pourtant que mes lecteurs entrevoient au moins la verite. C'est pourquoi je demande qu'on me permette encore une autre comparaison, qui sera peut-etre mieux comprise par quelques-uns, surtout de ceux qui cultivent les arts du dessin : « Le contrepoint est en miisicjue ce (jiie la maniere des primitifs est en peinture. » Les grandes et admirables oeuvres en pur style de contrepoint par Palestrina, Orlando Lasso, Arcadelt, Clement Jannequin, Vittoria, Allegri... et autres de leurs contcmporains ont quelque chose de la

naivete, de la raideiir et de la inaladresse dans les procedes, mais aiissi de la sincerite et de la conviction profondes des adinirables tableaux des primitifs italiens, Cimabiie, Giotto, et des pi'emiers grands peintres de la Renaissance italienne, Ghirlandajo, Lippi et Botticelli, etc., si passionnement interessants et attachants a etudier quand on pent le faiii^ a loisir dans les miisees de Florence. Comme eux aussi, ils ont presque toujuurs pour sujets des textes rellnieux, compris et interpretes a la lacon dii moyen age.

« An commencement de Tecole allemande, » dit Th. Gautier , « nous retrouvons le (aire sec, peine, « minutieux, hieratique, pour ainsi dire, qui est « commun a tous les artistes primitifs. » Un musicien ne saurait s'exprimer en termes plus vrais.

L'art robuste et ingenu des primitifs est mort, tout comme Test le style du contrepoint, mais I'uu et I'autre ont donne naissance a d'autres manifestations artistiques, qui n'auraicnt pu exister sans eux et leurs fertiles tatonuements, et ont produit, avec !a suite des annees, des oenies comme Michel-Ano-e, le Titien, Leonard de Vinci, Raphael, Paul Veronese, Rubens, Velasquez,... Seb. Bach, Gluck, Mozart, Beethoven, Rossini, Berlioz, Wagner, et les grands maitres modernes, laissant ainsi derriere eux des traces imperissables.

Voila ce que c'est que le contrepoint.

An point de vue technique, la grande difference qui existe entre lui et la theorie harmonique, c'est que cette derniere se base sur I'existence di accords

tout constitues, et sur les combinalsons qu'ils peuvent former entre eux, tandis que le contrepoint, partant d'un point plus rudimentaire, envisage tons les agencements auxquels peuvent donner naissance des notes groupees simultanement deux par deux, trois par trois, etc., et c'est de la qu'il tire son nom, puncium contra punctiini, point contre point, le mot point etant pris ici dans le sens de note.

Pour I'harnioniste, la niatiere premiere, c'est I'ac- €ord ; pour le contrapuuctiste, c'est la note. A vrai dire, le contrepoint est le plus ancien comme le plus venerable des systemes d'harmonie, et I'harmonie n'est pas autre chose que du contrepoint modernise. Toute personne qui tente de faire marcher ensemble deux notes, qui ebauche le moindre fragment d'accompagnement d'un chant, fait a son insu du contrepoint, tout comme M. Jourdain faisait de la prose; il n'y a done pas lieu de s'en elFaroucher outre mesure.

Le contrepoint rejette les accords plaques ou arpeges; les formules regulieres et rigoureusement symetriques lui paraissent plates et sans interet, banales; il recherche avant tout la marche independante des parlies et se complait dans les ingeniosites, qu'il pousse meme parfois jusqu'a la puerilite ou a la chinoiserie; il lui faut toujours et toujours de la variete, comme dans I'architecture gothique, ou pas un chapiteau, pas un detail d'ornement, d'encadrement de fenetre, ne se trouve repete, et que cette variete ne nuise pas a I'unite; toujours de I'inAention, des dessinsnouveaux et des richessesnouvelles.

des voix qui semblent s'interroger et se repondre avec esprit, qui se poursuivent, se chevauchent et s'enchevetrent sans jamais retomber deux fois dans des combinaisons absolument identlques, telle est ['essence meme du contrepoint, dont la plus haute expression, la forme la plus parfaite, est la fugue, aiusi que la comprenait Sebastien Bach, qui a marque le point culminant de cette epoque.

Toutes les etudes de contrepoint convergent vers ce but unique : arrivera ecrire correctement la. fugue. « II ne pent done y avoir de meilleure etude pour un {( jeune compositeur. II y apprendra a presenter et « developper ses idees avec puissance, souplesse et « ingeniosite^ » G'est par I'etude du contrepoint qu'on apprend a connaitre les plus savantes combinaisons musicales, ainsi que I'ai't de tirer le plus grand parti possible d'une idee, d'un motif, qui prend ici le nom de sujet. G'est dans la fugue qu'on trouve, plus que partout ailleurs, le modele de la belle ordonnance et de I'equilibre de toutes les parties d'une composition musicale, de quelque envergure qu'elle soit, et aussi quel que soit le stvle dans lequel elle est concue, fut-ce le style ie plus moderne et le plus avance. Bien fous ou mal instruits sont done ceux qui se hgurent que toutes ces regies et tons ces principes sont de nature a entraver le genie; ils peuvent I'endiguer, ce qui est bien autre chose. II deviait leur suffire de constater que tons les plus celebres compositeurs qui font I'objet de leur admiration etaient

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