Th. Dubois, Tiaite de contrepoint et fugue
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et sont encore de forts contrapunctistes, en m^me temps que d'hablles harmonistes; Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Cesar Franck, Richard Wagner, Massenet, Saint-Saens, pour n'en citer que quelques-uns, se sont fortement nourris et impregnes de ces solides etudes retrospectives, dont toutes leurs oeuvres portent la magistrale empreinte, ce qui ne les a nullement genes pour conserver et affirmer hautement leur personnalite propre, pour aller de I'avant.
A-t-on jamais songe a pretendre que I'etude de la litteralure grecque ou latine, que la lecture de Sophocle, d'Eschyle, d'Euripide, d'Horace ou de Virgile soit de nature a porter prejudice a I'originalite des jeunes ecrivains, qu'ils soient poetes, prosateurs ou auteurs dramatiques ? Ce ne serait ni plus ni moins absurde, ce serait la meme chose. Ce serait attribuer a I'ignorance une vertu qu'elle ne possede point, decerner une prime a la paresse et a I'insouciance.
Et, malheureusement, c'est une idee tres accreditee dans le monde des amateurs; on se figure que, des le moment qu'on a des idees, on n'a qu'a prendre une plume et les jeter sur le papier, sans se preoccuper de ce qu'ont pu faire nos anciens.
J'ai entendu de mes propres oreilles un jeune compositeur mondain tenir ce ravissant propos de table : « Moi, on me payerait pour faire du Bach, que je n'en ferais pas! » J'ai entendu aussi un jeune peintre, habitant Rome depuis plusieurs mois, se vanter hautement de n'avoir jamais mis les pieds dans un musee. C'etaient deux imbeciles.
Loin cle la, on doit connaitre ses classiques a fond, les admirer dans tout ce qu'ils out d'admirable, s'attacher a penetrer profoudemeut leur genie et leurs procedes, leur facture, et ne jamais craindre que cette connaissance vous incite a autre chose que ceci : le desir de devenir createur comme eux, ce qui est peut-etre la meilleure faoon de provoquer I'eclosion des idees, de solliciter et exciter la secretion de la pensee. « L'influence des maitres est une veritable « paternite : vouloir se passer d'eux est aussi sense « que pretendre etre pere sans avoir ete fils^ . »
Dans le meme ordre d'idees, uous dirons qu'a ce point des hautes etudes, s'impose encore plus energiquement que par le passe I'obligation d'entendre beaucoup de musique de tons les styles : style religieux (I'art religieux catholique a produit des mei'veilles, infiniment trop delaissees de nos jours), style symphonique, style dramatique, et de tons les temps, des modernes comme des classiques, car on a le devoir ^(^ ne rien ignorer. « S'il n'y avait qu'une « ecole et qu'une doctrine dans I'art, I'art perirait « vite, faute de hardiesses et de tentatives nouvel- « les^. » II faut done frequenter les eglises, les concerts et les theatres de musique. Quand on va au theatre, surtout pour entendre un ouvrage que Ton ne connait pas encore, il faut d'abord en avoir lu la partition en entier, de preference a la table, si Ton est parvenu a ce degre de perfection qui consiste a entendre par les yeux (« II faut vous rendre capable