‹ L'éducation musicaleChapitre 67 sur 114 · Mozart, Correspondance · texte numérisé non relu

Mozart, Correspondance

les estaminets de Vienne, de Prague et de Munich, oil il aimait fort a jouer au billard en fumant la pipe, et coniposant dans sa tete.

Rossini, je puis en temoigner personnellement, composait a pen pres constamment et de toute facon. rarement au piano, ie plus souvent le soir ou la nuit, et, comme Mozart, trouvait souvent I'inspiration en voiture ou en chaise de poste; dans les cahots irreguliers de ces vehicules, il percevait des rythmes, et de ces rythmes naissaient des melodies. Nul doute qu'il n'etit pu en trouver dans la trepidation du chemin de fer, s'il avait ose essayer; mais il avait unc lellc frayeur de ce mode de locomotion, qu'on n'a jamais pu le decider a mettre le pied dans un wagon. Qui sait si I'automobile ne va pas devenir une nouvelle source d'inspiration?

Haendel, I'homme aux conceptions grandioses, etait loin de mepriser I'appui dune bonne bouteille de tres bon vin.

Gluck prel'erait le champagne, et composait en gesticulant violemment, en marchant et en mimant tons ses personnages, souvent au grand air, dans un jardin, sur une pelouse.

BeetJw^en, lui aussi , trouvait indubitablement dans le mouvement et dans la marche un auxiliaire puissant a I'inspiration. Quelle que fut la saison, tous les jours, apres son diner, qui avait lieu a une heure, selon la coutume viennoise, il partait en promenade et faisait a grands pas deux fois le tour de la ville de Vienne; ni froid, ni chaud, ni pluie, ni gicle, rien n'etait capable de I'arreter. C'est alors

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que sa verve attcignait toute son ardeur; il semble que le mouvement de ses jambes etail utile a I'activite de son genie. Quand il habitait hi campagne, il se promenait souvent des journees eiitieres, touiours seul, et dans les lieux les plus agrestes et les plus solitaires. « II composait en marchant, et <( n'ecrivait jamais une note avant quo le morceau « dont il avait le plan dans la tete ne Tut entierenient « aclieve'. » Sa pensee s'elaborait leni-ment, laborieusement, et ses themes, meme ceux c|!ii se presentent sous I'aspeet le plus simple et le i)lus naturel, etaient bien des fois remanies par lui avant qu'il ne s'arretat a leur forme definitive, ainsi qu'on peut s'en assurer en [larcourant ses manusc its, reunis a Bonn dans sa maison natale ; mais b rsqu'il etait fixe, tout I'ensemble de la composition \.ut saisi par sa puissante intelligence. Aussi etait-.! d'une distraction inouie : il entrait dans un res' lurant, s'asseyait un instant, et demandait I'additi a au garcon stupefait, sans avoir rien commande. ^! inaladresse etait prodigieuse, « il cassait d'ordina e toutes les <{ choses auxquelles il touchait; aucun meuble chez « lui, et moins que tout autre un mei: >!e de prix, « n'etait a I'abri de ses attaques, et . ien des fois « son encrier tomba dans le piano aup s duquel il « travaillait^, » lequel, religieusement unserve au musee de Bonn, en conserve des traces indelebiles. Bien qu'ayant toujours vecu au milieu le la haute aristocratic viennoise, oil la danse de salon etait fort

1, Fetis, Biographic ujiiverselle des miisiciens,

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