W. de Lenz, Beethoven et ses trois styles
en honneur, « il ne parvint jamais a danser en niece sure ' )) .
Herold composait en se promenant, fredonnant ou cliantonnanl. soiivent aux Champs-l'^lysees, et croisait iinnian(| lablement sans les I'econnaitre sos meilleurs amis.
Gounod CO nposalt snrtont a la table, ou du nioins de tete : quand il ecrivait, tout etait absolument net dans son ceiveau; ses manuscrlts en temoignent. II avait constamment avec lui ou pres de lui un calepin sur lequel il jetait au vol ses idees, a mesure quelles avaieiil pris forme dans son esprit, cela en toute circonslance, meme a table; il ne senible pas qu il ait cii d .icnres de predilection, mais il est certain qu'il ne travaillait pas la nuit, au moins dans les derniers temps de sa vie, mais de preference apres diner et tres avant dans la soiree. Dans son vaste et imposant cabinet de travail, il avait un grand orgue de Cavaille-Coll, un piano a queue grand format d'Erard, et un piano-bureau de Pleyel qui lui servait sou vent de table a ecrire.
Wagner aimait a ecrire debout, devant un grand pupitre-table, comme ceux des comptables de magasin ; ses partitions etaient ecrites sans rature, dune superbe ecriture calligraphique, admirable de nettete et de fermete, digne d'un copiste de profession.
Be/'Iioz, qui ne pratiquait comme instruments que la guitare, la flute et le flageolet, travaillait necessairement a la table.
]. Ferd. Ries, eleve de Beethoven.
29i V EDUCATION MUSICALE
Cesar Franck, qui fut un chef d'ecole, ne composait guere qu'a partir de neuf heures dn soir, occupe quil etait a pen pres toule la jouinee par ses lecons et autres devoirs professionnels, et continuait assez avant dans la nuit; merveilleux improvisateur, il travaillait de preference au piano, et commencait toujours, comme pour se mettre en train, par se jouer a lui-meme plusieurs ceuvres de compositeurs contemporains possedant sa predilection, parmi lesquels assez souvent C.-V. Alkan, musicien fort peu connu de la generation actuelle, niais dont les ceuvres pour piano, ingcnieuses et solidenient charpentees, meritaient infiniment mieux que cet oubli. 11 ecrivait d'abord sur une double portee de piano, en reservant une troisieme ligne pour noter quelques dessins caracteristiques d'orchestre; il faisait ensuite un brouillon complet au crayon, le retoucliait minutieusement, et enfin ecrivait a I'encre la partition definitive.
Meyerbeer travaillait d'une facon reguliere le soir, et son domestique avait I'ordre de I'arracher du piano il minuit sonnaut.
Schumann nadmettait pas que Ton composat autrement qu'a la table; il travaillait un peu le matin, un peu le soir, mais il murissait et combinait longuement ses ceuvres avant d'en jeter une note sur le papier, et en essayait des passages au piano.
Mendelssohn, au contraire, en sa qualite d' admirable improvisateur, employait beaucoup le piano. et prefer ait le travail du matin.
Amhroise Thomas, lorsqu'il etait celibataire, avait
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fait percer un tout petit trou dans sa porte, a la hauteur de I'oeil, par lequel il pouvait voir qui sonnait, et il n'ouvrait guere qua ses collaborateurs ou a ses eleves preferes; quand on penetrait cliez lui, vers huit heures du matin, on voyait toujours sur son piano, ecrite au crayon, de la musique en train, qu'il mettait soigneusement de cote des votre arrivee. D'oii Ion peut supposer qu'il travaillait le matin... et peut-etre aussi le soir. C'est tout ce que i'en sais de cette epoque. Dans son age mur et dans sa vieillesse, il portait toujours sur lui des carnets de papier regie sur lesquels il notait les pensees qui se presentaient a son imagination; au milieu d'une promenade, d'une conversation, d'un repas entre intimes, on le voyait cesser de causer, son regard se voilait,... et il tirait de sa poche un petit carnet- Quant au travail suivi, a I'ecriture proprement dite, il tenait a I'isolement complet, et preferait de beau coup la nuit, aussi bien a Paris qu'a la campagne. 11 composait souvent au lit, mais souvent aussi il se levait et reslait au piano plusieurs heures. Detail interessant : il n'a jamais passe un jour sans faire, en se levant, apres quelques exercices de gymnastique hygienique, une heure de gammes, d'exercices et d'etudes, toujours les memes, de Moscheles, Hummel et Chopin, son auteur de haute predilection.
Auber travaillait generalement la nuit, et tres tard, jusqu'a deux ou trois heures du matin, afin d'eviter les bruits du dehors. Sa vieille servante Sophie, qui soignait le linge, n'aimait pas les orgues de Barbarie ; elle a dit un jour a Auber devant moi :
«. J'ai les orgues de Barbaric en horreur, j'aime encore mieux le bruit que vous faites la nuit aveo votre piano. » Cette sortie a beaucoup fait rire M. Aubcr.
Lorsque les exigences de sa vie tres mondaine I'oblieeaient a abandonner son travail du soir, il se levait a cinq heures du matin, et travaillait jusqu'a onze heures.
Halevy avait une table-piano qu'on lui avait faite chez Pleyel. II causait volontiers tout en orchestrant ; de temps en temps il tirait son clavier, y Irappait quelques accords, puis le repoussait comnie on fait dun simple tiroir, et continuait a ecrire.
Bo'ieldieu aussi ecrivait au piano
Felicien David, etant pen pianiste, s'aidait parfois de son violon.
Adolphe Adam^ dont le clavier, du cote de la main droite, etait crible d'innombrables taches d'encre, travaillait presque toujours a son piano a queue; il jouait huit, dix, douze mesures, puis les ecrivait.
Bizet travaillait surtout le soir, et plus encore la nuit ; il se servait souvent d'un piano- bureau de Pleyel, comnie du reste Gounod et H.iievy.
G?/?7-«»c? travaillait des son lever, qui avait lieu... au plus tot a midi, au plus tard a qua tie heures; il continuait jusqu'a six heures, s'interiompait pour diner, et se remettait a I'oeuvre jusqu'a une heure avancee de la nuit. 11 se servait aussi du piano, mais seulement comnie controle, apres avoir ecrit sur sa table.
Leo Delibes avait installe sa table de travail a cote
de son piano droit, dans unc niansaide assez silencieuse et coniortablement capitonnee, au-dessus de son appartciuent.
Massenet ne compose que le matin, de cinq heures a neuf hcures, et a la table ; a neuf heures, sa journee de compositeur est finie...
Mais ne cwnimettons pas d'indiscielions a I'egard des illu sties compositeurs vivants, et laissons-les travailler ;t lour guise.
Je me suis laisse dire que quelques anciens avaient des habitudes bizarres :
Cimarosd, par exemple, a I'oppose de tous les autres, qui i echerchent le calme et le silence, trouvait une excitation a sa verve dans les lumieres et le bruit.
Paesiel/o ne se sentait jamais mienx inspire qu'enseveli sous d'epaisses couvertures.
Sard, dit-on, ne composait guere que dans une profonde obscurite.
MehttJ, bii, mettait son plalsir a placer sur son piano, en face de lui,... une tete de mort!... ce qui nous porte a penser que celui-la ;i:issi ecrivait au piano, sans quoi il lui eut ete proiablement plus agreable de la poser sur sa table.
De ces derniers, je ne reponds pas; je ne tals que repeter ce qui ma ete dit. Pourtant. des excentricites analoouts et bien connues out existe chez bien des ecrivains ou des maitres de la p;irole : c'est Balzac ne travaillant que de minuit ;i midi; Buffoii, comme Haydn, nous I'avons deja (lit, en habit de cour, en manchettes de dentelle et poudre; Milton,
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qui n'ecrivait avec plaisir qu'en entendant de la nmsique, tout ce qu'il y a de plus genant au monde; enfin le grand predicateur Bourclaloue, qui aimait a jouer du violon avant de monter en chalre, et n'etait jamais plus eloquent qu'apres s'6tre livre a cet entrainement.
Chaque maitre a, comma on voit, sa facon particuliere d'appeler sa muse. S'il en est ainsi chez eux, pourquoi n'en serait-il pas de meme pour les debutants compositeurs? Puis il y a bien des choses qu'on pent faire sans son concours immediat et sans sa presence perpetuelle : tous les details materiels de I'orchestration, qui ressortissent plus au talent qu'au genie, les mille petites retouches partielles, qui ne sont que du metier,... que sais-je?
On trouve toujours le moyen de s'occuper utilement en attendant qu'elle arrive, les jours oil elle est en retard, et cela I'attire bien souvent de a'ous voir attele au travail. Tous les moyens sont bons ; le resultat final est seul a considerer.
L'obligation de ne composer que le soir se fait surtout sentir pour les artistes habitant un quartier bruvant d'une grande ville. A cette heure, on n'a plus a craindre les visites importunes et les derangements de tous genres ; les bruits du dehors se sont apaises ; on se sent assure de sa tranquillite, on n'a meme pas la crainte d'etre derange, cette crainte presque aussi perturbatrice que le derangement luimeme. Le compositeur a autant besoin de calme et de silence que le peintre de lumiere ; or, de meme que le peintre saccommode dps beures que le soleil
veut bien lui accorder, ie musicien doit savoir profiler, pour s'isoler, des heures silencieuses, et ecarter de son esprit, s'il se pent, toute pensee etrangere a son art, toute cause de distraction, de tourment ou de souci. « La preoccupation est la mort de I'occupation, )) a dit Gounod, dont les belles pensees, toujours profondes, ne sauraient trop etre meditees; il faut savoir la chasser a tout prix et s'efforcer de coiicentrer toute lattention sur le but a atteindre. Cest peut-etre encore plus pour cela que seulement pour aneantir les bruits materiels venant de I'exterieur, que nous voyons plusieurs compositeurs (Bizet, Guiraud, Ambroise Thomas, Franck, etc.) se servir du piano conime dune sorte d'aperitif de Tinspiration, d'isolateur de I'esprit, le degageant pour un instant des soucis de I'existence, et ecartant ainsi les causes perturbatrices de la conception de I'idee.
II va de soi que les ceuvres coucues en vue de la virtuosite, les concertos, les grandes ou petites pieces pour un instrument traite en solo, gagnent a etre ecrites en ayant sous la main I'instrument auquel elles sont destinees, si Ton sait s'en bien servir; le violoniste compositeur n'a aucune raison d'ecrire un passage sans en avoir essaye I'efFet ; le pianiste composant pour piano doit done tout naturellement avoir une predilection pour combiner son morceau en le jouant; mais, quoi qu'il en soit, ceux-lii eux-memes doivent etre capables de composer quoi que ce soit sans le secours d'un instrument quelconque, si cela est necessaire, des qu'ils peuvent obtenir autour d'eux le silence absolu; sinon ce ne sont pas des
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artistes complets, mais des vlrtuoses < >.inpositeurs. « Les doigts 'loivcnt cxecuter ce que l:t ! le a concu, « pas le cont .; re... Si la musique prot .ile de votre « sens inteiifur, si vous I'avez sentie, die agira de a meme sur les autres'. »
Pour ceux loutefois qui preferent composer au piano, ce qui ne les empeche pas d'aAoii' prealablement muri leuf pensee par la meditniion, un auxiliaire precieux serait un clavier enregi-l i eur, inscrivant automatiniiement, d'une facon qui Uouque, mais facile a lire el ;i transcrire, tout ce qu :i lui confie; plusieurs tenl;rives interessantes ont d ih ete faites en ce sens, et I est assez fortement a j resumer que d'ici peu de te ups on arrivera a en < reer un type reellement priitique. Ceux qu'on a const luitsjusqu'a present visent surlouta \ixrepetition am oinatique, au moyen d'une manivelle ou d'un mouveiiient d'horlogerie, ce qui !eur donne quelque an;i!ogie avec le piano niecaniq;ie (on obtiendrait un resiHiat du meme genre avec un i)on phonographe, ne d naturant pas trop le timbre ; ce qui serait beaucoij) plus utile que cette repelilion, pour un pianiste iniprovisateur, c'est la Jiotalii :i graphique plus ou nM»iiis conventionnelle de sn pensee, par une serie de points et de tires traces sur une bande sans fin, pourvue d'une portee, et se deroulant sur un cylindre {)lace sous le clavier pendant I'execution, de telle fa< on qu'en retirant cette bande de I'appareil, il puisse y relive toute son improvisation, qu'il n'aurait plus qu'a