Boileau, Art poelique
d'enfants, Gounod, Massenet, Delibes, Schumann dans leurs Melodies, le colossal Sebastien Bach dans ses Inventions a deux et trois parties, et bien d'autres, en ont fait la preuve.
On connait la jolie histoire du cheval d'Horace Vernet : il etait charge par un richissime sportsman anglais de iaire le portrait dun cheval admirable, qui faisait a juste titre I'orgueil de son possesseur; il se fait conduire I'animal dans sa cour, une fois, deux fois,... dix fois. Quelques semaines apres, il convie I'Anglais a venir voir le resultat dans sou atelier. Enthousiasme de celui-ci, qui s'extasie sans fin sur la perfection de I'ceuvre, sur la ressemblance parfaite, sur le sentiment de vie que I'artiste avait su fixer sur la toile, et qui faisait de ce tableau une <euvre d'art, un pur chef-d ceuvre enlin. Et il demande le prlx :
— Cinquante mille francs, dit Horace Vernet.
Stupefaction du sportsman : — Comment, cinquante mille francs? Mais vous n'avez travaille que dix fois a ce portrait !
— Detrompez-vous, Mylord, repond aussi froidement que spirituellement le grand peintre, il y a plus de quarante ans que je travaille a votre cheval.
Et il avait raison. Et cette repartie contient une grande lecon. Dans I'oeuvre de I'artiste, de quelque genre qu'elle soit, se refletent toutes ses qualites, tout le talent laborieusement acquis, tout son savoir et I'experience de toute sa vie.
Si tous les peintres avaient vouhi ne faire que de la peinture d'histoire, on n'aurait ni les Teniers ni
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les Gerard Dow; et Ton n'a jamais entendu dire que les tableaux de Meissonier perdissent rien de leur valeur pour rtre coulenus dans un tout petit cadre. II faut que chacun sache choislr le genre pour lequel il est le mieux organise, ou les genres, et qu'il s'y attache en ayant toujours pour objectif la perfection. S'il est vrai que « I'art s'acquiert par I'etude et I'exercice », comme dit d'Alembert, il parait bon et sage pourtant de ne pas eparpiller ses efforts sur trop de genres differents, surtout dans les debuts; on risquerait de n'exceller dans aucun. Rares sont les genies comme Mozart, comme Saint-Saens, qui peuvent s'attaquer victorieusement a toutes les manifestations de la pensee musicale.
Enfin, tout en respectant fort les principes etablis et en adniirant leur logique, il ne faut pas renoncer a innover, si on a conscience d'agir judicieusement en ce iaisant :
« Quelquelois dans sa course un esprit vigoureux, c( Trop resscrre par I'art, sort des regies prescrites, « Et de I'art nieme apprend a frauchir leurs limites*. »
G'est ainsi que progresse^et se trausforme I'art Et les modestes travailleurs qui contribuent ainsi a sa lente evolution peuvent etre compares a ces madrepores microscopiques dont parle Michelet : « Du « jour oil I'optique permit d'apercevoir I'infusoire, on <c le vit faisant des montagnes, on vit les madrepores « pavant TOcean. » lis font bien plus que le paver,