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2 Robei't Schumann, Conscih aux jeunes musiciens, Iraduits de I'allemand par Franz Liszt, tout petit opuscule que nous aurons^ pourtant plaisir a citer bien souvent
ce qui est vulgaiie, trivial on laid, car il s'en ressentira toujours.
Dans les cours nombreux, le solfege d'ensetnblc, a deux ou trois parties, est une tres bonne chose, niais insuffisante a elle seule II ne faut pourtantpas Ja negliLjer.
Un excellent complement au soltege, c'est la dictee musicale, qui est au solfege ce que le theme est a la version, ou encore ce que Tecriture est a la lecture. Dans cet exercice, ce n'est plus I'eleve qui chante, c'est le professeur ;' apres avoir fait entendre in extenso une phrase de huit ou seize mesures, il la detaille en courts frai:^ments qu'il repele plusieurs fois chacun, avec des temps d'arret, afin de laisser a I'eleve le temps materiel necessaire pour ecrire ce qu'il a entendu et compris.
Si on se trouvait en face d'un eleve totalement depourvu de voix, aphone, on pourrait essayer de suppleer a I'etude du solfege, qui hii serait interdite par sa facheuse constitution, en developpant celle de la dictee, qu'il devrait alors ecrire dans les differentes clefs. Ce ne serait pourtant qu'un pis aller.
Des que I'enfant sait couramment lire et ecrire, il devient opportun dc lui faire apprendre les premiers elements de la theorie musicale, qu'il sera probablement apte a comprendre et se bien assimiler. Sauf en ce qui concerne les definitions, il est absolument inutile de rien lui faire apprendre par cceur mot a mot, systeme excellent pour les perroquets, mais non pour les artistes; il vaut infiniment mieux s'assureu
simplement que la chose est comprise, bieii casee dans Fiutelligence, et si elle est exprimee un peu gauchement, sen contenter, en exigeant au besoin des exemples enfantins. Plustard, il sera necessaire d'approfondir I'etude de la theorie, et d'obliger meme leleve a resoudre quelques-uns de ces problemes tenant un peu du casse-tete cliinois, comnie on en Irouve dans tons les livres ecrits specialement pour cette elude. C'est une gymnastique de I'esprit, un exercice d'assouplissement, qui n'a rien d'ennuveux, et que denigrent seulement ceux qui n'ont pas ete a meme d'eprouver ses bienfaits.
A cette epoque de I'education d'un jeune musicien, il est deja bon et utile de lui faire entendre de temps a autre de bonne musique, de le conduire ti des concerts symphoniques, pourvu toutefois qu'il paraisse y prendre plaisir, car en cas contraire il vaudrait beaucoup mieux ajourner. S'il a la voix bien juste, n'en eut-il qu'un mince filet, et s'il est deja assez avance pour qu'il n'y apporte aucun trouble, on pent tenter de le faire admettre a participer, dans des chceurs nombreux, a quelque execution musicale, soit d'artistes, soit d'aniateurs, a prendre part, consequemment, a des repetitions, d'abord partielles, ensuite d'ensemble, puis enfin au concert Ini-meme; tout cela est pour lui occasion d'entendre parler musique, de se frotter avee des musiciens, peut-etre des compositeurs, de voir comment la musique se fait, d'apprendre par sa propre petite experience un tas de choses... Tout cela est excellent, a la simple condition que cela constitue tou-
jours un plaisii- et ne soit pas impose pai* la contrainte ; a la condition aussi de i\dr la musicpic de bas etage, vulgaire et grossiere, celle des cafesconcerts, des music-halls, et autres niauvais lieux anti-artistiques. En un mot, il faut recliercher des lors toutes les occasions de mettre I'enfant en contact avec la musique et les musiciens (la bonne musique et les ^'OJis musiciens), et en meme temps repousser energiquement tout ce qui serait pour lui cause de fatigue, d'enervement ou d'ennui, ce qu'il faut eviter avant tout. II y a la une question de tact et de mesure dont les parents et les professeurs sont seuls juges.
Pour en finir avec cette periode de I'educatiou enfantine, sur laquelle j\ii cru devoir insister un pen longuement, parce qu'a mon sens elle a le plus souvent une importance derisive, j'ajouterai qu'il ne faut pas demander a I'enfant plus dune demilieure consecutive (meme un quart d'heure au debut) d'attention soutenne sur I'etude elementaire de la musique; le surplus serait du temps perdu, I'esprit n'y etant plus. Mais on pent renouveler cette demiheure (ou ce quart d'heure) deux ou trois fois dans la journee, a de longs intervalles, en employant ces intervalles soit au repos, aux jeux, a la promenade ou a d'autres etudes, ecriture, lecture, recitation, calcul, dessin, etc., qu'il ne faut nullement negliger, car I'etude seule de la musique ne conduirait pas a grand'chose meme le professionnel, qui se sentirait tres malheureux dans la vie, meme tres empeche, s'il etait denue d'instruction et n'avait
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jamais uppris que la miisique. Or, ccs trois demiheiires par jour, bien employees, sent parfaitement suffisantes pour obtenir le resultat desirable a cette opoque de leducation.
Pendant ces etudes pilmaires, qui peuvent 6tre prolongees, selon le temperament, ractlvite et le degrc de receptivite intellectuelle du neophyte, de deux niois a deux ans, il est bon del'observer attentivement et avec perspicacite , car une circonstance heureuse, souvent la plus imprevue de toutes, pent venir reveler chez lui une aptitude spociale et indiquer la vole exacte dans laquelle il convieiit de le dirlger. Quelle qu'elle soit, on n'aura jamais a regretter le temps consacre jusqu'alors a I'etude elementalre du solfege, de la dictee et dc la theorie, car de toute facon il sera necessaire de la poursuivre, et pendant longtemps; c'est la meilleurc base, et la plus solide, de toute instruction musicale; mais nous avons dit qu'il devient necessaire de se creer des maintenant un but precis, de savoir ce qu'on veut et oil Ton va, car « les educations sans (c but fixe font les caracteres sans force », coinme a dit excellemmcnt Legouve. II est bon de ne laisser echapper aucun indice, de les prendre en note, les comparer, en (aire un ensemble, et enfin s'arreter a une determination motivee. D'oii depend le cours d'un fleuve? Du premier caillou qu'il rencontre sur sa route. Qu'est-ce qui decide I'orientation de toute (ine vie? Souvent une rencontre fortuite, une circonstance en apparence futile, un mot entendu par hasard... II n'v a rien a neffliirer.
Nous sommes ici comnie dans une gare creaibrancliement. De la ligne que nous allons choisir dependra la eontiuiiation de la route. On ne saurait done reflechirtrop murement ni trop examiner avant de s'arreter a un clioix qui aura certainement une grande et decisive influence sur I'avenir.
Fort souvent, a cet age, le petit eleve s'eprend d'un instrument, I'ecoute avec plus de plaisir que tons les autres, aime a le regarder, a y toucher, a essayer de le faire parler. On pent alors lui poser la question : « Aimerais-tu a savoir en jouer? » Et la reponse meme a cette question devra etre interpret(''c suivant le caractere plus ou moins communicatif, enthousiaste ou timide, de renlant. Si Ion juge, de quelque facon cju'il le manifeste, qu'il en a vraiment bien envie, et si d'autre part on a deja pu observer qu'il a de la perseverance dans ses idces, si en fin son choix n'est pas lombe sur qnelque instrument ridicule, comma le chapeau-chinois , par exemple, rien ne s'oppose a ce qu on decide, en principe, qu'on le dirigera d'abord en i'ue de i'etude de cet instrument-la plutot que d'un autre Cela ne veut pas dire d'aller tout de suite lui en acheter un^ car il y a des instruments dont il ne faut entreprendre i'etude qu'une lois la croissance terminee; mais cela veut dire qu'a partir de ce moment on lui tracera un plan de travail le preparant de la facon la plus logique et la plus favorable a la pratique de son instrument favori.
Cei^tains signes peuvent faire presumer qu'on se trouve en presence dune organisation de composi-
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teur; par exemple si Ten Ian t, ii'ayant encore que de vagnes notions de musique, est tourmente par le desir d'ecrire, de noter quelquc chose qu'il a invente ou croit sincerement avoir invente, une petite melodie sur des paroles, un air de danse. J'en puis citer un qui, ayaut enlcndu sa soeur ainee jouer les premieres sonates de Mozart, avait compose (?) une « Grande Sojiatc » (c otait le titre), dedice a sa soeur, et qui avait bien treize mesures en tout; Tallegro en coniptait cinq : la premiere, formce de quatre notes, representait le premier motif, en ut; la deuxieme, en sol, avec le mot expi'essivo, constituait le deuxieme motif, apres quoi une tres grosse double barre, avec des points, indiquait nettement que la premiere reprise etait finie: la deuxieme debutait par des gammes avec beaucoup d'accidents semes a tort et ii travers, apres quoi revenaient le premier et le deuxieme motif, tons deux en ut. L'adagio ne conlenait que trois accords, tons les trois faux, mais trcs amples en intention, et se terminant par un point d'orgue. Le finale, evidemment inacheve, etait dans la mesure a six-buit, et crible de notes, doubles, triples et quadruples crocbes. Cela n'avait pas le sens commun, mais on sentait que cela devait aller tres, tres vite, avec une vitesse vertigineuse; il avait sept mesures. Le tout etait ecrit sur une feuille de petit papier a lettre, qu'il avait reglee luimeme, tout de travers, et parsemee d'innombrables taches d'cncre.
Pour toute personne etrangere a I'education musicale, c'etait a considerer comme un enfantillage
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insignifiant, iin simple et inoircnsif barl:)oailIao-e ; cela denotait pourtant un esprit crobservation et d'imitation exlraordinalre : Ic premier morceau divise en deux reprises, le deiixieme motil expose d'abord dans le ton de la dominaiite, puis dans le ton principal, le soin de commencer la deuxieme reprise par des modulations surprenantes (!), I'adagio tout court avec son point d'orgue solennel; le finale iniiniment plus mouvemente rpie le reste,... cela revelait un instinct de la forme absolument stupefiant, car c'est la, orossierement esquisse et comme en cliaroe exactement le plan de la sonate classif[ue, comme celui de la symphonic. Get enfant est devenu un compositeur de talent, quoique un peu excentrique, ct a nieme obtenu le grand prix de Rome, il y a de longues annees.
Toutefois, il faut se niefier dune aberration singuliere de certains individus qui s'imaginent composer parce cju'ils accumulcnt sur du papier a musiquc des notes, des clefs, des dieses et des bemols, sans que cela signifie absolument rien,- et qui prennent a cela un extreme plaisir, c|ue dis-je? leur seul plaisir, Cela devient chez eux une obsession, une hanlise. J'en ai connu plusieurs; chez le dernier, cet etat bizarre, qui est certainement maladif, s'est continue jusfju'a I'age de seize ou dix-sept ans, oil j'ai cesse de le voir. II se relusait a toute etude, aussi bien musicale qu'etrangere a la musique, et passait sa vie a contempler, a la bibliotheque de notre Conservatoire, les partitions les plus compliquees, auxquelles il ne pouvait absolument rien comprendie: puis,
ventre chez lui, il reconimencait avec une douce obstination a couvrir des pages et des pages de papier regie de signes ressemblant a ceux qu'il venait de voir, n'ofTrant entre eux aucune coordination, et depourvus de toute signification. 11 paraissait intelligent et s'exprimait fort bien. Son pere avait essaye en vain de lui faire apprendre le dessin, un metier nianuel qui etait le sien, puis le violon, mais il ne voulait rien entendre a tout cela, et suppliait qu'on le laissat revenir assister, en auditeur purement passif, a mon cours d'harmonie et reprendre ses cheres lectures a la bibliotheque. Ce qui faisait dire a son malheureux pere : « II faut pourtant bien que j'en fasse un compositeur, puisque je ue peux pas en faire autre chose ! » Ce raisonnement etait absurde. A des degres moindres, j'ai vu plusieurs autres exemples de cette singuliere monomanie ; si c'etait un cas isole, je n'eu aurais point parle.
II en resulte done que lorsqu'on voit un jeune enfant manifester ce desir irresistible d'ecrire, cette fascination du papier a musique, il ne faut pas se hater d'en conclure d'une facon absolue qu'il presente une organisation de compositeur ; il ne faut pas non plus Jeter ou dechirer ses essais informes, mais les montrer a quelque musicien experimente, jjour savoir s il y decouvre quelque signe qui decele une predisposition marquee.
II y en a aussi qui iiuprovisent sur le piano pendant des heures, quelquefois meme sans avoir appris a en jouer, et qui y prennent un tres vif plaisir. II
faut trouver moyen de faire entendre cela a quelqiie artiste done d'un bon jugement, capable d'apprecier si c'est un simple tissu d'incoherences plus ou moinfi seduisantes, ou s'il y a trace d'idee musicale, de conduite dans le developpement, ou encore si ces pretendues improvisations ne sont pas de simples reminiscences, des souvenirs de choses entendues, auquel cas elles reveleraient plutot la memoire et le don d imitation que la faculte de creer de nouvelles formes.
Un indice plus certain peut-etre, c'est I'amour des auditions musicales, la predilection instinctive pour la bonne musique, et ce commencement de jugement qui fait qu'il ne vient pas a I'idee d'appliquer I'epithete de « joli » a I'ouverture de Don Juan, ou la qualification de « beau » a un charmant air de ballet de Leo Delibes. La memoire musicale aussi est une bonne chose, celle qui vous porte a relenir, a chanter juste et en mesure une melodie qui vous a plu. Mais, en realite, il s'en faut de beaucoup que des signes precurseurs de la faculte creatrice se raanifestent tou jours des I'age le plus tendre. Le plus souvent, I'enfant fait simplement preuve, tout jeune, (laptiludes generales pour la musique, et c'est au courant des etudes, provoque par elles, que se developpe chez lui ce desir de composer qui denote ([u'il y a lieu de diriger specialement son instruction vers ce but.
Quant aux douxjeunes gens qui, tout en affirmant qu'ils veulent faire de la composition, attendent |)atiemment, pour essayer d ecrire, d'avoir terniine
leurs etudes, sous pretexle qu'//s ne savent pas, on pcut etre certain qu'ils n'ont pas le feu sacre.
Certains enfants trouvent moyen de montrer, soit a leurs lecons de soKcoe, soit dans la participation a des chttHirs, uu sentiment naturel du bien phraser, qui les porte a chanter avec intelligence, a bien nuancer et a resplrer a propos. A ceux-lii, il ne iaut pas hcsitcr a iaire donner quelques veritables lecons de chant par un bon niaitre et a rechercher pour eux I'occasion de chanter de courts soli a I'eglise, an temple, au concert ou dans des seances de musique intime; quelle que soit plus tard leur voix, ils se trouveront toujours bien d'avoir su chanter; mais il est Indispensable de suspendre immediatement tout exercice vocal, chant ou solfege, aussitot qu'apparaissent les premiers signes de la mue. Sur ceci nous aurons a revenir en temps voulu.
On trouve aussi des enlants qui ne manifestent aucune aptitude. Ici il y a lieu de distinguer :
Si cette indifference, cette apathie, se repand sur I'ensemble des etudes et n'est pas particuliere a la musique, il ne faut y voir que paresse generale, et chercher, pour la musique comme pour tout le reste, des stimulants dans Tcmulation, la promesse de recompenses ou la menace de punitions. Autant que possible, s'en tenir a la menace, car c'est une triste raaniere d'imposer I'amour de I'art que d'user de chatiments. J ai vu quelquefois des parents brutaux rouer un enfant de coups parce qu'il se relusait au travail, et I'obliger ensuite a chanter a^>ec gout au milieu des larmes et des sanglots. C'etait navrant.
J'ni suivi qu«lques-uns de ces eiifants. lis sont tons deveuus de mauvais sujets. II ne faut done pas les battre, mais, lorsque la paresse est generale et no!! localisee, il ne faut pas ceder non plus; il i'aut, a])-' pliquant cette parole de Rollin : « L'cducation est' •X une maitresse douce et insinuante, ennemie de la « violence et de la contralnte, » il faut, avec douceur ct fermete, imposer a Tenfantun travail de musique, meme indifferent, machinal (ce qui constitue une exception), si court soit-il, fut-ce une demi-heure par jour, au milieu de ses autres etudes, dont cela le reposera d'ailleurs malgre lui; et s'il est trop rebelle pour faire ce travail tout seul, avoir recours a un repetiteur pour le lui faire faire. Et voici pourquoi : il arrive assez souvent, chez ces natures molles et sans ressort, que les aptitudes musicales * sommeillent en quelque sorte et ne se laissent voir que beaucoup plus tard, vers dix-huit ou vingt ans ; c'est priucipalement frequent chez les jeunes gens qui ont travaille les mathematiques ou les sciences exactes; un beau jour, ils se reveillent avec une envie violente de jouer du piano ou du violon, de savoir lire une partition, et alors, si on n'a pas su dans leur enfance les obliger a acquerir, meme contre leur gre, les notions elementaires, ils sont tres mallieureux de ne pouvoir satisfaire leur penchant. Ils font alors pour cela les efforts les plus infructueux, et n'y parviennent que mal ou pas du tout, car ils n'ont plus la
1. Je n'ai pas a m'occuper des autres; inais il serait bieii possible qu'il ea soit de meme pour toule?, au moins en ce qui concernc les arts.
souplesse d'esprit necessaire, ils oat laissc passer I'lige heureux ou on apprend les laiigiies en s'aniusant. lis dcplorent lenr paressc, mals il est trop tard. Et ainsi on leur aurait rendu service en exigeant d'eux ces quelques instants de pratique journaliere, meme passive, je le repete, meme supportee avec ennui, qui leur suffirait comme base, maintenant, pour se faire eux-memes une bonne instruction movenne d'amateurs intelligcnts. Ces cas ne se presentent guere en Allemagne, ou la musique fait partie de Teducation; les enfants qui frequentent les ecoles apprennent tons a chanter, sans exception, les garcons et les filles; chaque classe commence par un cha?ur celebrant les bienfaits de rinstructlon, ou le respect dii aux parents, ou meme quelque sujet patriotiqueou religieux (quelle education!...), et ainsi fous les petits ecoliers sont de petits musicians. Nos voislns se trouvent done mettre en pratique un prinoipe d'un de nos grands historiens, qui fut aussi un grand nioraliste : « La musique donne a lame une « veritable culture interieure et fait partie de Tedu- « cation du peuple. » (Guizot.)En 1538, Luther exprimait en d'autres termes une idee analogue : « On ne « pent pas mettre en doute, dit-il, que la musique « ne contienne le germe de toutes les vertus; et je (( ne puis comparer qua des morceaux de bois ou (( de pierre ceux que la musique ne touche pas. La « jeunesse doit done etre elevee dans la pratique de (( cet art divin. »
Pour liii, (iui disait anssi : « La musi(|ue gouverne K le monde, elle est un don de Dieu, et elle est alli'ie
COASIDE RATIO AS GEyERALES 37
« de pres a la tlieologie, » il est certain que la musiqiie faisait partie integrante du culto, ses admiiables Chorals en font foi, et il ne pouvait concevoir une education oil elle n'aurait pas eu sa large part.
Enfin, il existe une derniere categoric, celle des enfants qui, laborieux et actifs pour toutes leurs autres etudes, ont une repugnance invincible, uu eloignement involontnire, mais irresistible, pour les seules choses qui sont du doniaine musical. « L'edu- « cation doit mettre au jour Tideal de I'individu, » a dit J. -P. Richter, qui savait ce qu'il disait. Or, pour ceux-la, leur ideal n'est assurenient pas la musicjue. 11 faut esperer qu'ils en ont un autre, il laut savoir le cherclier, le decouvrir, en favoriser lessor, et non les fatiguer plus que de raison avec des etudes pour lesquelles ils ne sont pas (aits et qui ne les conduiraient jamais a rien qui vaille.
II yaassez de mauvaise musique et de mauvais musiciens, et ainsi rien ne sera a regretter. Je ne suis certes pas de ceux qui voiidralent que tout le monde soit Diusicieji, ce qui m'apparait au contraire coinme un travers de I'epoque. Ce que je voudrais, et qui n'est pas la menie chose, c'est que, meme les enfants chez lesquels aucune disposition ne sest revelee, recussent seulement, saufle casde repugnance speciale irreductible, un semblant d'instruction musicale mnt^rielle suffisant pour leur permett)'e plus tard, si l'^ pontimcnt artistique venait a se manifester chez ciix, de trouver un fond« prepare, et qu'ils n'aient plus a commenoer tout a fait par le commencement, ce qui leur serait par trop penible et rebutant.
38 L'EDUCATION MVSICALE
N'est-ce pas alnsi qu'on agit prudemment, dans tous les gi'ands etal)lissemeiits d'instniction generale, en incidquant ii I'enfant, avant que sa carriere soit decidee, des notions elementaires portant un peu sur toutes choses, dont quelques-unes par la suite devront etre abandonnees comme ne lui etant d'aucune utilite?
Je dois ajouter que les natures absolument recalcitrantes dont nous avons parle en dernier sont excessivenient rares, ce dont il faut se telieiter, si Ton en croit Shakespeare :
« The man that hath no music in himself,
« Nor is not moved with concord of sweet sounds,
« Is fit for treasons, stratagems, and spoils ;
« The motions of his spirit are dull as night,
« And his affections dark as Erebus :
« Let no such man be trusted '! »
« L'homme qui n'a pas de musique en lui,
« Et qui n'est pas emu par le concert des sons harmonieux,
« Est propre aux trahisons, aux stratagemes et aux rapines;
« Les mouvements de son ame sont morues comme la nuit,
« Et ses affections noires comme I'Erebe :
« Defiez-vous d'un tel homme^! »
Tout en faisant la part de Texageration poelique^ et en admettant qu'on pent etre un parfait lionnete homme sans aimer la musique, nous devons plaindre ceux auxquels I'intelligence de notre belle langue est fermee, car de nombreuses jouissances, parmi les plus pures et les plus elevees, leur son! par cela meme a jamais refusees.