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MORCEAUX ET STYLE

Sacrifions toujours, sans exception, les morceaux qui nous sont trop souvent proposés : la romance de X..., la valse de Y... ou la marche religieuse de Z... Ces pièces n’ont, la plupart du temps, rien à voir avec l’art — non un « art d’agrément », locution et idée qui ont fait tant de mal, — mais avec l’art tout court.

Les écoles anciennes, si pures de forme et d’inspiration, avec Corelli, Tartini, Leclair et tant d’autres, mettent à la disposition de l’élève et du professeur tous les degrés de facilité et de difficulté. Il faut s’imposer comme règle de ne jouer, de ne laisser jouer autour de nous que de la bonne musique, et c’est très faisable.

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II faudrait aussi — mais c’est presque une utopie — que, sous la direction d’un maître éclairé, l’élève pût analyser musicalement le morceau qu’il étudie. Cette analyse, au début, portera au moins, et surtout, sur les grandes divisions, les cadences principales; c’est par elles que sont réglées les nuances, c’est elles qui décident de l’interprétation.

Quelques mots sur le rôle respectif de la tonique, de la dominante, de la sous-dominante, judicieusement placés par le professeur, éclairent tant de faits musicaux !

Tout cela formera le goût de l’élève: il s’habituera de la sorte à discerner une bonne et une mauvaise œuvre, une bonne et une mauvaise exécution, quand il assistera à une audition ou qu’il ira au concert.

L’analyse d’une sonate sur les merveilleux modèles de Beethoven aidera surtout à la compréhension de tant d’œuvres! Et, si le maître peut organiser des trios ou des quatuors, il indiquera à l’élève les caractéristiques de ces genres de composition.

Par-dessus tout, il s’efforcera de cultiver l’enthousiasme et tâchera d’envoyer l’élève à de beaux concerts; tout au moins parlera-t-il quelquefois des principaux maîtres de la musique, depuis le chant grégorien jusqu’à nos jours, afin que l’élève ne prenne pas Palestrina pour un symphoniste et ne se figure que Schutz est un simple terme musical allemand.

En général, il ne faut pas faire commencer le violon à des oreilles qui ne saisissent pas parfaitement la note juste. On a assez de difficultés à vaincre dès le début, sans obliger l’élève à l’étude

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des intonations. Comme toujours, vous le voyez, il faut en revenir à l’étude préalable du solfège. 11 arrive même, à ceux qui commencent ainsi sans que l’oreille soit suffisamment assouplie, qu’ils ne peuvent plus venir à bout de la redresser et sont obligés de tout abandonner après un certain temps d’étude.

Un amateur, avec une heure de travail par jour pendant plusieurs années, doit arriver à jouer convenablement la moyenne des sonates de Beethoven et ne pas trop trembler devant celles de Bach, de Schumann, de Franck. Il peut alors travailler aussi les trios, quatuors et quintettes de ces maîtres, et c’est pour lui une source de grandes jouissances.

Quant à la vaine virtuosité des Wienawski, Vieuxtemps et autres ejusdem farinœ , il doit la laisser de côté, ou du moins n’y faire que de rares incursions à titre d’amusement.

Mais, hélas! tant qu’il y aura de ces virtuoses de concert, qui ne sont trop souvent que des jongleurs d’archet, tant qu’il y aura de ces violonistes qui s’intitulent maîtres et qui savent un peu de violon et pas du tout de musique, ce sera peutêtre un idéal situé bien au delà des nuages que d’accomplir le programme que nous traçons. Il faut néanmoins lutter : la petite goutte d’eau use bien l’énorme roche!

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