QUELQUES MOTS DE L’HISTOIRE ET DE LA FAMILLE DU VIOLON
Nous ne saurions terminer ce petit compendium violonistique (si on me permet de parler ainsi) sans mentionner, au moins brièvement, quelques détails intéressants de l’histoire et de la famille du violon.
Le violon est l’instrument aigu du quatuor à cordes , qu’il serait plus exact de nommer à archet; la caractéristique, en effet, de ce genre d’instruments, c’est qu’ils sont à cordes, non point frappées comme dans le piano ni pincées comme dans le clavecin ou la harpe, mais frottées par un archet qu’il n’est pas besoin de décrire. Ce quatuor •comprend la première et la seconde partie de violon, l’alto, le violoncelle. On y adjoint, pour l’orchestre, la contrebasse, qui double, au grave, la partie de basse.
Tel que le quatuor à cordes est constitué et ses instruments construits, cela nous reporte à environ deux à trois siècles. L’acte de naissance du violon lui-même, l’ainé et cependant le plus petit de la famille, remonte un peu plus haut, et .il y en avait déjà dans la seconde moitié du xvi e siècle.
Mais c’est aux deux siècles suivants, avec surtout les grands luthiers italiens, que le type de ees instruments se fixe et se perlectionne. Les noms des Amati, Stradivari, Guarneri sont ceux des plus célèbres violons, de ceux dont la construction, la plus parfaite qui soit, donne aussi la qualité de son la plus belle, la plus pure. Aussi, des violons authentiques de ces marques atteignent-ils des prix fort élevés.
En dehors même du soin avec lequel ces violons anciens ont été construits, on a cherché à quoi attribuer le moelleux et la puissance de leur sonorité. Successivement, on a mis en avant leurs proportions, la disposition du chevalet, le vernis même qui recouvre la boîte sonore et dont le secret aurait été perdu. Il est infiniment plus probable que le cas est le même que celui des vieilles orgues, dont les mieux construites, il y a deux, trois ou quatre siècles, ont, pour les jeux
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dits « de fonds », des sonorités qu’on ne retrouve pas dans les instruments de facture moderne. Un bois très sec et bien choisi, des fournitures de première qualité, un travail soigné, voilà le secret de la fabrication de ces vieux maîtres, et, sans doute, malgré le succès que les instruments sortis de leurs mains ont eu de leur vivant, jamais n’ont-ils entendu cette qualité de son que les violons anciens ont, non seulement gardé, mais modifié et amplifié en prenant de l’âge.
Ainsi, nos arrière-neveux seuls pourront goûter le charme particulier qui se dégagera des violons de notre temps lorsqu’ils auront fait leurs preuves.
Si les instruments de la famille du violon, tels qu’ils existent maintenant, ont vu leur forme fixée définitivement sans doute à une époque assez rapprochée de nous, leur type primitif, leur ancêtre, est un fort ancien instrument de musique. Les peuples de l’antiquité classique, il est vrai, ne les ont pas connus, et lorsqu’on en trouve pour la première fois la mention au vi e siècle de notre ère, les auteurs en parlent comme étant en usage chez les bardes celtes et irlandais; ils étaient connus sous le nom de krowtli ou lcrouth. Dans notre moyen âge occidental, on trouve divers instruments de la même famille : les violes , vielles , rebecs et chifonies.
Ge qui a fait l’importance musicale et artistique du violon, c’est le détail de sa construction, dans laquelle le son des cordes augmente d’intensité « selon la façon dont celles-ci sont tendues. Nous ignorons quel barl^jrc de génie a, dans des temps itains, eu cetfeïdée, appliquée déjà dans le outh. Les peuples du centre et de l’est de l’Asie bien aussi, et avaient déjà au moyen âge, des truments à cordes et à archet, mais ils ont jours ignoré la boîte d’harmonie; les cordes de
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leurs violons rudimentaires, simplement tendues sur un manche de bois, ne donnent qu’un son grêle et menu. Il faudrait vingt violons chinois pour donner l’ampleur de son de deux violons européens.