ÉDITION VATICANE
Aussi le Souverain Pontife Pie X, qui s’était, toute sa vie, occupé de la questton du chant, décida-t-il de publier une édition romaine, officielle, du chant grégorien restauré. Il confia le travail à Dom Pothier, avec l’aide d’une Commission formée de tous ceux qui s’étaient plus spécialement adonnés à cette étude. Ainsi se prépara l’édition nouvelle, imprimée au Vatican, et appelée pour cette raison « édition Vaticanc ».
Dans les différents pays, les grands éditeurs catholiques s’empressèrent de demander au Pape l’autorisation de vendre ou de réimprimer l’édition Vaticane : et de cette manière, elle se répandit partout. Destinée à remplacer peu à peu les chants en usage, qu’il est défendu de réimprimer, elle assure à l’Eglise le bienfait de l’unité du chant liturgique.
De tous côtés, les personnes mêmes qui ne s’étaient jamais occupées de plain-chant prennent à cœur de suivre les instructions papales. En diverses villes, à commencer par Paris, on ouvre des cours de chant grégorien, et beaucoup d’auditeurs y vont pour travailler cet art et en faire profiter ceux qui les entourent . A Reims, le cours professé par le maître de chapelle de la cathédrale, M. l’abbé Thinot, compte plus de cent cinquante dames! A Marseille, on vient d’instituer un concours annuel entre les maîtrises, catéchismes, patronages de garçons, qui est appelé à un très grand succès.
Pourquoi — car tout est possible — n’y auraitil pas, dans les centres importants tout au moins, des cours spèciaux de chant grégorien et des concours analogues? 11 y a là un but et une œuvre dignes de tenter les bonnes volontés.
l’éducation musicale
§ 2. Lecture latine, principe du chant grégorien.
Je vais sans doute bien vous étonner, chers lecteurs, en vous disant que la plupart d’entre vous ne savent pas lire le latin. Cela est malheureusement un fait trop réel : dans les collèges, lycées, Séminaires ou Facultés, où Ton apprend la langue [latine, personne ne se met en peine d’apprendre à bien lire et à bien prononcer.
Or, comme le bon phrasé de la langue qu’on chante est le moyen de bien chanter, ainsi se fait-il qu’on ne chante pas souvent bien le plainchant, parce qu’on lit mal le latin.
Il est nécessaire de distinguer la prononciation de l’accentuation.
Prononciation . — L’idéal, pour prononcer le latin d’une façon correcte, est de prononcer au moins Vu à peu près comme un ou ou un ô très sourd (excepté dans qui, quæ, quod); le y comme y; et de faire toujours entendre les n et les m. Ne pas prononcer, par exemple, le mot inlendere comme le mot français entendre , mais détacher chaque n , inn’tenn’dere.
On comprend que ie ne puisse entrer ici dans tous les détails de la prononciation : je renvoie pour cela aux ouvrages spéciaux. Mais plus on se rapprochera de ce que j’indique, mieux cela vaudra. On pourra commencer par marquer les n et m; puis on prendra la prononciation latine du J ; le reste viendra après.
Accentuation. — On appelle ainsi l’art de faire ressortir dans chaque mot la syllabe principale.
Dans toute langue, il y a dans chaque mot une syllabe plus forte, plus accentuée que les autres. Èn français, c’est tantôt la dernière, comme dans
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mai son, tableau, succession ; ou l’avant-dernière : ta6/e, église, miséricorde.
En latin, ce n’est jamais la dernière syllabe; par conséquent, dans les mots de deux syllabes, c’est toujours la première. Dans les mots de plusieurs syllabes, les livres liturgiques bien faits marquent toujours d’un accent aigu la syllabe accentuée : gloria, Maria , àngelus.
En s’habituant à bien lire et déclamer le texte latin, on sera par là même plus qu’à moitié formé pour bien chanter, car, dans une quantité de cas, le chant grégorien n’a pas d’autre rythme que celui résultant d'un bon phrasé du texte qu’on chante.