LES BASES DE LA MELODIE
Les deux bases de la mélodie sont la tonalité et le rythme, ou, pour parler plus exactement, le rythme et la tonalité. C’est qu’en effet le rythme peut exister indépendamment de toute mélodie; mais une mélodie ne peut pas exister sans rythme.
11 ne faut pas confondre rythme avec mesure , nous l’avons souvent dit dans nos causeries précédentes. 11 ne faut pas non plus confondre ce mot avec la répétition toujours semblable de la même suite de temps ; par exemple, le bruit du tambour qui soutient la marche est rythmé, mais un chant grégorien est rythmé aussi. Seulement, ce n’est pas la même espèce de rythme.
On pensera donc tou jours, malgré les définitions toutes fautives des traités de solfège, que le rythme, c’est la bonne ordonnance, l’heureuse proportion entre les choses. Un chant, par exemple, dans sa mélodie, devra suivre la marche des paroles, ce
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sont elles qui lui donneront son rythme. Pour qu’il y ait équilibre, il ne faut pas qu’une phrase soit répétée à satiété au détriment d’une autre, quand il n’y a aucune raison de le faire, comme ces compositeurs qui répètent à Penvi O salataris,
salutaris, O salataris hostia . Da robur,fer
auxilium, Da robur , Da robur, et qui reprennent encore O salutaris , etc., croyant ainsi avoir fait de la musique d’église; c’est tout simplement ridicule et de mauvais goût. Puis, dans chaque phrase ou partie de phrase, que les parties importantes soient mises en relief : les mots les plus expressifs, les syllabes les plus marquées.
La tonalité est encore une partie bien négligée souvent. Parce qu’on a étudié la gamme majeure et la gamme mineure dans tous les tons, on se croit quitte envers la tonalité. Erreur encore. Les pièces les plus belles, les plus goûtées, de toute école, de toute époque de musique, sont avant tout celles qui ont une bonne construction tonale .
La tonalité repose sur le rapport entre certaines notes d’une échelle musicale, et, en premier lieu, la tonique et la dominante. La marche de la tonique vers la dominante et le retour à la tonique est donc la marche la plus simple qu’on puisse imaginer. Autour d’elle pivote toute la musique. Si nous avons affaire à un mode mineur, la marche vers le relatif majeur donnera une impression de clarté remarquable. Puis vient, en dernier lieu, la sons-dominante , qu’il faut rarement toucher. Et chacune de ces notes, à son tour, peut devenir le point de départ d’une phrase, d’une période nouvelle, où les mêmes relations s’établiront, et, petit à petit, reviendront au ton principal pour conclure. Construction combien simple, et cependant dont la plupart de ceux qui débutent dans les études musicales ne se doutent presque
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jamais ! Prenons comme exemple Y adagio de la sonate pathétique de Beethoven, connu de tous les pianistes. En voici une courte analyse tonale :
i re phrase, tonique , la [7 (marchant vers la dominante, mi [7, mesure 4> mais n’y restant pas). Mesure 9, répétition de la phrase à l’octave.
2 e phrase, court passage, mesure 17, dans le ton du relatif mineur, fa, mais qui amène à la dominante 9 mi (7. Cette fois-ci on y reste jusqu’à la fin de la mesure 28, pour ramener la phrase 1,. tonique .
3 e phrase, développement, a) tonique mineure, la [7 min ., mesure 37 ; b) sons-dominante du relatif majeur du nouveau ton, fa [7 (mi t|), mesure 42, conduit, mesure 4$, dominante mineure (mi (7 min.), ramenant la reprise de la phrase et de la tonique principale la J7, mesure 5 o.
Cela nous donne en résumé, en schéma : tonique, dominante, tonique mineure, son relatif majeur, dominante mineure , tonique.
De semblables relations sont constatées par l’analyse tonale de toute pièce; elles s’appliquent aussi bien aux deux uniques modes majeur et mineur de la mesure moderne qu’aux nombreuses gammes diatoniques antiques conservées dans le chant grégorien, et où les musiciens modernes se retrempent comme dans une nouvelle source d’inspiration.