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XI. L’IMITATION LE CANON ET LA FUGUE

Voila, me dira-t-on, de grands mots : qu’est-ce que c est que tout cela? Et quelles choses rébarbatives doivent être désignées sous de tels vocables ? Oh! je le sais bien; il est des personnes auxquelles les noms de canon et de fugue, comme celui de sonate, font hérisser les cheveux sur la tête, et qui diraient volontiers comme je ne sais plus quel littérateur du xvm e siècle excédé par de talentueux musiciens : Fugue, que me veux-tu ?

Pour un certain nombre de musiciens amateurs, le terme de fugue évoque l’idée d’une chose compliquée et terriblement ennuyeuse. Pour moi, il se rattache à un souvenir d’enfance, alors que je ne savais pas ce qu’étaient ni le canon ni la fugue; permettez-moi de vous le raconter. Mes parents ^m’avaient mené à un des célèbres concerts d’orgue

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du Trocadéro, donnés par le maître Guilmant; je ne trouvai pas l’audition amusante, mais, ayant remarqué que le dernier morceau — après lequel on partirait — était une grande fugue de Bach, je dissimulai poliment ma pensée et demandai sans cesse à mes parents : « Je voudrais bien entendre la fugue, quand donc jouera-t-on la fugue? » Et eux étaient étonnés qu’un enfant de huit ans réclamât avec tant d’instance ce morceau de musique classique, dont il ignorait tout jusqu’alors.

C’est que, instinctivement, j’identifiais, selon son étymologie d’ailleurs, le mot de fugue et l’idée de fuite; le morceau était pour moi la fin de ce concert jugé si monotone par ma petite

cervelle.

Mais aussi je vous préviens charitablement, amis lecteurs, qu'aujourd’hui, je prends ma revanche, et que c’est aussi en parlant de la fugue que je clorai ce chapitre. Procédons cependant

par ordre.

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Dans une précédente causerie musicale, à propos de la dictée écrite à plusieurs parties, vous avez déjà vu le terme d 'imitation; sans le définir, j'en ai donné des exemples, auxquels je me reporterai tout à l’heure.

limitation consiste à reproduire, dans une partie, une phrase ou un membre de phrase d’une autre partie. Le modèle, la phrase type, est nommé antécédent; sa reproduction, son imitation, est le conséquent , ou encore la réponse. Il n’est pas nécessaire que la réponse reproduise les mêmes sons que le motif proposé : elle peut être formée •d’autres notes, pourvu que ce soit le même air.

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Dans le premier exercice, très simple, dont j'ai parlé plus haut (i), il y a ainsi deux petites imitations. La partie qui commence chante sol la si do, 1 autre lui répond par do ré mi fa , où les notes se succèdent daus le même ordre de tons et de demi-tons. Un peu plus loin, c’est la seconde partie qui commence mi sol fa ré sol , réponse à la première si ré do la ré. Ces deux suites de sons ont la même proportion :

tierce ton tierce quarte min. min.

mi I

sol

1 fa 1

1 ré 1

sol

si 1

ré

1 do |

la |

ré

Voilà donc de l’imitation.

Dans le second exercice, qui est emprunté à un beau répons du maître vénitien Ingegneri pour la Semaine-Sainte, l’imitation se poursuit pendant quatre mesures et plus, très régulièrement. La première partie commence, une mesure après la seconde, une suite de notes absolument analogues, se suivant dans le même ordre, comme on le voit en rapprochant l’un de l’autre l’antécédent et le conséquent.

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