‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparéeChapitre 22 sur 55 · PAR DIDEROT · texte numérisé non relu

PAR DIDEROT

Extraits, OBJET DE l'Éducation

Il s'agit d'un enfant. Il faut en faire un homme et il faut que cet homme soit chrétien et citoyen, magistrat, évêque, général d'armée, ministre d'État, un homme universel, s'il se peut, et parfait en tout. Point de petit plan, point de yues bornées. La jeunesse est l'âge d'apprendre, l'éducation est le noviciat de la vie, et dans la vie les états sont divers. Pourquoi ne serait-on pas préparé à servir la société dans tous les emplois? Osera-t-on décider d'avance un sujet dont les talents sont inconnus? Et comment ces talents se manifesteront-ils s'ils n'ont été essayés dans tous les genres?

éducation physique

Les hommes sont trop mous parce qu'on élève trop délicatement les enfants. L'expérience devrait corriger et on s'obstine contre l'expérience. Pourquoi autrefois la noblesse

1. De l'Éducation publique (sans nom d'auteur). A Amsterdam, 1763, 1 vol. in-12 de 235 pages, plus 20 pages de préface, avec cette épigraphe : Populus sapiens^ gens magna (Deux. 4). Et cette conclusion : « Voyez, comparez et choisissez ; Sine fictione didici, sine invidia communico et honestatem non abscondo (Sap. 7).

était-elle plus robaste qu'aujourd'hui? Elle vivait à la campagne, dormait la nuit, chassait le jour ait soleil et à la pluie, se baignait souvent et mangeait beaucoup, non à force de ragoûts qui brùleut le sang et émousseut les organes, mais de fatigue et à force d'appétit. Pourquoi les paysans sont-ils moins tluxionnaires, moins cacochymes que les habitatits des villes? Ils sont mal vêtus, souvent nu-pieds, s'enferment peu, travaillent fort et digèrent bien; leur malheur n'est que d'être trop pauvres. Pourquoi dans les villes mêmes les enfants des petits sont-ils plus forts, plus adroits, plus alertes que ceux des grands? Us se donnent plus de mouvement, ils s'exercent. Ce n'est pas de s'échauffer qui est à craindre; il faut agir et transpirer pour dissoudre les humeurs et fortifier les fibres; mais de se refroidir quand on a chaud, et l'on y peut obvier. Endurcir la peau à tous les temps; af^souplir les muscles à tous les exercices, accoutumer l'estomac à tous les mets simples ; voilà ce qui donnera aux enfants une santé ferme. Et c'est ce que les pères négligent et ce que les mères n'entendent point. Les études rendent l'éducation assez sédentaire; il faut les couper par des délassements actifs. Le corps ne peut être sans se mouvoir, non plus que l'âme sans penser.

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